PROLOGUE
Chaque nuit, depuis des mois, je l'entendais.
Ce n'était qu'un murmure à la lisière de mes rêves, une mélodie grave et lointaine qui flottait dans l'obscurité de ma chambre parisienne. Une voix d’homme, douce mais empreinte d'une urgence feutrée, qui répétait inlassablement mon prénom. Katelaya...
Personne d'autre ne la percevait. Autour de moi, la maison dormait. Ce soir-là, le tic-tac de mon réveil affichait minuit pile. Je venais d'avoir quinze ans, et alors que la pluie battait doucement contre ma fenêtre, je fermai les yeux, épuisée d'avoir cherché à comprendre. Je finis par sombrer, bercée une fois de plus par cet écho mystérieux.
Puis, le vide. Un glissement subtil, une sensation étrange de flottement, comme si le tissu même de ma réalité s'étirait.
Quand je rouvris les yeux, la pluie parisienne avait disparu. Le plafond tapissé de ma chambre avait fait place à une voûte monumentale en pierre blanche, sculptée de motifs dorés qui semblaient capturer une lumière invisible. Je n'étais plus allongée sur mon matelas étroit, mais enfoncée dans des draps d'une soie si pure qu'ils glissaient sur ma peau comme une caresse.
Désorientée, le cœur battant à tout rompre, je me redressai sur mes coudes. La pièce était immense, baignée par la lueur ambrée de deux soleils qui brillaient à travers de hautes arches de pierre. Au-delà, je pouvais apercevoir des flèches de châteaux suspendues dans le ciel et une végétation aux reflets d'argent. C'était magnifique. Totalement irréel.
— Tu es enfin là, Katelaya.
Un frisson me parcourut l'échine. Ce n'était plus un murmure lointain dans ma tête. La voix résonnait tout près de moi, vibrante, bien réelle.
Je tournai brusquement la tête. Silhouette élégante détachée contre la lumière du jour, un jeune homme m'observait. Ses traits m'étaient inconnus, et pourtant, un écho de familiarité inexplicable s'éveilla au fond de moi. Il s'avança d'un pas assuré, un sourire mêlé de soulagement et de solennité sur les lèvres.
— Qui... qui êtes-vous ? Est-ce que je rêve ? balbutiai-je, la gorge nouée par un mélange de panique et d'émerveillement.
Le jeune homme s'inclina légèrement, posant une main sur son cœur, avant de plonger son regard dans le mien avec une intensité captivante.
— Tu ne rêves pas, ma sœur. Bienvenue chez toi. Je m'appelle Ëmayara, prince de Solaria. Je voulais tellement te voir, mais maintenant tu va devoir t'en allez, petite sœur.








