Recueil De Nouvelles par pierremosan chez Inkitt
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recueil de nouvelles

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Résumé

Habitant seul avec sa mère, Henry descend à la cave pour jeter la poubelle. Ce qui relève de l'ordinaire pour une personne normal n'est pas si simple pour Henry qui devra montrer tout son courage pour y parvenir.

Genre :
Other
Auteur :
pierremosan
Statut :
Terminé
Chapitres :
1
Rating
n/a
Classification par âge :
16+

Henry


Dix-neuf heures trente, Henry devait descendre la poubelle de son appartement avant le retour de sa mère à dix-neuf heures vingt, par chance, elle était en retard. Henry avait toujours vécu dans le même appartement, au quinzième et dernier étage de l’allée quinze de la ” cité des fleurs”, un quartier de banlieue comme tous les autres. Henry n’a jamais compris pourquoi son quartier s’appelait ainsi, il n’y avait jamais vu de fleurs. Du béton, des rats, des cafards et du shit, oui, mais des fleurs, non. Âgé de dix-neuf ans, il détestait cet endroit où l’espoir se faisait bouffer par les rats qui se promenaient dans la cour à la recherche de restes de nourriture qui traîneraient par terre au détour d’un emballage qui aurait raté la poubelle qui lui était destinée. Ce soir-là, il devait descendre le sac poubelle de la cuisine aux bennes qui étaient au sous-sol. Il avait répondu oui sans réfléchir à sa mère quand cette dernière lui avait demandé de bien vouloir vider la poubelle qui débordait avant qu’elle ne rentre de son travail. Face à la porte d’entrée il regrettait d’avoir accepté sans réfléchir, il aurait pu refuser, lui expliquer, elle aurait compris, elle y serait allée avec lui. Elle aussi avait peur d’y aller seule, à deux on a moins peur, à deux c’est moins dangereux. Ils n’étaient pas deux à cet instant et il était hors de question qu’il lui demande de l’accompagner quand elle serait de retour. Il inspira un grand coup, prit la poignée de porte, vérifia qu’il avait bien les clefs de son appartement dans sa poche et sortit en murmurant « allons-y Alonso », pensez au docteur lui donnait du courage. Machinalement il toucha le tournevis sonic en plastique du dixième docteur qui était dans la poche intérieure de sa veste. Il ne lui était d’aucune utilité dans le cas présent mais sa présence le rassurait, il émit un soupir de soulagement et sortit en fermant la porte derrière lui. Sur le palier, il revérifia qu’il avait bien les clefs de son appartement dans sa poche avec une discrétion qui était inutile du fait qu’il était seul sur le palier. Seul avec la lumière jaune foncée du hublot qui éclairait mal le long couloir. Au fond du couloir, le bouton de l’ascenseur l’attendait. Il fixa le voyant lumineux rouge du regard et fit de son mieux pour ne pas regarder ailleurs. Il devait rester concentré et tout irait bien. Il fit un pas, puis un second, au troisième pas il se dit que ça y était, il ne s’arrêterait pas, il était lancé. Un sourire commença à se dessiner sur son visage, un sourire qui s’effaça instantanément quand il entendit un bruit de porte s’ouvrir derrière lui. Il s’arrêta immédiatement de bouger, il était paralysé par la peur, le regard fixé sur la porte qui était derrière lui qui s’ouvrait doucement. Il était content d’être allé aux toilettes avant de descendre, il n’aurait pas d’accident cette fois-ci. Son voisin, un homme dans la cinquantaine sortit la tête dans le couloir, il le salua :

- Bonsoir Henry, je vois que tu descends les poubelles, tu veux que je t’accompagne ? Quelques secondes s’écoulèrent sans que Henry ne réponde, il fixait son voisin sans cligner des yeux. Une voix féminine attira son attention.

- Ali, laisse-le tranquille, tu lui fais peur. Henry reconnut immédiatement la voix de Dalila, sa voisine et amie de sa maman. Il avait confiance en Dalila, il l’aimait bien. Il savait que son mari, Ali était un homme gentil, Ali l’avait souvent surveillé quand il jouait dehors quand il était petit. Son voisin venait le surveiller comme un père le ferait pour son enfant. Quand il avait huit ans, Henry croyait qu’Ali était son papa, il ne comprenait pas pourquoi il ne vivait pas avec sa maman et lui. A l’âge de dix ans, il découvrit la vérité, Ali n’était pas son père. C’était juste un voisin gentil qui aidait une amie avec son fils qu’elle élevait toute seule. Depuis ce jour où il découvrit la vérité sur Ali, Henry n’avait plus jamais voulu accepter son aide. Pour lui, Ali était devenu un étranger et il avait peur des étrangers. En voyant qu’il ne répondait pas, Ali commença à mettre ses chaussures en lui disant :

- Bouge pas, je t’accompagne, j’ai des poubelles à descendre moi aussi. Il commença à se pencher pour enfiler ses chaussures lorsque Dalila son épouse le tira vers l’intérieur en lui disant :

- Je t’ai dit de le laisser tranquille, t’es têtu c’est tous les jours le même sketch avec toi. Tu lui fais peur. Dalila repoussa son mari avec force dans leur appartement, puis elle sortit la tête sur le palier et regarda Henry avec douceur. En la voyant apparaître, Henry eut un soupir de soulagement, enfin un visage qui le rassurait. Il se mit à cligner des yeux frénétiquement en se détendant un petit peu. Dalila lui dit :

- Excuse-le Henry, il... il voudrait juste t’aider, tu veux qu’on descende ton sac de poubelle ? Je ne dirais rien à ta maman.

