PROLOGUE
Les bras croisés derrière la tête, les jambes étendues sur une couette blanche grossièrement froissée, le garçon remuait la tête en rythme. Un rythme bien trop vieillot pour sa génération, la faute à l’enceinte trônant sur son bureau en bois qui faisait résonner ses basses au son de You’re the One That I Want d’Olivia Newton-John et John Travolta.
Silas Lloyed, un garçon aux cheveux de jais bouclés, noyait ses oreilles dans les notes de la musique. Ses yeux bleus, rappelant le fond de la mer, ses coraux et ses poissons visqueux (pour seule compagnie), semblaient vouloir lire les paroles suintantes d’une simple déclaration d’amour sur le plafond blanc de sa chambre.
Il m’est inutile de m’attarder sur la pièce de vie (ou de dodo) d’un jeune adulte à peu de choses près détaché de sa génération. La tapisserie récente et le parquet neuf ne détonnaient pas, en revanche, avec son ambiance très seventies. Des vinyles, ici et là, étaient comme accrochés aléatoirement, tout comme les posters. Par ailleurs, l’un d’eux, situé juste au-dessus de sa tête de lit, risquait bientôt de se faire la malle. Dépourvu de vie, il était pourtant assez intelligent pour constater que l’oreiller de Silas s’avérait des plus moelleux.
Il n’était plus qu’une question de temps avant que le scotch ne se décolle et qu’Elvis Presley, sous forme de papier, ne tombe de tout son long sur le lit de l’Américain. Oh, oui, il venait de Miami, ne vous l’avais-je pas dit ? Silas, pas Elvis, si jamais.
— SISI !! SISI !!
Deux voix, parfaitement féminines, criaient son surnom depuis le quasi-rez-de-chaussée. Elles arrivaient à titiller suffisamment son ouïe pour qu’avec une certaine lenteur, Silas redresse partiellement son corps. Le dos appuyé contre la tête de lit, son visage se tourna instinctivement vers la porte entrebâillée de son havre de paix. Pas si paisible que ça, cela dit en passant...
Des bruits sourds de pas, des chamailleries du haut des escaliers et un grincement. La porte, pushed de toutes ses forces, vit sa poignée (déjà bien amochée) taper contre ce pauvre mur qui avait dû subir ça au moins... Non, je n’ai pas de chiffre à vous donner. Ou ce serait plus correct de dire que moi, la narratrice, ai eu tout bonnement la flemme de procéder à la réflexion. En tout cas, notez que notre pauvre Silas avait sursauté. Et son cœur avec.
— ON A OUVERT TA LETTRE ET-
Une lilliputienne, suivie de près par une fille à peine plus grande, venait de faire irruption dans sa grotte hors du temps. La plus petite des deux était sans aucun doute sa sœur, tant la ressemblance avec ce dernier était flagrante. Elle affichait d’ailleurs un sourire digne de la plus grande des surexcitées. Quant à Silas, il roula des yeux jusqu’aux pupilles de cette dernière, l’air... las. Pas assez, cependant, pour l’empêcher de lui couper la parole :
— Comme quoi j’ai réussi mon année ? Merci bichette, mais je le-
— Non !! Laisse-moi finir avant de... de, de faire et dire je sais pas quoi ! fit-elle en se jetant sur son lit avec une grande conviction. Tiens, regarde !
Un soupir amusé faisant vibrer imperceptiblement ses lèvres, l’étudiant amena ses doigts jusqu’au papier qui la rendait presque euphorique. Il était également important de noter que son amie, appuyée contre l’encadrement de la porte, était anormalement calme. Beaucoup trop calme, contrairement à plus tôt. Un faux espoir, peut-être ? Un plan machiavélique de leur part ?
Il s’attela pourtant à retirer ladite lettre de son enveloppe. Avec appréhension, bien sûr. Jusqu’à ce que ses deux perles viennent parcourir les lignes écrites en coréen. Un coréen des plus impeccables, qui plus est. À première vue, ça ne ressemblait en rien à une blague de mauvais goût et...
— C’EST PAS VRAI !