Chapitre 1
6 h 30 devant un bâtiment dans un quartier huppé.
Je glisse brutalement la voiture devant l’entrée de l’immeuble. Deux autres voitures de police se garent derrière nous. Je tire le frein à main au même moment où Ahmed, mon collègue, retire sa ceinture et sort directement de la voiture.
Je le suis et fais signe aux deux autres collègues dans la voiture derrière nous de bien garder un œil sur l’entrée.
Moi et Ahmed sortons nos armes avant de rentrer dans l’immeuble. Nous montons les escaliers en silence, complètement concentrés.
Trois hommes habitent ici. Des hommes dangereux qui ont menacé plusieurs familles du quartier et utilisent différentes méthodes pour entrer dans les maisons pour voler l’argent et les objets de valeur. Nous avons reçu plusieurs plaintes à leur sujet.
Nous arrivons au cinquième étage. Nous avançons dans le couloir avant de nous arrêter devant une porte. Je me place à droite, Ahmed à gauche.
Nous échangeons un regard, puis Ahmed frappe rapidement à la porte.
Aucune réponse.
Je prends l’initiative et tire sur la serrure. La porte s’ouvre.
“Un peu de douceur dès le matin”, lance Ahmed avec son sourire moqueur.
“Il se trouve que ce n’est pas ce que j’aime offrir,” dis-je en poussant la porte du pied avant de rentrer directement dans l’appartement, Ahmed derrière moi.
J’avance doucement en regardant à droite et à gauche. L’appartement est plongé dans l’obscurité, mais au moment où je pense à ça, Ahmed allume la lumière.
“Je vais dans la cuisine, regarde les deux chambres”, dis-je en avançant vers la cuisine.
Je fronce les sourcils en regardant l’état horrible de la pièce. On dirait que les propriétaires n’ont jamais pris soin de cet endroit. Il y a des assiettes avec de la nourriture séchée dessus qui doit sûrement dater de plusieurs jours.
Puis quelque chose accroché au frigo attire mon attention. C’est une photo de ces trois hommes ensemble. Ils ont l’air heureux, vu leurs sourires. J’attrape la photo et la retourne. C’est là que je vois quelques mots écrits derrière : Notre nouveau futur.
Je regarde le message, confuse. Quel genre de futur pouvaient-ils bien imaginer dans un appartement pareil ? Je lève les yeux de ces simples mots qui semblent représenter un rêve pour eux et regarde l’état de la cuisine. J’imagine que vivre ici ne devait pas être quelque chose d’agréable.
Je remets la photo à sa place et ouvre le frigo et constate qu’il est complètement vide. Pas une bouteille d’eau, pas un reste de nourriture. Rien. Je referme doucement la porte.
C’est bizarre.
Je m’apprête à quitter la cuisine quand une pile de papiers à côté du micro-ondes attire mon attention. Je m’approche et constate qu’il s’agit de plusieurs courriers.
Je range mon arme et attrape chaque enveloppe. Ce sont des avertissements de loyer. Ils n’ont pas payé depuis plusieurs années. Pourquoi ne sont-ils pas déjà à la rue ?
Je ne comprends pas. J’ai l’impression qu’il y a plusieurs indices qui me montrent qu’en réalité, personne n’habite ici. Et pourtant, les plaintes qu’on a reçues indiquent clairement que ces trois hommes vivent bien ici.
Une autre enveloppe, rouge, attire mon attention. Je l’attrape et l’ouvre. C’est là que je découvre un court message : Quand la loyauté n’est pas respectée, la protection disparaît.
La lettre est sombre, avec le message écrit au milieu de la feuille. Je la retourne, mais je ne vois rien d’autre. En bas de la page, une signature : Votre cher sauveur est devenu votre cauchemar.
