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L’héritière

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Résumé

À 25 ans, Elena quitte l’Italie pour intégrer une prestigieuse université aux États-Unis. Brillante, sportive et discrète, elle n’a qu’un objectif : profiter enfin de sa liberté et vivre comme n’importe quelle étudiante. Sa rencontre avec Ethan vient pourtant bouleverser ses plans. Populaire, séduisant et intrigué par cette fille qui semble totalement insensible à son charme, il est bien décidé à apprendre à la connaître. Elena, elle, fait tout pour garder ses distances. Car derrière la jeune Italienne sans histoires se cache une famille extrêmement puissante, un nom qu’elle préfère taire et une vie qu’elle pensait avoir laissée derrière elle. Mais certaines familles ne vous laissent jamais vraiment partir.

Genre :
Romance
Auteur :
Nour
Statut :
Terminé
Chapitres :
9
Rating
5.0 (2 avis)
Classification par âge :
16+

Chapitre 1 — Une vie ordinaire


À vingt-cinq ans, Elena Moretti possédait exactement trois valises, un sac à dos, une paire de chaussures d’escalade accrochée à l’extérieur de celui-ci et suffisamment d’argent sur son compte pour ne jamais avoir à regarder le prix de quoi que ce soit.

Elle regardait quand même.

Debout devant le rayon presque vide d’une petite supérette à quelques rues du campus, elle compara pendant près d’une minute deux paquets de café dont la différence de prix n’atteignait même pas deux dollars.

Elle finit par prendre le moins cher.

Certaines habitudes étaient difficiles à expliquer.

D’autres étaient simplement les siennes.

Elle ajouta des œufs, des fruits, du pain, des pâtes, quelques légumes et du lait dans son panier avant de rejoindre la caisse. Son téléphone vibra dans la poche arrière de son jean.

Elle l’ignora.

Il vibra une deuxième fois.

Puis une troisième.

Elena ferma les yeux un instant.

Elle savait déjà qui c’était.

Elle paya ses courses, rangea soigneusement le reçu dans son portefeuille et attendit d’être sortie du magasin avant de regarder l’écran.

Trois messages.

Deux de son père.

Un numéro américain qu’elle ne connaissait pas.

Elle ouvrit uniquement ceux de son père.

Le premier lui demandait si elle était bien arrivée dans son appartement.

Le second avait été envoyé quatre minutes plus tard et lui demandait pourquoi elle ne répondait pas.

Elena leva les yeux vers le ciel gris de Boston.

Elle était arrivée depuis moins de vingt-quatre heures.

Moins de vingt-quatre heures.

Elle tapa une réponse suffisamment longue pour éviter un appel immédiat, confirma qu’elle était installée, que l’appartement lui convenait et qu’elle avait déjà acheté ce dont elle avait besoin.

Elle hésita avant d’ajouter qu’elle l’appellerait dimanche.

Puis elle rangea son téléphone.

Le numéro américain attendrait.

Elle reprit le chemin de son appartement avec ses deux sacs de courses.

Elle aurait pu prendre une voiture.

Elle préférait marcher.

Son logement se trouvait à une quinzaine de minutes du campus, au troisième étage d’un immeuble de briques rouges qui n’avait rien d’exceptionnel. Une chambre, un séjour avec une cuisine ouverte, une salle de bains étroite et de grandes fenêtres donnant sur une rue relativement calme.

Elena l’avait choisi elle-même.

Cela avait provoqué une dispute mémorable.

Son père avait voulu lui louer une maison.

Pas un appartement plus grand.

Une maison.

Avec jardin, garage, plusieurs chambres et, évidemment, suffisamment d’espace pour accueillir du personnel.

Elle avait refusé.

Il avait proposé un appartement de près de deux cents mètres carrés dans un immeuble sécurisé.

Elle avait refusé.

Ils avaient fini par trouver un compromis qui, dans le langage de son père, signifiait qu’il avait accepté son choix après trois semaines de négociations et probablement plusieurs conversations auxquelles Elena n’avait jamais assisté.

L’appartement était simple.

Et elle l’adorait déjà.

Elle monta les escaliers plutôt que de prendre l’ascenseur, posa ses courses dans la cuisine et regarda l’heure.

Quatorze heures vingt-sept.

Elle avait encore toute l’après-midi.

L’idée de rester enfermée lui parut immédiatement insupportable.

Vingt minutes plus tard, elle ressortait en short noir, chaussures de course aux pieds, écouteurs dans les oreilles.

Elle partit courir.

À six heures quarante-deux le lendemain matin, Elena était déjà réveillée.

Elle n’avait pourtant aucune raison de l’être.

Son premier cours ne commençait qu’à neuf heures trente.

