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La fille au goût salé

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Résumé

Antoine avait tout prévu : quelques semaines seul sur son voilier, la mer, le silence et cette liberté soigneusement organisée dont il avait besoin. Mais aux îles Scilly, son moteur tombe en panne. Une pièce introuvable le condamne à rester à quai pendant une semaine. C’est là qu’il rencontre Noémie. Trente ans, blonde, magnifiquement bronzée, les cheveux délavés par le soleil et le sel, Noémie vit au rythme de la mer, de ses désirs et de ses rencontres. Tout ce qu’Antoine, quarante ans, costume et finance, n’est pas. Une bière dans un pub. Une nuit sur son voilier. Au matin, elle doit repartir. Mais Noémie lui propose de monter à bord. Commence alors une croisière sans itinéraire véritable, faite d’escales, de rencontres et d’expériences sensuelles toujours plus libres. Quelques jours durant lesquels Antoine va découvrir le plaisir autrement, repousser ses limites et abandonner ses certitudes. Il pensait embarquer pour une aventure sexuelle. Mais peut-on partager ainsi son corps sans risquer, un jour, d’y laisser son cœur ?

Genre :
Erotica
Auteur :
Gabriel_Marin
Statut :
En cours
Chapitres :
2
Rating
n/a
Classification par âge :
18+

Noémie

Antoine se tenait à la proue du voilier.

Il devait être six heures. Peut-être un peu plus.

Aux Scilly, même en juillet, le matin savait rappeler qu’on naviguait à cinquante kilomètres au large de la Cornouailles. L’air était frais, humide, chargé d’embruns. Une brume légère s’effilochait entre les îles tandis que les premières lueurs du jour révélaient peu à peu les rochers, les plages pâles et les quelques maisons éparpillées sur les hauteurs.

Le voilier oscillait doucement sur son mouillage.

Ce n’était pas le sien. Cette pensée le fit sourire. Il resserra autour de lui sa veste de quart. En dessous, il ne portait rien. Absolument rien.

Il était sorti de la cabine quelques minutes plus tôt sans prendre la peine de chercher ses vêtements. Son caleçon devait être quelque part au pied de la couchette. Son pantalon, il n’en avait aucune idée. Une chaussette avait terminé la nuit près de la table à cartes. Il se souvenait de l’avoir aperçue avant de monter sur le pont.

Une rafale s’engouffra sous sa veste.

Antoine frissonna lorsque la brise marine vint caresser son sexe nu. Il baissa les yeux. Sa longue verge reposait encore endormie sous son épaisse toison de poils drus et bruns. Endormie. Épuisée, surtout.

Il sourit. Quelle nuit.

Quelques heures plus tôt, il était allongé dans une couchette beaucoup trop étroite avec une fille blonde aux yeux verts dont il connaissait à peine le prénom. Noémie.

Il ferma les yeux. Les images revinrent immédiatement. La cabine minuscule. La chaleur de leurs corps. Le roulis du bateau. Et elle. Sa peau, d’abord. Salée. Il l’avait embrassée dans le cou, puis sur l’épaule, surpris par ce goût laissé par une baignade de l’après-midi.

Noémie avait ri.

— Quoi ?

— Tu es salée.

— Évidemment. Je me suis baignée.

Puis elle l’avait embrassé. Un baiser brûlant qui contrastait avec ce goût d’océan.

Antoine se souvenait de ses longs cheveux blonds, délavés par le soleil et la mer, qui avaient glissé sur son visage puis caressé son torse lorsqu’elle était descendue le long de son corps. De sa bouche. De l’instant où elle avait pris sa queue entre ses lèvres gourmandes.

Il avait fermé les yeux, la tête rejetée contre la cloison, tandis qu’elle le caressait avec cette assurance qui semblait caractériser chacun de ses gestes. Elle avait ensuite tenu sa verge droite pour descendre plus bas, lécher ses couilles, embrasser l’intérieur de ses cuisses au plus haut.

Il revoyait surtout son visage. Ses cheveux blonds. Ses grands yeux verts qui remontaient parfois vers lui. Cette absence totale de gêne. Cette façon de vivre son désir comme quelque chose d’évident. Puis elle était venue sur lui.

Il la revoyait le chevaucher dans la pénombre de la cabine, guider son sexe et l’enfourner avec une certitude presque désarmante dans sa chatte adorablement blonde. Elle était chaude. Moelleuse. Trempée.

Antoine avait senti son corps se refermer autour de lui et toute la maîtrise qu’il croyait encore posséder avait disparu. Il n’avait pas tenu longtemps. Beaucoup moins longtemps qu’il ne l’aurait souhaité.

