Prologue
Tom sursauta lorsqu’une petite mélodie retentit dans tout le supermarché.
« Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs, votre attention, s’il vous plaît. Notre magasin va bientôt fermer. Tous les clients encore présents sont priés de se diriger vers les caisses. Les supermarchés Le Driand vous souhaitent à tous une excellente soirée. »
Tom soupira.
Il attrapa au hasard un sandwich sur le rayonnage puis se dirigea vers la dernière caisse encore ouverte. Les quelques clients qui y faisaient la queue s’écartèrent sur son chemin. Certains lui lancèrent des hochements de tête respectueux.
« Merci beaucoup pour votre achat, Monsieur. » le remercia aimablement la caissière. « Bonne soirée à vous et belle fin de séjour à La-Roche-Sur-Mer.
-Merci. » fit le jeune homme d’un ton las.
Il reprit son sandwich et le rangea dans son sac à dos.
« Une permission ? » demanda son interlocutrice avec un regard pour la petite broche en forme de II épinglée au tee-shirt du jeune homme. « Profitez-en bien.
-Ouais ; ouais… » lui répondit Tom. « Vive l’Altus, la République, tout ça ; tout ça… »
Les portes du supermarché coulissèrent devant lui. Dès lors qu’il en passa le seuil, la chaleur écrasante de l’été lui revint en pleine figure comme une gifle. Il jeta un coup d’œil à l’intérieur de son portefeuille presque vide.
Merde ! jura-t-il silencieusement. J’ai oublié de m’acheter une bouteille d’eau.
Il soupira.
Pas grave. Reprit-il. J’ai pas l’argent pour, de toute façon. Je boirai à la fontaine publique.
Il se passa une main sur le visage.
Bon…va falloir que je me trouve un endroit où crécher cette nuit. J’ai pas envie de dormir sur le trottoir.
Il se mit donc en route. Il marcha longuement dans les rues de La-Roche-Sur-Mer. Malgré le crépuscule qui teintait le ciel de rouge et d’orangé, la ville ne désemplissait pas. Bien au contraire d’ailleurs. Les rues étaient encore plus animées que la journée. Les restaurants de la grande avenue qui longeait la plage étaient bondés, sans parler des boîtes de nuit et de la fête foraine. Les trottoirs étaient bondés de promeneurs, tous entourés d’un halo coloré. Tom s’arrêta devant l’entrée de la fête foraine. Le trop plein de couleurs et de flash qui y régnait ne fit que lui donner un peu plus mal à la tête. La broche épinglée à son tee-shirt accrocha les lumières colorées. Il sentit un sourire lui monter aux lèvres lorsqu’il vit passer deux adolescents puis un jeune couple avec leur enfant à côté de lui. Soudain, un frisson lui parcourut l’échine. Il se retourna, et découvrit un homme qui le fixait intensément de ses deux yeux mauves. Ses mains étaient nonchalamment enfoncées dans les poches de son pantalon. Son visage était fendu d’un gigantesque sourire. Il était vêtu d’un costume vert menthe avec un gilet crème et une cravate rose bonbon. Un puissant halo bleu nuit faisait onduler l’air autour de lui. Tom allait lui demander s’ils se connaissaient, mais l’homme se contenta de rentrer dans la fête foraine comme si de rien n’était. Tom soupira. Il se remit en route, les mains profondément engoncées dans les poches de son short. Après encore de longues minutes de marche à esquiver les regards méfiants ou intrigués des passants, il finit par parvenir au jardin public de La-Roche-Sur-Mer. Il s’agissait d’un jardin public de station balnéaire tout ce qu’il y avait de plus classique : des bosquets, un lac artificiel, des parterres d’herbe, un chemin de promenade, des bancs ainsi que des fontaines d’eau potable. Ce fut à l’une de ces dernières que Tom s’arrêta. Il savoura la sensation de l’eau coulant dans sa gorge desséchée par la chaleur. Puis il s’arrosa copieusement le visage. Il tressailli en voyant son reflet dans la petite flaque d’eau sous le robinet. Ses yeux gris pâle aux pupilles plus larges que la moyenne étaient soulignés de cernes épais.
C’est à se demander si je ressors pas tout droit du cimetière. Soupira silencieusement le jeune homme.
Il regarda autour de lui. Depuis qu'il avait rencontré l'homme aux yeux mauves, il avait la désagréable impression d'être observé. Sans parlé du sourire de l'inconnu qui ne quittait plus ses pensées. Il secoua la tête.
N'importe quoi. se dit-il. Ça doit juste être la fatigue.
Il attrapa son sac à dos posé près de lui et s’en alla. Il finit par se trouver un banc plus isolé des autres. Il espérait au moins que personne ne viendrait le déranger. Il se laissa tomber sur le banc comme un pantin désarticulé. Il se passa une main sur le visage puis sortit son sandwich. Il s’allongea, son sac à dos posé en guise d’oreiller. Il mordit dans son sandwich. Il ne lui trouva pas le moindre goût. Il soupira.
On va dire que c’est pas si mal. Se dit-il. J’aurais très bien pu ne rien avoir à manger du tout.
Lorsqu’il eut fini de manger son sandwich, il détacha sa petite broche en forme de II. Il la leva au-dessus de son visage. Le métal doré accrocha les lueurs rouge-orangées du crépuscule. Il soupira. Les larmes lui montèrent aux yeux.
Mais qu’est-ce que j’ai fait pour mériter ça ? se demanda-t-il en laissant retomber son bras contre son corps.
Ses paupières s’alourdirent. Il les sentit tomber sur sa vue comme le rideau d’une scène de théâtre. Et puis ce fut le noir.









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