Elle resta allongée exactement trente secondes avant de comprendre qu’elle ne se rendormirait pas.

Son corps possédait cette particularité agaçante : une fois réveillé, il exigeait immédiatement quelque chose à faire.

Elle enfila une tenue de sport et descendit.

La ville était encore calme.

Elle courut quarante-cinq minutes, rentra prendre une douche, prépara deux œufs et du café, puis passa presque une heure à relire les documents qu’elle avait reçus pour son premier semestre.

Lorsqu’elle quitta finalement son appartement, elle avait déjà l’impression d’avoir vécu une demi-journée.

Elle s’arrêta devant le bâtiment principal de l’université.

Cette fois, elle prit quelques secondes.

Des années auparavant, elle avait découvert cet endroit dans un livre.

Puis sur un écran.

Ensuite dans des brochures qu’elle avait soigneusement cachées.

Aujourd’hui, elle se tenait devant.

Harvard.

Elle laissa échapper un sourire.

Petit.

Presque invisible.

Mais réel.

Elle avait réussi.

Pas à entrer ici.

Cela avait été la partie facile.

Elle avait réussi à venir.

Et cette différence avait une importance que personne autour d’elle ne pouvait comprendre.

Des centaines d’étudiants traversaient déjà le campus. Certains marchaient seuls, d’autres en groupes constitués depuis plusieurs années. On entendait des conversations, des rires, des appels lancés d’un bout à l’autre d’une allée.

Personne ne la regardait particulièrement.

Personne ne s’écartait sur son passage.

Personne ne lui ouvrait une porte avant même qu’elle l’atteigne.

Personne ne l’appelait signorina Moretti.

Elena inspira profondément.

Elle n’aurait jamais cru que l’anonymat puisse avoir une odeur.

Celle du café, apparemment.

Une étudiante passa près d’elle en courant, un gobelet dans une main et plusieurs feuilles dans l’autre.

Elena sourit davantage.

Oui.

Elle allait aimer cet endroit.

Elle trouva la salle sans difficulté et choisit une place légèrement sur le côté.

Pas au fond.

Elle détestait être trop loin.

Pas au premier rang non plus.

Elle posa son ordinateur devant elle et sortit un carnet.

Quelques étudiants arrivèrent progressivement.

Une fille blonde s’installa deux sièges plus loin, posa un énorme café sur la table et soupira comme si elle venait d’accomplir un exploit physique considérable.

Elle regarda Elena, hésita une seconde, puis se rapprocha.

Elle s’appelait Madison.

En moins de dix minutes, Elena apprit qu’elle venait de Seattle, qu’elle avait vingt-deux ans, qu’elle détestait les cours avant dix heures, qu’elle partageait un appartement avec une fille qui semblait incapable de faire la vaisselle et qu’elle avait passé une partie de l’été en Espagne.

Elena parlait peu.

Cela ne semblait absolument pas déranger Madison.

Lorsque celle-ci lui demanda d’où elle venait, Elena répondit simplement qu’elle était italienne.

Milan ?

Non.

Rome ?

Non plus.

Elena sourit devant sa troisième tentative et finit par lui expliquer qu’elle avait grandi dans le nord de l’Italie, dans une petite commune qu’elle n’avait aucune chance de connaître.

Ce qui était vrai.

Elle évita simplement de préciser que la propriété familiale était plus grande que la commune en question.

Madison lui demanda ensuite son âge.

Quand Elena répondit, elle vit passer une petite surprise sur son visage.

Vingt-cinq ans était suffisamment proche pour ne pas être étrange et suffisamment éloigné pour susciter la question suivante.

Pourquoi commencer maintenant ?

Elena avait préparé la réponse depuis longtemps.

Elle avait étudié auparavant en Italie. Elle avait travaillé quelque temps. Elle avait voulu reprendre un cursus différent aux États-Unis.

Ce n’était pas complètement faux.

Les meilleurs mensonges contenaient rarement beaucoup de mensonges.

Le professeur entra avant que Madison puisse approfondir.

Elena reporta immédiatement son attention sur lui.

Une heure et demie plus tard, elle avait rempli huit pages de notes.

Madison en avait rempli deux.

Lorsque le cours se termina, elle contempla le carnet d’Elena avec une incrédulité amusée avant de lui demander si elle écrivait toujours aussi vite.

Elena regarda ses propres pages.

Probablement.

Elle n’y avait jamais réfléchi.

Elles sortirent ensemble.

Madison connaissait déjà beaucoup plus de monde qu’elle et fut arrêtée trois fois en quelques minutes.

Elena retint les prénoms.

Tous.

Elle avait toujours eu une mémoire embarrassante pour ce genre de choses.

