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Jacques a dit

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Résumé

Dans un complexe hôtelier de luxe, Dahlia, assistante de direction, travaille au cœur d’un établissement où les tensions se cachent derrière les sourires. Dorian, le PDG, garde un œil attentif sur elle et sur les dérives du personnel. Au sein de l’établissement, une rumeur enfle : Quelqu’un semble avoir transformé l’hôtel en terrain de chasse. Une phrase. Un ordre. Un jeu de survie qui commence innocemment par : « Jacques a dit »

Statut :
Terminé
Chapitres :
39
Rating
n/a
Classification par âge :
18+

Chapitre 1 - Dahlia

Dès que j’entre dans l’hôtel, le sol en marbre poli reflète les lumières comme une eau immobile. Chaque pas que je fais semble résonner un peu trop fort, même si j’essaie de faire le moindre bruit possible. Le lustre suspendu domine le hall, les murs sont recouverts de panneaux dorés et les colonnes montent haut, lisses, impeccables, sans une trace de doigts. L’air sent le parfum discret des produits d’entretien, mélangé à quelque chose de plus subtil : le parfum des gens qui passent, des secrets qu’ils traînent, des tensions qu’ils laissent derrière eux. J’ai l’impression d’y entrer un peu plus petite que la veille, un peu plus tendue, un peu plus fragile.

Aujourd’hui, je dois préparer la réunion de dix heures avec le PDG et je sens déjà la pression sur mes épaules. Je traverse le couloir menant aux ascenseurs, mon badge serré entre mes doigts. Mais évidemment… ils sont là. Ethan et Laurent, deux employés qui m’observent comme si j’étais un spectacle gratuit.

— Toujours en avance, Dahlia…, dit Ethan, le ton est mielleux.

Je ne réponds pas. Je baisse légèrement la tête, comme d’habitude, et je continue d’avancer.

— Tu pourrais sourire un peu, non ? rétorque-t-il.

— C’est pour la réunion avec le patron ? Tu stresses ? taquine Laurent.

Je sens leurs regards glisser sur moi. Je serre les dents. S’il y a bien une chose que j’évite depuis que j’ai été embauché, c’est de créer des problèmes. Je suis venue ici que pour une chose : travailler. Je tends la main vers le bouton de l’ascenseur alors que l’un des deux se rapproche trop. Je recule d’un pas, instinctivement. Et c’est là que je le vois.

Dorian. Le PDG du complexe hôtelier.

Il s’approche de l’ascenseur. Il ne dit rien, il observe. Il voit tout : ma posture crispée, leur proximité, l’espace qu’ils m’ont volé. Son regard se durcit. Pas agressif, juste… tranchant.

— Ça suffit, dit-il de sa voix calme, mais autoritaire.

Les deux employés se figent et, cette fois, c’est Ethan et Laurent qui baissent la tête.

— Vous avez du travail, rappelle Dorian, alors allez le faire.

Ceux-ci s’éloignent rapidement, sans un mot. Je reste là, le badge dans la main, le souffle court. Dorian se tourne vers moi, et son expression se détend immédiatement.

— Les dossiers sont prêts ? demande-t-il.

Sa voix d’une profondeur habituelle s’adoucit en s’adressant à moi. Je hoche la tête avant que les portes de l’ascenseur s’ouvrent devant nous. Je le laisse entrer en premier avant de le suivre tout en gardant une distance entre lui et moi. Les portes se referment, j’utilise mon badge afin de débloquer l’accès au quatrième étage. Celui réservé à la direction et aux archives et accessible qu’avec un pass.

Alors qu’on entame l’ascension, je liste tout dans ma tête pour m’assurer que je n’ai rien oublié. Hier, j’ai bien préparé la salle de réunion. Là, quand j’arriverai à mon bureau, il faudra que je récupère ceux qui seront consultés durant celle-ci, puis je dois préparer les boissons. C’est-à-dire : café, thé, chocolat, et tout ça accompagné de viennoiseries que je devrais aller chercher en cuisine. Les portes s’ouvrent, je sors de mes pensées et je laisse Dorian passer en premier. Je sors, puis je le suis en gardant toujours la même distance. Les employés administratifs le saluent avant de retourner à leur travail. Pas un regard, pas un mot pour moi. Je suis transparente, je n’existe pas. Je suis là sans l’être à leurs yeux.

Alors qu’il continue de se diriger vers son bureau, je m’arrête une porte avant, le mien. Je le déverrouille avec mon badge avant d’y entrer. Une fois à l’intérieur, je prends une grande inspiration avant de déposer mon dossier sur le bureau. Je retire ensuite mon manteau, vérifie que ma tenue est impeccable ainsi que ma coiffure avant de faire demi-tour et d’aller finir la préparation de la salle de réunion. Normalement, mes collègues devraient avoir préparé les boissons chaudes, mais, quand j’entre dans la salle de réunion, je me fige sur place, rien n’est fait. Je baisse les yeux vers ma montre, j’ai trente minutes pour tout faire : viennoiseries, boissons, dossiers.

— Putain, lâché-je tout bas.