Noémie n’avait manifesté ni surprise ni déception. Elle l’avait simplement serré contre elle. Embrassé. Longuement. Avec une tendresse inattendue, presque amusée, comme si elle était parfaitement habituée à l’effet incroyable qu’elle produisait sur les hommes.

Ils étaient restés enlacés. Le bateau roulait doucement. L’eau frappait la coque. Claque. Silence. Claque.

Antoine avait cru que la nuit s’arrêterait là. Il s’était trompé.

Le désir était revenu. Rapidement. Différent cette fois. Moins urgent. Plus profond.

Ils avaient repris possession l’un de l’autre dans cette cabine beaucoup trop petite. Antoine l’avait prise en levrette, obligé de rester légèrement voûté par le manque de hauteur.

Il était allé au plus profond d’elle. Et peu à peu, il avait cessé de penser. Il ne restait plus que leurs corps. La respiration de Noémie. Le bruit régulier du ressac contre la coque. Le roulis qui déplaçait légèrement leurs appuis.

Antoine s’était laissé rythmer par tout cela. La mer semblait être entrée dans la cabine avec eux.

Plus tard, ils s’étaient effondrés l’un contre l’autre.

Antoine ne savait même plus à quelle heure ils s’étaient endormis. Il avait seulement le souvenir d’avoir ouvert les yeux une fois dans la nuit.

Noémie dormait contre lui. Une jambe passée sur les siennes. Ses cheveux partout.

Il avait souri dans l’obscurité. Puis il s’était rendormi.

À présent, debout à la proue, il essayait de remonter plus loin. Avant la cabine. Avant leurs corps. Avant l’annexe.

Le pub. Tout avait commencé au pub. Un vrai pub anglais, avec sa moquette improbable, ses tables de bois sombre, ses pompes à bière alignées derrière le comptoir et cette odeur mêlée de bière, de cuisine et de vêtements humides que les établissements britanniques semblaient entretenir comme une tradition nationale.

Antoine y venait chaque soir depuis que son bateau était immobilisé.

Trois jours plus tôt, son moteur avait refusé de démarrer. Il avait commencé par jurer. Puis il avait vérifié tout ce qu’il savait vérifier. Il avait essayé de nouveau. Rien.

Le mécanicien du chantier avait passé près d’une heure à bord avant de prononcer la sentence dans un anglais dont Antoine avait parfaitement compris l’essentiel. Une pièce devait être remplacée. Il ne l’avait pas en stock. Commande. Acheminement. Montage. Une semaine. Au minimum.

Antoine avait regardé son voilier avec l’impression qu’il venait de le trahir personnellement. Il avait prévu deux jours aux Scilly. Pas huit.

Antoine travaillait dans la finance. Il avait quarante ans et une existence construite autour de quelques principes simples : prévoir, organiser, mesurer, anticiper. Même ses vacances étaient organisées.

La mer semblait avoir un avis différent. Alors il avait commencé à venir boire une bière le soir. Et il avait remarqué Noémie. Évidemment.

Difficile de ne pas la remarquer. Elle devait avoir à peine trente ans. Blonde. Sportive. Magnifiquement bronzée. Pas le bronzage uniforme de quelqu’un qui passe deux semaines sur une plage. Celui d’une femme qui vivait dehors.

Ses épaules, ses bras, ses jambes étaient dorés par le soleil. Mais ses vêtements révélaient toujours quelque part une limite plus claire : une fine marque sur l’épaule, la ligne d’un maillot sous son débardeur, parfois une bande de peau restée blanche au-dessus d’un short.

Antoine avait remarqué ces marques dès le premier soir. Il avait essayé de ne plus les regarder. Sans grand succès.

Elle ne semblait jamais vraiment coiffée. Ses cheveux blonds tombaient librement autour de son visage. Quelques bracelets entouraient ses poignets. D’autres ses chevilles. Elle portait plusieurs colliers, des vêtements simples, un peu usés. Aucun effort apparent pour séduire. Et pourtant elle était incroyablement séduisante.

Le deuxième soir, leurs regards s’étaient croisés. Ils avaient souri.

Le troisième, Noémie était venue directement s’asseoir devant lui.

— Toujours en panne ?

Antoine avait levé les yeux.

— Pardon ?

Elle avait souri.

— Ton bateau.

Elle était française. Il avait éclaté de rire.

— Tout le monde est au courant ?

— Évidemment. Un Français qui reste trois jours au même mouillage avec cette tête-là, ça finit par se remarquer.

— Quelle tête ?

Elle l’avait observé avec une gravité volontairement excessive.

— La tête d’un homme qui considère qu’une panne moteur constitue une attaque personnelle.

