Aleph par VELMORA chez Inkitt
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ALEPH

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Résumé

Si un jour on vous dit que les loups existent, que les vampires aussi, et que le slender man est réel ? comment réagirez-vous, quels seront vos choix, vos décisions ? Accepter, ou mourir? Ne pas être naïve, Voir la réalité en face, Tel qu'elle se présente, Ne jamais changer d'avis. Tel est le mantra de Mei. ///// DATE D'ECRITURE 2022 ESSAI 3

Genre :
Romance
Auteur :
VELMORA
Statut :
il y a 12 heures
Chapitres :
30
Rating
n/a
Classification par âge :
18+

Chapitre 1 - Là où la forêt commence

Portland, dans le Maine.

Une ville bordée par la baie de Casco, autrefois animée par les bateaux de pêche, les commerçants et les touristes venus profiter de l’air marin.

Aujourd’hui, c’était différent.

Au fil des années, certains commerces avaient fermé, les touristes s’étaient faits plus rares et les docks n’étaient plus fréquentés que par quelques pêcheurs qui continuaient leur routine, peu importe le froid, le vent ou les tempêtes.

L’hiver, ici, semblait plus long qu’ailleurs.

Le soleil se faisait rare et le brouillard s’installait régulièrement au-dessus de la ville. Certains soirs, il remontait depuis la baie jusqu’aux premières habitations, avalant les rues les unes après les autres.

Lorsque la nuit tombait, Portland donnait parfois l’impression de disparaître complètement.

C’était précisément pour ça que j’avais choisi cet endroit.

J’avais vingt ans et je venais de quitter Los Angeles.

Enfin…

Quitter n’était probablement pas le bon mot.

J’avais fui.

Ma mère avait autrefois été une actrice connue. Le genre de femme que tout le monde voulait photographier, interviewer ou inviter aux soirées les plus prestigieuses d’Hollywood.

Puis les années avaient passé.

Les rôles s’étaient faits plus rares.

Les producteurs avaient cessé d’appeler.

D’autres actrices avaient pris sa place.

Ma mère, elle, n’avait jamais vraiment accepté que cette partie de sa vie soit terminée.

L’alcool avait progressivement remplacé les tournages.

Les cigarettes aussi.

Et quelque part au milieu de tout ça, j’avais grandi.

Probablement trop vite.

J’avais appris à faire les courses, gérer les factures, ranger derrière elle et surtout éviter de créer un problème supplémentaire.

Ma mère était censée être l’adulte.

À un moment, sans vraiment savoir quand, j’avais pris sa place.

Alors, dès que j’avais eu suffisamment d’argent pour partir, je l’avais fait.

Je voulais aller loin.

Très loin.

Dans un endroit où personne ne connaissait mon nom.

Encore moins celui de ma mère.

J’avais trouvé Portland.

Puis cet appartement.

Il n’était ni grand ni particulièrement moderne, mais je l’avais aimé dès la première visite.

La mer d’un côté.

La forêt de l’autre.

Depuis la cuisine, je pouvais voir les premiers rayons du soleil se refléter sur les docks.

Depuis ma chambre, une immense forêt s’étendait derrière les habitations.

Dense.

Verdoyante.

Presque interminable.

Le jour, la vue était magnifique.

La nuit, j’évitais simplement de trop regarder dehors.

Je n’aurais pas su expliquer pourquoi.

Peut-être parce que les arbres devenaient une immense masse noire derrière ma fenêtre.

Peut-être parce que je n’avais jamais vécu aussi près d’une forêt.

Peu importe.

Je tirais les rideaux.

Problème réglé.

Ce matin-là, il était 7 h 35.

Mon premier jour à l’université.

J’ai attrapé mon sac avant de jeter un dernier coup d’œil à l’heure.

J’avais environ quinze minutes de marche.

Parfait.

J’ai enfilé une veste épaisse, des gants et une énorme écharpe avant de rabattre ma capuche sur ma tête.

À peine sortie, le froid m’a frappée en plein visage.

— Putain…

Mes joues devaient déjà être rouges.

La ville se réveillait doucement. Quelques magasins ouvraient leurs portes tandis que d’autres semblaient condamnés à rester fermés.

J’avançais rapidement, les mains enfoncées dans mes poches.

Étrangement, cette rentrée ne me stressait pas particulièrement.

Je ne connaissais personne.

Je n’avais aucune idée de ce qui m’attendait.

Mais après avoir passé des années à gérer les problèmes de quelqu’un d’autre, trouver une salle de cours et essayer de me faire des amis me paraissait presque reposant.

Mon téléphone s’est mis à vibrer dans ma poche.

Je l’ai sorti.

O’Connell.

J’ai fermé les yeux.

Évidemment.

J’ai pris une inspiration avant de décrocher.

— Oui ?

Quelques secondes de silence.

Puis sa voix.

— T’es où ?

J’ai froncé les sourcils.

— Je suis en route.

— Tu es partie me chercher un paquet de cigarettes ?

Je me suis arrêtée.

J’ai regardé l’heure.

7 h 38.

Puis je me suis pincé l’arête du nez.

— Maman, je suis dans le Maine, tu te rappelles ?

— Et alors ?

J’ai fermé les yeux.

— Et toi, tu es à Los Angeles.

Un nouveau silence.

Puis j’ai entendu ce bruit que je connaissais beaucoup trop bien.

Elle venait de boire.

À 7 h 38.

Enfin… 4 h 38 chez elle.

Encore mieux.

— J’ai cours dans quelques minutes.

— Tu pourrais quand même faire un effort.

Je n’ai rien répondu.

— Tu m’as abandonnée.

Voilà.

On y était.

Son ton avait changé.

Plus sec.

Plus accusateur.

— On en a déjà parlé.

