Chapitre 1 – L'exil (Partie 1)
La pluie glissait lentement sur les vitres de l'appartement, dessinant des sillons irréguliers qui déformaient les lumières de la ville. Paris continuait de vivre derrière ce voile d'eau, mais, depuis son bureau, Mélanie avait l'impression d'observer le monde à travers une vitre bien plus épaisse que le simple verre de sa fenêtre.
L'écran de son ordinateur éclairait faiblement la pièce.
Une page blanche.
Encore.
Le curseur clignotait avec une régularité presque insolente, comme s'il se moquait d'elle.
Une phrase.
Elle n'arrivait même plus à écrire une seule phrase.
Autour d'elle, les étagères croulaient sous les exemplaires de ses romans. Des traductions en plusieurs langues, des prix littéraires, des photographies prises lors de salons du livre... Tout témoignait d'une carrière dont elle avait autrefois été fière.
Aujourd'hui, ces souvenirs semblaient appartenir à une autre femme.
Une femme qui croyait encore aux fins heureuses.
Mélanie passa une main dans ses longs cheveux châtains qu'elle avait noués à la hâte. Son reflet dans l'écran noir de la télévision lui renvoya l'image d'un visage plus pâle qu'autrefois. Ses grands yeux noisette, autrefois pétillants, étaient marqués par des nuits trop courtes et des pensées qui ne lui laissaient jamais de répit.
Elle repoussa son ordinateur.
Son regard dériva jusqu'au carnet posé près de sa tasse de café froid.
À l'intérieur, une seule phrase était écrite.
"Pourquoi les personnages continueraient-ils à croire en l'amour si leur auteur n'y croit plus ?"
Elle referma doucement le carnet.
Son téléphone vibra.
Son souffle se bloqua aussitôt.
Elle n'avait même plus besoin de regarder l'écran pour reconnaître cette vibration. Depuis des mois, chaque sonnerie réveillait la même angoisse.
Elle finit par prendre le téléphone.
Numéro masqué.
Son cœur se serra.
Elle laissa sonner jusqu'à ce que l'appel cesse.
Quelques secondes plus tard, un message apparut.
"Tu ne pourras pas m'éviter éternellement."
Ses doigts tremblèrent malgré elle.
Elle effaça le message sans le lire une seconde fois.
Une minute plus tard, un autre arriva.
"Tu crois vraiment que changer de vie suffira ?"
Un frisson parcourut son échine.
Elle se leva brusquement pour vérifier que la porte d'entrée était verrouillée. Puis les fenêtres. Encore une fois.
C'était devenu un rituel.
Un réflexe.
Une prison invisible.
Autrefois, Hugo connaissait chacune de ses habitudes. Il savait où elle prenait son café, dans quelle librairie elle aimait flâner et à quelle heure elle promenait son chien, avant que celui-ci ne meure de vieillesse.
Aujourd'hui encore, il semblait toujours savoir où elle se trouvait.
La police lui avait conseillé de conserver les messages.
Elle les conservait.
Mais rien ne changeait.
Elle avait fini par vivre avec cette peur, comme on apprend à vivre avec une cicatrice qui ne disparaît jamais vraiment.
Son téléphone sonna de nouveau.
Cette fois, le nom qui s'afficha lui arracha un soupir de soulagement.
Camille.
Son éditrice.
- Dis-moi que tu as une bonne nouvelle.
La voix chaleureuse de Camille résonna dans le salon.
- J'aimerais bien.
- Toujours rien ?
Mélanie contempla la page blanche.
- Pas un mot.
Un silence s'installa.
Camille connaissait cette réponse par cœur.
- Écoute, Mel... Si je t'appelle, ce n'est pas pour te mettre la pression.
- Pourtant, j'imagine que les lecteurs attendent le prochain livre.
- Les lecteurs peuvent attendre quelques mois. Toi, en revanche, tu ne peux pas continuer à vivre enfermée ici.
Mélanie laissa son regard glisser vers la fenêtre.
La pluie continuait de tomber.
Toujours la même rue.
Toujours les mêmes immeubles.
Toujours cette impression d'étouffer.
- J'ai trouvé un endroit pour toi, reprit Camille.
- Un hôtel ?
- Mieux que ça.
Elle marqua une courte pause.
- Un ranch.
Mélanie fronça les sourcils.
- Un ranch ?
- Au cœur des montagnes. Pas de journalistes. Pas de voisins curieux. Pas de bruit. Juste la nature, des chevaux... et des gens qui respectent la tranquillité des autres.
Un léger sourire apparut malgré elle.
- Tu me vois vraiment vivre dans un ranch ?
- Je te vois surtout recommencer à respirer.
Ces quelques mots la touchèrent plus profondément qu'elle ne l'aurait cru.
Respirer.
Elle avait presque oublié ce que ce simple geste pouvait signifier.
Camille reprit doucement :
- Fais-le pour toi, Mélanie. Pas pour ton éditeur. Pas pour tes lecteurs. Juste pour toi.
Mélanie ferma les yeux.
Pour la première fois depuis des mois, une idée qui ne ressemblait pas à de la peur venait de traverser son esprit.
Et si partir était exactement ce dont elle avait besoin ?









J'ai tout de suite accroché à l'héroïne. On la sent complètement perdue, et le harcèlement qu'elle subit est vraiment difficile à voir. On ressent son stress, sa peur et sa solitude à chaque instant. En plus, la plume est magnifique, fluide et très immersive, ce qui rend les émotions encore plus fortes. Ce premier chapitre m'a vraiment touchée et donne envie de découvrir comment son histoire va évoluer.