Il avait ri. Elle aussi. Et ils avaient commencé à parler. De bateaux d’abord. De navigation. De météo. Puis de voyages. Puis du travail.

Lorsque Antoine lui avait expliqué ce qu’il faisait, Noémie avait hoché lentement la tête.

— La finance ?

— Oui.

— Je savais bien que tu avais un truc grave.

Il avait éclaté de rire.

— Et toi ?

Elle avait haussé les épaules. La réponse avait été beaucoup moins claire. Elle travaillait. Parfois beaucoup. Mais jamais assez longtemps au même endroit pour que le travail devienne sa vie.

Ils avaient commandé une deuxième bière. Puis une troisième.

La conversation avait dérivé. La liberté. La solitude. Les voyages. Les gens qu’on rencontre et qu’on ne revoit jamais. Puis l’amour.

Antoine ne savait plus lequel des deux avait prononcé le mot en premier.

Noémie avait une conception des relations qui le déroutait. Elle ne semblait pas croire qu’aimer quelqu’un donnait nécessairement des droits sur lui. Elle parlait du désir avec une simplicité désarmante. Sans provocation. Sans gêne. Comme elle parlait du vent ou des marées. Quelque chose qui venait. Quelque chose qu’on ressentait. Quelque chose qu’il était parfois absurde de vouloir contrôler.

Ils avaient beaucoup bu. Pas suffisamment pour oublier. Juste suffisamment pour rire davantage.

Lorsque Noémie avait annoncé qu’elle rentrait, Antoine avait demandé :

— Ton bateau est où ?

Elle avait montré vaguement le mouillage.

— Là-bas.

Il avait regardé.

Une vingtaine de feux de mouillage brillaient dans la nuit.

— Je te raccompagne.

Noémie avait regardé l’annexe. Puis Antoine.

— Tu comptes revenir comment ?

Il était resté silencieux une seconde. Elle avait éclaté de rire.

Quelques minutes plus tard, Antoine ramait. Noémie était assise face à lui, les jambes repliées, et riait chaque fois qu’il corrigeait maladroitement leur trajectoire.

— À gauche !

— Je sais.

— Non. Ton autre gauche.

— Je sais parfaitement ramer.

— Ça se voit.

Il avait manqué le voilier. Complètement.

Noémie avait ri si fort qu’elle avait dû s’accrocher au boudin de l’annexe.

Il avait fait demi-tour. Et puis il y avait eu le bateau. La cabine. Sa bouche. Son corps. Le sel sur sa peau. Cette nuit incroyable d’ivresse sensuelle.

Antoine rouvrit les yeux. Le jour s’était encore levé pendant qu’il se souvenait.

Il aurait pu retourner se coucher. Il en avait envie. Descendre dans la cabine. Retrouver Noémie. Mais quelque chose le retenait sur le pont.

Parce que la nuit avait été facile. Le matin posait des questions.

Noémie allait repartir. Elle le lui avait dit.

Le vent devait tourner dans la matinée et elle voulait en profiter. Lui resterait ici. Son propre voilier était immobilisé. Le mécanicien attendait cette foutue pièce. Encore plusieurs jours.

Ce soir, Antoine retournerait probablement au pub. Seul.

Il posa les mains sur le balcon avant. Ce n’était pas grave. Une rencontre. Une nuit.

Deux adultes qui s’étaient désirés. Rien de plus. Ils n’avaient rien promis. C’était du sexe. Pour lui. Pour elle aussi.

Une merveilleuse nuit de sexe. Une parenthèse.

Alors pourquoi avait-il envie qu’elle reste ? Ce n’était même pas seulement l’envie de recommencer.

Il voulait prendre un café avec Noémie. L’écouter parler. La voir se moquer de lui. Il voulait une journée avec elle. Puis probablement une autre nuit. Et peut-être encore une journée.

Antoine avait quarante ans. Il n’était plus assez naïf pour confondre désir, fascination et amour. Du moins l’avait-il toujours pensé.

Une drisse claqua contre le mât. Il regarda la descente. Dans quelques heures, peut-être moins, Noémie lèverait l’ancre. Lui remonterait dans son annexe. Il retournerait sur son bateau en panne. Et leurs trajectoires se sépareraient aussi simplement qu’elles s’étaient croisées.

Antoine contempla l’horizon. Il passa machinalement sa langue sur ses lèvres. Il aurait juré y retrouver encore le goût de sa peau. Le goût du sel.

Pour Antoine, cette nuit avait été du sexe. Pour Noémie aussi. Mais maintenant ? Et si, pour lui, c’était déjà de l’amour ?

Chapitres
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