Puis un groupe arriva en sens inverse.

Elena ne leur aurait probablement accordé aucune attention si Madison n’avait pas changé légèrement de comportement.

Pas énormément.

Juste suffisamment pour qu’elle le remarque.

Elle se redressa.

Arrangea rapidement une mèche derrière son oreille.

Et regarda dans leur direction une seconde de trop.

Elena suivit son regard.

Ils étaient quatre.

Trois garçons et une fille.

Celui qui marchait au centre était grand, brun, manifestement sportif et suffisamment à l’aise pour donner l’impression que l’endroit lui appartenait un peu.

Plusieurs personnes le saluèrent en passant.

Il répondit à chacune.

Elena comprit immédiatement.

Le garçon populaire.

Toutes les universités du monde devaient probablement en fabriquer un à l’entrée.

Madison lui expliqua qu’il s’appelait Ethan Walker.

Elle ajouta quelques informations qu’Elena n’avait pas demandées : équipe universitaire, famille connue, beaucoup d’amis, beaucoup de filles, beaucoup de choses apparemment passionnantes.

Elena l’écoutait à moitié.

Ethan passa devant elles.

Son regard croisa celui d’Elena.

Une seconde.

Peut-être deux.

Il ralentit très légèrement.

Elena détourna simplement les yeux pour regarder l’heure.

Elle avait faim.

À midi trente, Ethan avait déjà oublié le nom du professeur dont il venait de quitter le cours.

Il n’avait en revanche pas oublié le visage de la fille qui se trouvait avec Madison.

Il la revit à la cafétéria.

Seule cette fois.

Elle mangeait en lisant quelque chose sur son ordinateur.

Il la regarda quelques secondes depuis la table où il était installé avec ses amis.

— Tu connais la fille avec Madison ?

Ryan suivit son regard.

— La brune ?

Ethan acquiesça.

Ryan réfléchit.

— Nouvelle, je crois. Italienne.

C’était tout ce qu’il savait.

Ethan continua à manger.

Il n’y avait rien de particulièrement extraordinaire à cela. Chaque rentrée apportait de nouveaux visages.

Pourtant, lorsqu’il releva les yeux quelques minutes plus tard, elle était partie.

À dix-sept heures, Elena poussa la porte d’une salle de boxe située à un peu plus de deux kilomètres de son appartement.

Elle l’avait repérée avant même son arrivée aux États-Unis.

Le lieu lui plut immédiatement.

Pas luxueux.

Pas de musique assourdissante ni de miroirs gigantesques destinés à prendre des photos.

Des sacs.

Un ring.

Des cordes.

De la sueur.

Parfait.

L’entraîneur lui demanda depuis combien de temps elle pratiquait.

Elena hésita.

Longtemps.

Il voulut savoir ce que signifiait longtemps.

Elle finit par répondre qu’elle avait commencé enfant.

Il observa sa silhouette avec davantage d’attention avant de lui demander si elle avait déjà combattu.

Oui.

En compétition ?

Quelques fois.

Cette réponse-là était nettement plus discutable.

Il lui donna néanmoins des gants et lui indiqua un groupe.

Une demi-heure plus tard, il avait cessé de la considérer comme une débutante.

Une heure plus tard, il lui demanda où elle avait appris à bouger comme ça.

Elena essuya la sueur sur son front avec son avant-bras.

En Italie.

C’était encore une réponse vraie.

Elle quitta la salle peu avant dix-neuf heures, épuisée juste comme elle l’aimait.

Elle marcha jusqu’à son appartement plutôt que de commander une voiture.

La nuit commençait à tomber.

Son téléphone vibra.

Le numéro américain.

Encore.

Cette fois, un message apparut.

Votre père souhaite simplement savoir si votre première journée s’est bien passée.

Elena s’arrêta au milieu du trottoir.

Elle fixa l’écran.

Puis regarda autour d’elle.

Des voitures circulaient lentement dans la rue. Un couple sortait d’un restaurant. Plus loin, un homme promenait un chien.

Elle ne reconnut personne.

Évidemment.

Elle tapa une réponse.

Longue.

Très longue.

Elle expliqua au mystérieux correspondant que son père possédait son numéro personnel, qu’il était parfaitement capable de lui écrire lui-même et que la présence d’intermédiaires n’était ni nécessaire ni souhaitée.

Elle termina en précisant qu’elle avait vingt-cinq ans.

Elle relut.

Effaça la moitié.

Puis envoya simplement qu’elle allait bien.

Quelques secondes plus tard, trois petits points apparurent.

Bien reçu. Bonne soirée, signorina.

Elena serra les dents.

Elle rangea son téléphone.