Je garde la lettre avec moi, perdue dans ces quelques mots simples mais qui semblent porter quelque chose de profond. J’entends soudain des pas derrière moi. Par réflexe, je pivote et lève mon pied pour frapper directement en plein visage la personne derrière moi. Mais mon geste s’arrête à temps lorsque je vois Ahmed se figer en levant ses deux mains en l’air.
“Oula, tu veux me briser le nez ou je rêve ?”
Je baisse mon pied.
“Ah, désolée. J’ai cru que t’étais l’un des trois hommes.”
Ahmed a une grande silhouette. Ses lunettes carrées sont légèrement descendues sur son nez. Ses cheveux foncés sont courts. Il a la peau claire et des yeux légèrement endormis, avec un regard perçant qui peut facilement intimider.
“Bon réflexe, en tout cas.” dit-il avec un sourire en coin.
“Il y a quelque chose qui cloche”, dis-je en le regardant sérieusement.
“Ouais. L’appartement est vide”, dit-il en croisant les bras.
“Est-ce qu’ils ont quitté l’appartement avant qu’on débarque ?” demandé-je en réfléchissant. “Ils ont eu beaucoup de retard sur le loyer et, surtout, le frigo est vide.”
“Une chose est sûre, ils étaient là tout à l’heure”, dit Ahmed en me faisant signe de le suivre.
Je le regarde avec incompréhension avant de le suivre. Quand je rentre dans l’une des chambres, je découvre un véritable bordel. Des vêtements sont éparpillés partout, ainsi que des morceaux de nourriture et des canettes de bière. L’odeur est de pire en pire.
Mais ce n’est pas ça qu’Ahmed veut me montrer. Il s’accroupit et pointe quelque chose au sol. C’est là que j’écarquille les yeux. Sur la moquette grise, une énorme tache rouge s’étend autour de deux balles de pistolet. Il n’y a pas mille explications à ça.
“Ils ont été attaqués par je ne sais qui”, dit Ahmed en se redressant. “Le sang n’est pas là depuis longtemps. Il n’est pas complètement séché.”
“Ça veut dire qu’ils étaient là quelques heures avant nous.”
Ahmed hoche la tête.
“Mais ils n’étaient pas là pour revoir leur magnifique appartement.”
Je fronce les sourcils.
“Qu’est-ce que tu veux dire ?”
“J’ai trouvé une valise dans la pièce d’à côté. Elle est remplie de vêtements. Je pense qu’ils sont revenus récupérer leurs affaires avant de fuir.”
Je mords ma lèvre inférieure en réfléchissant.
“Pourquoi revenir ici s’ils étaient en danger ?” demandé-je. “Ils ne sont quand même pas revenus juste pour récupérer leurs vêtements. N’est pas logique.”
Ahmed hoche lentement la tête, visiblement d’accord avec ma réflexion. Il commence à regarder autour de lui.
“Ça m’étonne qu’ils aient laissé de l’argent ici, ou un objet de valeur. J’ai fouillé les tiroirs et les placards. Il n’y a rien.”
“La personne qui leur a tiré dessus a forcément récupéré ce qu’il y avait ici”, dis-je.
Ahmed lève la main et frotte son menton lisse.
“Je t’avoue, c’est chelou. Mais je pense qu’ils avaient des histoires avec quelqu’un du quartier et que cette personne les a tués.”
“Leur sauveur”, dis-je en réfléchissant.
Ahmed me regarde avec incompréhension. Je poursuis en observant la tache de sang.
“Quelqu’un les a sauvés de je ne sais quoi. Et cette même personne a fini par leur tirer dessus parce qu’ils n’ont peut-être pas respecté leur part du marché. Quelque chose en rapport avec une histoire de loyauté.”
Je lui tends l’enveloppe rouge. Alors qu’il lit le petit message écrit dessus, je m’accroupis pour attraper l’une des deux balles. Je l’examine quelques secondes. C’est là que je remarque quelque chose de gravé dessus.
OIAF.
“J’ai trouvé notre première piste”, dis-je en relevant la tête vers Ahmed. “OIAF doit forcément être le fabricant de ces balles.”
