⛈️Symptôme d'orage⛈️
Il m’arrivait d’avoir des migraines lorsque le ciel se couvrait, comme un symptôme avant que la pluie ne s’abatte sur cette ville désertique.
Rares étaient les fois où j’ai senti la pluie sur ma peau.
L’eau claire et limpide ne coulait que dans des conduits hydrauliques, sans sources pures pour se refroidir ou étancher sa soif.
Il y faisait toujours chaud sur cette terre ocre et infertile.
La ville de Tébah n’était évidemment pas née du désir de confort.
Je n’avais pas demandé à naître ici, non plus.
J’y avais fait malgré tout mes premiers pas, me rattachant à cette ville comme une mauvaise herbe qu’on ne peut arracher.
On s’y faisait à cette chaleur, plus par habitude que par amour.
J’étais cependant d’un âge où l’on se rendait compte que partir de cette terre abandonnée était la meilleure manière de ne pas s’oublier.
Un rêve d’un ailleurs qui n’existait que dans mes pensées, sans jamais trouver la force de le rendre réel sous mes pieds.
—À quoi bon partir ?, me répétait ma mère.
—Pour tout, avais-je envie de lui répondre.
Mais je sentais au fond de moi que le malheur se trouvait au-delà des frontières, peut-être à cause de ces nuages lointains aussi épais que des murailles qui nous cantonnaient à ne jamais les franchir.
Parfois, j’avais l’impression d’être la seule à les voir.
L’envie d’un ailleurs sonnait comme un mauvais présage, comme lorsqu’il m’arrivait de peindre à l’aquarelle dans la véranda et qu’un corbeau s’écrase contre les vitres, marquant la fin funeste de son long périple.
Pourtant, il n’y avait pas de corbeaux à Tébah.
Ma mère prenait cela comme un mauvais œil.
Elle utilisait de la sauge pour purifier la maison, afin d’éloigner le mal sans vraiment trop savoir le nommer.
Jamais je ne croirais à ces rites chamaniques tout droit sortis d’un manuel ésotérique.
Mais que vouliez-vous ?
On ne peut pas éternellement laisser les corbeaux s’écraser contre nos vitres.
Et je ne pouvais laisser mes pensées me broyer dans une réalité qui ne serait jamais la mienne.
Alors je sortais, flânant entre les rares commerces locaux et les maisons en bois à la peinture blanche dégarnie.
Je me promenais seule, étant l’unique personne à me risquer sous ce soleil de plomb.
Un désert humain qui jamais ne se remplissait, abandonné par la grande civilisation.
Ce n’était pas tant ce lieu qui clochait.
C’était moi.
Je clochais fortement comme une anomalie qu’on peinait à rectifier.
Le peu de gens ici me fuyaient malgré le sourire poli qui disait « Encore elle… ».
Peut-être était-ce à cause de ma mauvaise aura qui m’écartait de ce petit monde, comme si ces lourds nuages m’entouraient tout entière, camouflant la personne que j’étais.
Si seulement j’avais un brin d’idée de qui j’étais réellement…
J’avais envie de partir.
Mais pour aller où ?
La part lointaine de Tébah, au-delà des collines rouges, n’avait pas le goût de liberté.
Certes je savais que quelque part, un autre lieu m’attendait, mais qu’il ne me plairait pas.
Tébah est ma ville, un choix conscient de ma mère d’y planter mes racines, car je savais qu’elle-même avait fui le lointain.
Et tout cela par la sainte malédiction d’un seul homme.
Mon père.
À la simple pensée de lui, le ciel se couvrait.