Elle reprit sa marche.

Au prochain croisement, elle changea soudainement de direction.

Puis encore une fois deux rues plus loin.

Elle entra dans une pharmacie par une porte et ressortit quelques minutes plus tard.

Elle marcha encore.

Rien.

Elle n’avait vu personne.

Cela ne voulait pas dire grand-chose.

Les hommes de son père étaient bons.

Elle le savait mieux que quiconque.

Elena finit par rire toute seule.

Elle avait traversé l’Atlantique.

Plus de six mille kilomètres.

Et il avait quand même réussi à l’énerver depuis l’Italie avant la fin de sa première journée.

Elle ne savait pas combien ils étaient.

Deux ?

Trois ?

Peut-être davantage.

Son père avait promis qu’ils resteraient à distance.

Il avait également promis qu’elle pourrait vivre normalement.

Elena avait choisi de croire à la deuxième promesse.

Pour la première, elle n’avait jamais été assez naïve.

Le lendemain, Ethan la vit de nouveau.

Puis le mercredi.

Et encore le jeudi.

Il commença à remarquer une chose étrange.

Elle ne semblait jamais s’arrêter.

Un matin, il la vit traverser le campus en tenue de course peu après sept heures.

Trois heures plus tard, elle était en cours.

À quatorze heures, elle travaillait à la bibliothèque.

Le soir, alors qu’il quittait le centre sportif avec Ryan, il l’aperçut sortir d’une autre salle, un sac sur l’épaule et les cheveux encore humides.

— Elle fait quoi, exactement ? demanda-t-il.

Ryan regarda autour de lui.

— Qui ?

Ethan indiqua Elena d’un mouvement du menton.

Ryan eut un sourire.

— Ah.

Ethan connaissait ce sourire.

Il le détestait déjà.

Ryan lui fit remarquer qu’il demandait beaucoup de choses sur une fille à laquelle il n’avait encore jamais parlé.

Ethan protesta.

Il était simplement curieux.

Ryan ne répondit pas.

Son sourire suffisait.

Elena passa à une dizaine de mètres d’eux sans les remarquer.

Ou sans leur donner l’impression de les avoir remarqués.

Ethan la suivit du regard.

Ce n’était même pas uniquement sa beauté.

Bien sûr qu’elle était belle.

Très belle.

Des cheveux bruns presque noirs, longs, un visage fin, une silhouette athlétique et cette façon de marcher rapidement comme si le reste du monde avançait constamment trop lentement.

Mais quelque chose d’autre attirait son attention.

Elle semblait parfaitement bien toute seule.

Pas isolée.

Pas timide.

Elle parlait avec Madison. Il l’avait vue rire avec plusieurs étudiants. Elle répondait aux professeurs. Elle n’avait aucune difficulté sociale apparente.

Elle ne semblait simplement avoir besoin de personne.

Ethan trouva cela curieux.

Et légèrement irritant.

Vendredi soir, Elena refusa sa première soirée universitaire.

Madison protesta pendant près de dix minutes.

Elena tint bon.

Elle avait prévu autre chose.

Samedi, à cinq heures cinquante, son réveil sonna.

À six heures vingt, elle chargeait son sac dans une voiture de location.

À huit heures passées, la ville avait disparu derrière elle.

Elle conduisait vers le nord, les fenêtres légèrement ouvertes, ses chaussures de randonnée et son matériel d’escalade dans le coffre.

Pour la première fois depuis son arrivée, son téléphone ne vibrait pas.

Pas de cours.

Pas de Madison.

Pas de père.

Pas de numéro américain.

Seulement la route.

Elena augmenta légèrement le volume de la musique.

Elle avait attendu des années pour cela.

Pouvoir décider un samedi matin qu’elle voulait voir une montagne et simplement y aller.

Sans chauffeur.

Sans accompagnateur.

Sans demander si la zone avait été sécurisée.

Sans expliquer son itinéraire à six personnes.

Elle sourit.

Ce fut probablement pour cette raison qu’elle ne remarqua pas immédiatement le SUV gris qui avait quitté Boston près de vingt minutes après elle.

Il ne la suivait pas directement.

Jamais.

Parfois, deux voitures les séparaient.

Parfois dix.

À une station-service, il continua sa route pendant qu’elle s’arrêtait.

Un autre véhicule prit le relais quelques kilomètres plus tard.

Elena, elle, conduisait en chantonnant.

Dans le second véhicule, un homme d’une trentaine d’années posa son téléphone contre sa cuisse.

Un message venait d’arriver.

Il le lut, regarda la voiture d’Elena au loin puis répondit.

Deux mots.

Tutto bene.

Tout allait bien.

Pour l’instant.

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