Je me redresse tandis qu’Ahmed prend la balle pour l’examiner à son tour.
“Cette affaire n’a aucun sens. Pourquoi ils auraient fait disparaître les corps, alors ?” demande-t-il en levant les yeux vers moi. “Il y a forcément quelque chose qui cloche.”
“Pour ne laisser aucune preuve”, répondis-je.
“Et le sang ? Les deux balles ? Et ce message sur le papier ?”
Je reste silencieuse. J’avoue qu’il a raison. S’ils voulaient vraiment ne laisser aucune trace, ils n’auraient pas laissé autant d’indices derrière eux.
“Peut-être qu’ils sont encore vivants”, dis-je sans vraiment comprendre toute cette histoire.
Ahmed me regarde quelques secondes.
“Tu as vu la quantité de sang ici ? Réfléchis un peu.”
“Tu crois que je fais quoi, là ?”
“Tu ne réfléchis pas”, se moque-t-il.
Je roule des yeux et quitte la pièce. Ahmed me suit.
“Une chose est sûre : leur sauveur n’était pas aussi gentil qu’ils le pensaient.”
Ahmed baisse les yeux vers la lettre avant de souffler.
“Dans tous les cas, je doute qu’on retrouve celui qui a fait ça en frappant à quelques portes. Tous les voisins nous ont dit que ces trois hommes habitaient ici et pourtant, il n’y a personne.”
Je fronce les sourcils.
“Il faut qu’on parle au shérif. Ce dossier doit être reclassé et surtout pris très au sérieux. Il y a quelque chose de beaucoup plus grave qui se cache derrière tout ça.”
Cette affaire prend clairement une autre direction. Il ne s’agit plus des simples voleurs mais de pire. Et quelque chose me dit qu’on vient de mettre les pieds dans quelque chose de beaucoup plus dangereux que prévu.
Je sors de l’appartement, suivie d’Ahmed. Il sort son talkie-walkie.
“À toutes les unités, l’appartement est vide. Les trois suspects ont disparu.”
Quelques secondes passent avant qu’une voix ne réponde à l’autre bout.
“Information notée.”
Nous retournons dans la voiture. J’humidifie mes lèvres et serre le volant avant de démarrer.
“Leyla, ça va ?”
“Oui, ça va.”
“Tu m’as l’air stressée.”
“C’est juste cette affaire.”
Ahmed me regarde quelques secondes.
“Tu ne stresses jamais pendant le travail. Tu me prends pour qui, au juste ?”
Je reste silencieuse. Il a raison. Je ressens effectivement une boule au ventre.
“Le shérif m’a confié cette mission après avoir négocié pour me donner une chance de gérer une affaire et d’être responsable de la mission. Il m’a dit que c’était une affaire simple. Mais maintenant, elle s’avère beaucoup plus complexe que prévu. Et revenir les mains vides va sûrement l’énerver”, avoué-je.
Je veux lui prouver que je suis capable. Que même si je suis jeune femme, je peux me débrouiller, gérer une équipe et attraper des criminels. Mais le shérif est très ferme. Si j’ai pu avoir cette affaire, c’est grâce à Ahmed, qui a négocié longtemps avec lui pour qu’il accepte de me donner cette chance.
“Tu ressembles à un lapin qui tremble face à un prédateur” se moque Ahmed.
Je lui lance un regard noir.
“Allez, tu es plus forte que ça. Tu ne vas quand même pas laisser un vieil homme te faire douter de toi. Regarde, on a des indices. On a une piste. Alors tranquille.”
“Je n’ai pas besoin que tu me le dises, je le sais. C’est juste qu’il pensait que cette affaire allait être simple si on arrivait à les attraper à temps. Bref, je vais me débrouiller.”
Je rêve d’être plus qu’une simple policière. Je veux être reconnue pour ma juste valeur, pas être vue comme une simple fille qui doit se contenter de suivre les ordres parce qu’elle est jeune. Je déteste ça.