Henry réfléchit à la proposition que Dalila venait de lui faire, c’était tentant de retrouver le confort rassurant de son appartement, mais il refusa.

- Je vous remercie mais… je … je dois le faire, je ne peux pas dépendre des autres tout le temps et ma maman compte sur moi. Merci et, désolé pour Mr Ali, je..., je ne veux pas lui faire de peine, c’est juste que..., je ne peux pas, je ne sais pas pourquoi mais je ne peux pas.

- Il comprend et il ne t’en veut pas, rassure–toi. En tout cas si un jour tu as besoin, sache que nous sommes là, n’importe quel jour, n’importe quelle heure. Puis elle referma la porte en douceur.

Dans le silence du couloir, Henry entendit faiblement les voix de Dalila et Ali qui continuaient leur conversation à son propos, Dalila ré- expliquait à Ali qu’il ne pouvait rien faire pour aider Henry.

Henry tourna le dos à la porte d’entrée de ses voisins en douceur et se remit à marcher en direction de l’ascenseur, Il franchit les derniers mètres qui le séparaient du bouton d’appel en trois grandes enjambées. Il voulait éviter qu’un autre voisin sorte pour venir l’aider, il ne voulait pas être aidé, il voulait juste retrouver son canapé dans son appartement. Il appuya enfin sur le bouton, un bruit se fit entendre. Henry reconnut le bruit du mécanisme de l’ascenseur qui venait à sa rencontre. Lorsque la porte s’ouvrit, il monta dans la cabine avec soulagement. Le trajet ne durerait que quelques secondes, mais c’était un court instant de répit qui lui ferait du bien, ici, à l’intérieur de l’ascenseur il ne risquait rien. Dans deux minutes, il aurait jeté la poubelle dans les bacs au sous-sol et il pourrait alors retourner dans son appartement et oublier ce moment. Le bruit de l’ascenseur qui descendait les étages lentement le rassurait, il lui rappelait une autre époque où il n’avait tout simplement pas peur comme aujourd’hui de croiser des gens. Il ne se souvenait plus vraiment quand et comment son agoraphobie avait démarré ni quel avait été l’élément déclencheur. Il se souvenait en revanche de son enfance où il passait de longs après-midis à jouer dehors parfois seul ou avec sa mère qui discutait avec ses amies au loin. Il fonçait en vélo au milieu des immeubles de son quartier sans réfléchir à autre chose que la sensation du vent sur son visage. Aujourd’hui, la simple vue de son voisin de palier le terrifiait. Tous les spécialistes du sujet qu’il avait rencontrés avaient été formels, ils n’avaient jamais vu un développement pareil de la maladie. L’ascenseur arriva au sous-sol et les portes s’ouvrirent sur un couloir plongé dans l’obscurité. Une obscurité inquiétante car elle pouvait absolument tout cacher, surtout nos pires cauchemars. Son regard se posa sur le voyant orange de l’interrupteur situé juste en face de l’ascenseur. Il posa son pied en travers de la porte de l’ascenseur pour qu’elle ne se referme pas sur lui, il retoucha à nouveau son tournevis sonic dans la poche intérieure de sa veste et sortit de l’ascenseur avec le sac poubelle à la main en se disant «Allons-y». Il franchit la distance qui le séparait de l’interrupteur en deux pas et appuya dessus du bout des doigts. Les néons au plafond s’allumèrent en grésillant et clignotant un peu, puis la lumière parcourut tout le couloir qui était désert. A sa gauche se trouvaient les bacs poubelles, il se dirigea dans leur direction et jeta sa poubelle rapidement, puis il retourna à l’ascenseur en essayant de garder une démarche normale. La porte de l’ascenseur s’ouvrit à la seconde où il appuya sur le bouton d’appel. Il retourna dans son appartement en priant tous les dieux qu’il connaissait de ne croiser personne. Apparemment les dieux étaient à son écoute ce soir-là. C’est avec un soulagement immense qu’il tourna la clef dans la serrure de son appartement, puisqu’il tourna la poignée. Une fois entré, il referma vivement la porte derrière lui et s’y adossa en rigolant. Tout ça pour une poubelle, se dit-il en se redressant.

Fin

Pierre Mosan

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