Je ne perds pas une seule seconde, je quitte la salle, traverse le couloir et je vois les regards amusés de mes collègues, satisfaits de me mettre une pression de plus en n’ayant pas fait leur tâche. Je rappelle l’ascenseur, entre et appuie sur le bouton du rez-de-chaussée. Je jette un œil à ma montre, ma respiration s’accélère de plus en plus. Une fois arrivée, je marche d’un pas rapide jusqu’à la cuisine, je n’ai pas de temps à perdre.

— Bonjour, dis-je en entrant.

Le chef cuisinier lève les yeux alors qu’il prépare les plats du midi.

— Je viens chercher les viennoiseries pour la réunion de dix heures, informé-je.

— Sur le plan de travail à côté des chambres froides, m’indique-t-il

Je le remercie avant de me dépêcher de m’y rendre. Je récupère le plateau avant de tourner les talons. Je sors ensuite de la cuisine en tenant fermement la planche entre mes mains avant d’arriver devant l’ascenseur. J’appuie avec mon coude, puis j’entre. Problème, utiliser mon badge sans tout renverser. Je cale le plateau contre ma hanche et un pan de mur, je retire mon badge autour de mon cou, l’utilise pour sélectionner le quatrième avant de le reprendre pour éviter une catastrophe. Je jette à nouveau un œil sur ma montre. Il me reste vingt minutes.

Une fois arrivée, je sors de la cabine, j’avance rapidement jusqu’à la salle de réunion, puis je dépose le plateau correctement. Première étape réussie. Je ressors afin d’aller dans la salle de pause pour préparer le thermos de café, de thé et de chocolat.

— Bah alors, on ne sait pas faire son boulot correctement, s’amuse Eva derrière moi.

Je me tais, je préfère ignorer sa remarque.

— On ne t’a jamais appris à répondre quand on te parle ? demande-t-elle en se plaçant à côté de moi.

Elle dégage mon thermos pour placer son gobelet.

— Quinze minutes, rappelle Eva.

Je me pince la lèvre. Quand elle a fini de se servir son café, elle reste adossée contre le meuble pour m’empêcher de préparer les boissons.

— Ça serait bête, tu ne trouves pas ? reprend Eva, ne pas finir la préparation de la salle pour accueillir les collaborateurs du PDG…

— Alors, pousse-toi, dis-je.

— Pardon ? s’étonne-t-elle. J’ai pas entendu.

— Pousse-toi, s’il te plait, répété-je à voix basse.

Eva pose son gobelet avant de m’attraper par le col de ma chemise.

— Je n’ai pas d’ordre à recevoir d’une incapable comme toi, peste-t-elle. C’est moi qui devrais être son assistante, pas une minable.

— Mademoiselle Hackman…

Eva et moi, on se fige toutes les deux et elle se dépêche de retirer ses mains de ma chemise.

— Monsieur Aether, dit-elle d’une voix mielleuse.

Dorian est adossé contre l’encadrement de la porte, les bras croisés et le regard tourné vers Eva.

Non pas que le PDG est quelqu’un d’impressionnant qui fait deux têtes de plus que moi, qu’il a une carrure athlétique et une musculature plutôt agréable à regarder, surtout quand il ne porte que sa chemise sans son blazer. Que ses yeux gris clair me transpercent quand il se pose sur moi ni que sa voix grave, mais posée me fasse chavirer, mais Dorian impose le respect.

Il met un pied dans une pièce, personne ne parle, personne ne rouspète, personne n’ose le contredire. Malgré le fait qu’il est très attentif auprès de ses employés, qu’il n’hésite pas à accorder un jour ou deux si l’un de nous a le moindre problème ou même à remplacer un des serveurs s’il y a un absent pour éviter de mettre à mal le service de restauration, il reste quand même le PDG…

— C’est votre troisième pause, il me semble, remarque Dorian, et je pense que vous êtes plus qu’au courant que les pauses, il y en a une le matin et une l’après-midi. Celle de midi ne compte pas.

— Oui, veuillez m’excuser, répond Eva. Je retourne à mon poste.

— Sage décision.

Elle se dépêche de quitter la salle, je n’ai pas bougé d’un pouce, j’évite son regard et je préfère observer le plan de travail où se trouvent les cafetières et les bouilloires.

— Je ne pense pas que les regarder aideront à les préparer, suggère Dorian avant d’entrer dans la pièce.

— Oui…Pardon, m’excusé-je.

Je me racle la gorge avant de regarder ma montre. Foutue. Cinq minutes.

— Prenez votre temps, me rassure Dorian, ils ne seront pas tous à l’heure, comme d’habitude.

Je sens une pointe d’agacement dans sa voix, mais aussi un brin d’ironie.

— Bien, monsieur, dis-je en inclinant la tête.

Je me mets aussitôt au travail alors que Dorian sort de la salle de pause.

J’ai enfin tout de prêt, en regardant l’heure, techniquement, je suis en retard de vingt minutes. Mais, comme l’a dit Dorian, il manque trois collaborateurs. Je viens déposer le plateau où se trouvent les différentes boissons ainsi que les gobelets, le sucre et les fins bâtonnets pour remuer. J’incline la tête pour saluer les deux associés déjà présents avant de partir dans mon bureau pour récupérer les deux dossiers sur lesquels Dorian doit discuter. Je referme ensuite mon bureau, je prends un tout petit instant pour reprendre ma respiration, je pars rejoindre le PDG avant qu’on entre tous les deux dans la salle de réunion.

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