J’appuie sur l’accélérateur et la voiture avance.
“J’ai faim”, dit Ahmed.
Je tourne légèrement la tête vers lui.
“Je fais quoi de l’info ?”
“Tu la prends en compte pour démarrer ton cerveau et te garer à côté d’un restaurant.”
“Ce n’est pas l’heure de déjeuner.”
“Tu veux que je crève de faim ou quoi ? Comment tu veux que je suive tes ordres qui s’enchaînent si je ne mange pas ?”
Je soupire.
Il m’énerve, ce gars.
“Tu te fous de ma gueule, là !” hausse le ton le shérif.
Assis derrière son bureau, il me fixe tandis que je reste debout face à lui, les deux mains derrière le dos et la posture bien droite. Je garde le visage impassible. Aucune émotion.
Le shérif est un homme grand et costaud, aux épaules larges. Il porte une barbe mal rasée et ses cheveux courts sont parsemés de blanc et de gris. Quelques taches de rousseur apparaissent sur son visage. Il doit être dans la quarantaine. Son regard, lui, est tellement énervé qu’il me transperce presque.
Thomas Dubois.
“Je t’ai donné une simple mission : attraper ces trois voleurs. Et tout ce que tu me dis, c’est que tu ne les as pas trouvés dans l’appartement.” Il continue, presque en me criant dessus. “Avec, soi-disant, une affaire plus dangereuse derrière tout ça.”
Je garde mon calme.
“Effectivement. Nous avons constaté qu’il y avait eu un meurtre, probablement lié à une trahison, d’après le message qui leur a été laissé. Nous avons également trouvé une piste. OIAF, qui pourrait correspondre au fabricant des balles.”
Thomas me regarde avec déception. Puis avec dégoût. Son regard me surprend et, pendant une seconde, je sens une boule se former dans mon ventre. Pourtant, je ne laisse rien paraître. Toutes les preuves sont posées devant lui sur son bureau, mais il ne les regarde même pas.
“Merci, Leyla”, dit-il avec une froideur qui me fait froncer les sourcils.
Je le regarde, confuse.
“Merci, vraiment. Tu viens de me prouver à quel point tu ne mérites pas d’être chef d’équipe.”
Je fronce les sourcils.
“Je ne comprends pas. Je viens de vous expliquer que nous avons une piste et que je peux…”
“Ça suffit !” crie-t-il.
Je me tais. Il se redresse dans son fauteuil et me fixe droit dans les yeux.
“Une femme aussi jeune que toi n’a pas les épaules pour gérer une affaire de cette ampleur.”
Mes doigts se crispent derrière mon dos.
“Ahmed prendra le rôle de chef d’équipe. Toi, tu suivras les ordres.”
Ma mâchoire se contracte. Je pourrais répondre. J’en ai tellement envie. Mais je sais que si j’ouvre la bouche maintenant, je risque de dire quelque chose que je regretterai.
Je sens mon cœur vibrer de colère dans ma poitrine.
“Laissez-moi au moins terminer l’affaire que j’ai commencée. Avec OIAF, je peux retrouver le fabricant de ces balles et peut-être remonter jusqu’à ceux qui les ont achetées.”
“Est-ce que tu comprends le français ?” me coupe-t-il. “Ahmed reprend le commandement. Contente-toi de voir ce qu’il décidera de faire par la suite.”
Oh, le bâtard. J’ai envie de lui envoyer un coup qui lui briserait les dents. Le manque de respect qu’il me montre me fait bouillir de l’intérieur.
“Est-ce que je me suis bien fait comprendre ? Et inutile d’aller embrasser les pieds d’Ahmed pour qu’il vienne négocier à ta place. Aie un peu de dignité.”
Je reste impassible, mais mes ongles s’enfoncent dans ma peau tandis que je serre les poings derrière mon dos.
