#1
Sous ses yeux, l’heure défile.
Des heures, qu’angoissé, il regarde les aiguilles de sa montre presque neuve, défiler, indifférentes, sans aucune pitié.
Lorsqu’enfin une infirmière passe dans le couloir où il est assis, le long du mur, sur une chaise en plastique, il lève la tête et essaye de se lever. Une grande douleur parcourt sa nuque, puis sa colonne vertébrale, son fessier, et enfin ses jambes.
Il vacille.
La femme ne le regarde pas et continue son chemin, pressée et décidée.
Il essaye de parler. Tout ce qui sort de sa bouche, c’est un son rauque.
La femme se retourne vivement. Elle demande, d’une voix posée où on sent tout de même l’empressement, ce que l’homme veut.
Surpris et encore déstabilisé, il ne répond rien.
-Je n’ai pas tout mon temps, lui dit-elle sèchement.
-Chambre 108, il va bien ?
-C’est sûr qu’après une tentative de suicide, on peut bien aller, n’est-ce pas ?
A travers les paroles de l’infirmière, l’homme sent tous les reproches, qu’elle, que son fils, que le monde entier lui fait.
Il sait que c’est sa faute. Que son fils, lui qui a une vie sociale bien mieux remplie que la sienne à son âge, n’aurait jamais dû subir ça. Il sait aussi qu’essayer de tuer son fils parce qu’une petite copine qui l’aime vraiment, il en a une, ça ne se fait pas.
Alors, honteux, il avait dit que son fils avait tenté de se suicider car sa petite copine l’avait quittée. Depuis le coup de couteau près de son cœur, le fils était inconscient. Et l’enquête n’avait pas beaucoup avancé, étant donné que d’autres choses, plus importantes que le père, le fils et la petite amie se passaient.
L’infirmière continue à observer l’homme. De son regard, elle essaye de sonder et de comprendre ce qui se passe dans cet esprit détruit.
-Monsieur ? C’est votre fils, c’est bien ça ?
L’homme ne répond pas tout de suite. Une ou deux minutes plus tard, il parle enfin, d’une voix coupable, honteuse et déçue.
-Appelez la police. C’est moi qui ai essayé de le tuer.
Dans les yeux de l’infirmière, il se passe quelque chose de difficile à interpréter. Elle demande à l’homme de le suivre.
Ils arrivent à l’accueil, elle prend le téléphone, compose le numéro de la police, et ensemble, les deux racontent la vérité.
Une dizaine de minutes plus tard, trois policiers emmènent l’homme dans leur camionnette. Avant qu’il ne parte, l’infirmière sourit au père avec la plus grande sincérité qu’elle n’avait jamais eue avant.
Dans un véhicule de police et à l’hôpital, deux âmes sont déçues de ne pas s’être rencontrées avant.








