Chapitre 1
CarmĂšne Ă©tait une jeune Ă©tudiante de troisiĂšme annĂ©e ĂągĂ©e de vingt ans. MalgrĂ© son jeune Ăąge, elle avait dĂ©jĂ appris que la vie nâĂ©tait pas toujours facile.
Elle vivait avec son pĂšre dans une petite maison modeste situĂ©e Ă la pĂ©riphĂ©rie de la ville. Depuis le dĂ©part de sa mĂšre, qui avait choisi de refaire sa vie auprĂšs dâun homme plus riche, ils ne pouvaient compter que lâun sur lâautre.
Son pĂšre travaillait dur pour lui offrir le nĂ©cessaire, mĂȘme si lâargent manquait souvent. Voyant les sacrifices quâil faisait chaque jour, CarmĂšne avait dĂ©cidĂ© de lâaider. AprĂšs ses cours Ă lâuniversitĂ©, elle travaillait comme serveuse dans un cafĂ© afin de participer aux dĂ©penses de la maison.
Les journĂ©es se ressemblaient presque toutes : les cours le matin, le travail lâaprĂšs-midi, puis le retour Ă la maison le soir, Ă©puisĂ©e mais dĂ©terminĂ©e Ă ne jamais abandonner ses Ă©tudes.
Ce soir-lĂ , alors que le soleil disparaissait lentement derriĂšre les immeubles, CarmĂšne poussa la porte de la maison. Son sac semblait plus lourd que dâhabitude et ses jambes lui faisaient mal aprĂšs des heures passĂ©es debout.
En entrant dans le salon, elle aperçut son pÚre assis sur le vieux canapé. Plusieurs factures étaient étalées devant lui.
â Salut, papa.
Son pĂšre releva la tĂȘte et lui adressa un sourire fatiguĂ©.
â Ah, chĂ©rie, tu es rentrĂ©e. Ăa va ?
â Oui⊠juste fatiguĂ©e, comme toujours.
Le regard de son pĂšre se posa sur les papiers devant lui avant de revenir vers elle.
â Je suis dĂ©solĂ©, ma fille. Si je pouvais tâoffrir une vie meilleure, je le ferais. Mais ma situation ne me le permet pas.
CarmĂšne sâapprocha et posa doucement une main sur son Ă©paule.
â Papa, ne dis pas ça. Je comprends. Tu fais dĂ©jĂ beaucoup pour moi.
â Tu mĂ©rites tellement plus.
â Quand jâaurai terminĂ© mes Ă©tudes et trouvĂ© un bon travail, on quittera cet endroit. Je te le promets.
Les yeux de son pĂšre sâilluminĂšrent lĂ©gĂšrement.
â Merci, CarmĂšne.
La jeune femme sortit alors quelques billets de son sac.
â Au fait, voici lâargent pour lâeau et lâĂ©lectricitĂ©.
Son pĂšre prit lâargent avant de lui en rendre une partie.
â Garde-en un peu pour toi.
â Non, ça va.
â Jâinsiste.
AprĂšs quelques secondes dâhĂ©sitation, elle accepta.
â Merci, papa.
Puis elle monta dans sa chambre.
Ă lâuniversitĂ© comme au cafĂ©, CarmĂšne ne passait jamais inaperçue. Elle possĂ©dait une beautĂ© naturelle qui attirait souvent les regards. Mais ce qui la distinguait le plus Ă©tait sa personnalitĂ© : elle Ă©tait intelligente, respectueuse, travailleuse, toujours prĂȘte Ă aider les autres et son teint chocolat Ă©clatant.
Cependant, cette attention nâĂ©tait pas toujours agrĂ©able.
Parmi les clients rĂ©guliers du cafĂ© se trouvait Douguy, un homme dâune trentaine dâannĂ©es connu pour son arrogance et son goĂ»t du pouvoir. HabituĂ© Ă obtenir ce quâil voulait grĂące Ă son argent, il supportait mal quâon lui rĂ©siste.
Depuis plusieurs semaines, il sâintĂ©ressait Ă CarmĂšne.
Ce soir-lĂ , alors quâelle servait les clients, sa voix rĂ©sonna dans la salle.
â HĂ©, CarmĂšne ! Viens ici un instant.
La jeune femme sâapprocha de sa table avec professionnalisme.
â Oui, monsieur ?
Douguy était entouré de plusieurs amis qui observaient la scÚne avec amusement.
â Dis-moi, combien de temps comptes-tu encore mâignorer ?
â Je ne vous comprends pas.
Un sourire prétentieux apparut sur son visage.
â Bien sĂ»r que tu me comprends. Avec mon aide, toi et ton pĂšre pourriez avoir une vie beaucoup plus confortable. Juste une nuit beautĂ©.
Le regard de CarmÚne se durcit immédiatement.
â Je nâai besoin de rien venant de vous.
Les hommes autour de la table échangÚrent des regards amusés.
Douguy se pencha légÚrement vers elle.
â Tu devrais y rĂ©flĂ©chir.
â Ce que je pense, câest que vous devriez me laisser travailler.
Sans attendre de rĂ©ponse, elle tourna les talons et sâĂ©loigna.
Douguy Ă©clata de rire tandis que ses amis lâimitaient.
â Ne vous inquiĂ©tez pas, dit-il en la regardant partir. Elle finira par changer dâavis. Ce genre de filles finissent toujours par revenir.
Mais au fond dâelle, CarmĂšne savait une chose : peu importe les difficultĂ©s quâelle traversait, elle ne laisserait jamais quelquâun dĂ©cider de sa valeur Ă sa place.