“Tu peux t’en aller”, dit-il en faisant un signe de la main, comme s’il chassait une mouche.
“Compris.”
Je tourne les talons et sors de cette pièce maudite.
À peine sortie de son bureau, je retrouve le commissariat en pleine effervescence. Les téléphones sonnent, des collègues traversent les couloirs avec des dossiers dans les mains et quelques voix s’élèvent derrière les portes des bureaux. L’odeur du café se mélange à celle des vieux papiers et du désinfectant.
Là, tout de suite, je n’ai qu’une envie : boire un bon café au lait pour me calmer.
Je marche jusqu’à la machine à café. Quelques collègues me saluent. Je leur adresse un sourire qui disparaît dès que je détourne la tête.
Je fixe le café couler dans le gobelet, puis le lait se mélanger au café. Mais tout ce qui tourne dans ma tête, c’est ce putain de Thomas. Il ne m’a même pas donné l’occasion de terminer la mission jusqu’au bout. Je ne pouvais clairement pas contrôler la situation.
Pourquoi est-ce qu’il refuse de m’écouter ? Pourquoi est-ce qu’il ne cherche même pas à comprendre ?
J’attrape le gobelet et le porte à mes lèvres.
“C’était tendu, on dirait.”
La voix d’Ahmed surgit à ma droite. Je lui lance un regard noir.
“Si c’est pour m’embêter, reviens plus tard. Parce que je risque de te verser mon café dessus.”
“Oh non. Je suis venu insulter ce fils de pute de shérif qui n’a aucune valeur ni aucun principe.”
Je soupire avec un petit sourire, malgré ma colère. Ça me fait du bien d’entendre quelqu’un l’insulter après ce qu’il vient de me faire.
“Ah voilà, le beau sourire de Leyla”, dit Ahmed avec un sourire satisfait. “Calcule pas ce gars. Il a déjà un pied dans la tombe.”
Je secoue légèrement la tête.
Ahmed est toujours là pour me remonter le moral. Je devrais vraiment le remercier de toujours vouloir faire équipe avec moi. Quand je repense à notre rencontre, je me demande encore comment il fait pour me supporter.
“Ahmed, cette affaire doit être prise très au sérieux. Même si ce sont des voleurs, ils ont été des victimes”, dis-je.
“Je ne les traiterais pas de victimes, mais je vois ce que tu veux dire. T’inquiète. De toute façon, tu seras là pour me donner les bons ordres.”
Il m’adresse un clin d’œil.
Je garde un sourire collé au visage pour cacher mes émotions.
“Thomas ne veut pas que je continue à gérer l’affaire. C’est toi qui prends l’affaire.”
Ahmed fronce les sourcils.
“Il est sérieux, là ? Pourquoi ?”
“Pose pas de questions. Sache juste que l’affaire est importante”, dis-je en buvant une autre gorgée de mon café.
“Leyla, tu es une femme forte. Il devrait avoir honte de ne pas le voir.”
Je souris en hochant la tête. Je n’ai pas envie de parler de ça, alors je décide de changer de sujet.
“D’ailleurs, ça va ?”
Il me regarde, confus.
“Pourquoi cette question ?”
“Depuis que t’as rasé ta barbe, j’ai l’impression que tout le commissariat te juge. J’ai entendu des gens dire que tu ne ressembles à rien.”
Il lève immédiatement les yeux au ciel.
“Comment ça, je ressemble à rien ? Qui a dit ça ? Que je le démonte ! Je suis plus beau comme ça.”
Je ris doucement face à sa réaction.
“Désolée… mais franchement, c’était une erreur.”
Il pointe un doigt vers moi.
“La seule erreur que j’ai faite, c’est d’avoir accepté de faire équipe avec quelqu’un comme toi.”
Je souris un peu plus.
“Pourtant, tu reviens tous les matins pour me voir.”
“Pour vérifier si tu travailles bien.”
Je souris. Je sais que c’est une blague, mais elle me blesse quand même. Peut-être parce que Thomas m’a tellement mise en colère que j’associe tout ce qu’on me dit à ce qu’il vient de me balancer.
Au moment où je porte à nouveau mon gobelet à mes lèvres, mon téléphone se met à sonner dans ma poche. Je baisse le gobelet et sors mon téléphone de ma poche arrière. Quand je vois le nom affiché à l’écran, je prends directement la direction de l’extérieur du commissariat.
“Je reviens, Ahmed”, le préviens-je.
Une fois dehors, je décroche immédiatement.
“Salut, Eric. Ça va ?” dis-je avec un sourire sincère.
“Toujours un plaisir d’entendre ta voix, Leyla. Ça va bien. Et toi, comment tu vas ? Le travail se passe bien ?”
Sa voix réussit à calmer ma colère. Parce qu’au moins, je sais qu’aux yeux d’Eric, je suis quelqu’un de capable. Il ne m’a jamais sous-estimée.
“Oui, c’est un peu compliqué, mais je gère.”
“Je sais que tu es capable de briser n’importe quel mur. Tu fais du bon travail. Vraiment. J’ai entendu parler de toi chaque fois que je rends visite aux maires. Tout le monde me parle de toi et me remercie pour ton travail.”
Cette remarque m’apaise le cœur. Savoir que certaines personnes voient mes efforts me fait plaisir. Thomas n’est qu’un cas parmi d’autres. Je dois simplement l’ignorer.
“Je prends simplement mon travail très au sérieux.”
“Je ne doute pas que tu sois très sérieuse. J’ai toujours eu confiance en toi.”
Eric Davis est un homme très important dans notre société. Avant de devenir ministre de la Justice, il était avocat en Normandie et s’était fait connaître pour la qualité de son travail. Aujourd’hui, il occupe l’un des postes les plus importants du pays. C’est un homme respecté par beaucoup de personnes. Et surtout, il a tout mon respect.
Je n’ai pas connu cet homme simplement à travers la télévision, où j’aurais seulement entendu parler de lui. Cet homme nous a sauvés, mon frère et moi, il y a exactement dix ans. Sans lui… nous n’aurions probablement pas survécu.
Je lui dois bien ça.
“En parlant de ton travail remarquable, j’aurais besoin de toi, Leyla.” Sa voix change et devient plus sérieuse.
Je fronce les sourcils et me redresse légèrement.
“Dis-moi tout.”
“Je préfère te le dire directement, face à face, plutôt que de passer par d’autres moyens de communication. C’est une question de confidentialité.”
“Qu’est-ce qui se passe ? Tout va bien, j’espère ?”
Un petit silence.
“Pour l’instant, rien d’alarmant. Mais je sens que ça va changer. Et je préfère agir avant que ça dérape.”
Je regarde autour de moi sans vraiment voir les gens passer.
“Déraper comment ?”
“Il y a un danger très grave qui menace notre pays. Je t’expliquerai les détails tout à l’heure. Est-ce que tu pourras nous donner un coup de main ?”
“Ce n’est pas une question qui se pose. Tu peux toujours compter sur moi.”
Un léger souffle. Comme un sourire qu’on ne voit pas.
“Merci beaucoup, Leyla. Rejoins-moi à la villa à 17 h. Ce sera plus sûr pour en discuter.”
Je serre un peu plus le téléphone contre mon oreille.
“Dis-moi juste que ce n’est rien de grave ?”
“Rien ne l’est pour l’instant. Ne t’inquiète pas.”
Je reste silencieuse. Il continue :
“Je n’ai confiance qu’en très peu de personnes sur ce dossier. Et toi… tu es la seule sur qui je peux vraiment compter.”
Ces mots me réchauffent le cœur et me redonne confiance en moi.
“D’accord. Je serai là.”
“Merci, Leyla.” Avant de raccrocher, il ajoute : “Et fais attention à toi.”