— Non. Toi, tu as décidé de partir. Nuance.

J’ai serré mon téléphone.

Une partie de moi avait envie de lui rappeler toutes les nuits où je l’avais ramassée au sol.

Les médecins.

Les promesses.

Les rechutes.

Toutes les fois où j’avais dû être sa mère alors qu’elle n’avait jamais vraiment réussi à être la mienne.

Mais je connaissais déjà la fin de cette conversation.

Alors à quoi bon ?

— Je dois aller en cours.

Un silence.

Puis, contre toute attente :

— C’est aujourd’hui ?

Je me suis arrêtée.

— Quoi ?

— Ta rentrée.

Sa voix était différente.

À peine.

Mais suffisamment pour me surprendre.

— Oui.

Quelques secondes ont passé.

Pendant un instant, j’ai cru qu’elle allait me souhaiter bonne chance.

J’en avais même eu envie.

Ridicule.

— Bien sûr…

Le ton avait déjà changé.

— Tu as toujours été égoïste.

Elle a raccroché.

Je suis restée quelques secondes à regarder mon écran.

Égoïste.

J’ai rangé mon téléphone.

Tant pis.

Et j’ai repris ma route.

L’air humide transportait l’odeur salée de la mer.

Mais après quelques mètres, une autre odeur s’y est mélangée.

Plus terreuse.

Du sous-bois.

De l’humus.

Des feuilles mortes.

J’ai tourné la tête.

La forêt bordait une partie des habitations, à quelques dizaines de mètres de la route.

Je l’aurais probablement ignorée si quelque chose n’avait pas bougé entre les arbres.

À peine.

J’ai ralenti.

Puis je me suis arrêtée.

Une silhouette.

Mon premier réflexe a été de penser à quelqu’un qui promenait son chien.

Sauf que la silhouette ne marchait pas.

Elle ne faisait rien.

Elle se tenait là.

Immobile.

Face à moi.

J’ai baissé légèrement ma capuche.

Impossible de distinguer un visage à cette distance.

Seulement une forme humaine.

Grande.

Beaucoup trop immobile.

J’ai attendu qu’elle bouge.

Rien.

— Bonjour ?

Pourquoi j’avais dit ça ?

Aucune idée.

La personne était beaucoup trop loin pour m’entendre.

Et pourtant…

Sa tête bougea.

Très légèrement.

Mon sourire disparut.

Je me suis figée.

Non.

J’avais dû imaginer ça.

Une femme sortait d’une boulangerie un peu plus loin.

Une voiture venait de tourner au bout de la rue.

Tout était normal.

Alors j’ai continué à marcher.

Un habitant.

Un étudiant.

Quelqu’un qui avait décidé de rester planté au milieu des arbres à sept heures du matin pour une raison qui ne me concernait absolument pas.

Voilà.

Quelques mètres plus loin, cette sensation est apparue.

Pas un bruit.

Pas une voix.

Rien que cette impression désagréable entre mes omoplates.

Celle qui vous pousse à vous retourner alors que vous savez pertinemment qu’il n’y a aucune raison de le faire.

Je ne me suis pas retournée.

J’ai continué.

Encore quelques mètres.

Puis j’ai craqué.

J’ai regardé derrière moi.

Mon sang s’est glacé.

La silhouette était toujours là.

Mais plus au même endroit.

Elle se trouvait maintenant à la lisière de la forêt.

Beaucoup plus près.

Je me suis arrêtée net.

Non.

Impossible.

Je venais à peine de parcourir quelques dizaines de mètres.

Pour arriver jusque-là aussi vite, il aurait fallu qu’il traverse une partie des arbres en courant.

Et je n’avais rien entendu.

Il était simplement là.

Debout.

Toujours face à moi.

Cette fois, je distinguais mieux sa carrure.

Un homme, probablement.

Grand.

Des vêtements sombres.

Son visage restait dans l’ombre.

Je n’ai pas bougé.

Lui non plus.

Une voiture est passée entre nous.

Une seconde.

Peut-être deux.

Quand la route s’est dégagée…

Il avait disparu.

Mon cœur a cogné brutalement contre ma poitrine.

J’ai cherché autour de la lisière.

À droite.

À gauche.

Rien.

— C’est quoi ce bordel…

Je suis restée quelques secondes à fixer les arbres.

Il n’avait pas pu disparaître aussi vite.

Je le savais.

Mais je savais aussi que rester plantée là à essayer de comprendre n’allait pas m’aider.

J’ai regardé l’heure.

7 h 46.

— Merde.

Là, si je continuais, j’allais vraiment finir par être en retard.

J’ai repris ma route.

Beaucoup plus vite cette fois.

Et je n’ai pas regardé derrière moi.

Pas une seule fois.

Quelques minutes plus tard, j’entrais dans l’immense hall de l’université.

La chaleur du bâtiment m’a frappée presque aussi brutalement que le froid dehors.

Des étudiants se pressaient dans les couloirs. Certains étaient seuls, d’autres semblaient déjà avoir constitué leur groupe pour les quinze prochaines années.

Moi ?

Je ne connaissais absolument personne.

Et pendant quelques secondes, c’était exactement ce dont j’avais besoin.

Des gens.

Du bruit.

Des portes qui claquaient.

Des conversations.

Quelque chose de normal.

— Mei ?

J’ai sursauté.

Légèrement.

Enfin… j’espère.

Je me suis retournée.

Un jeune homme me souriait.

— Oui ?

— Je suis Mac. On m’a demandé de t’accompagner pour ton premier jour.

— Ah.

Au moins, une personne connaissait mon existence.

Bon début.

— Merci.

On a commencé à avancer.

Mac parlait beaucoup.

Vraiment beaucoup.

Et pour une fois, ça m’arrangeait.

En quelques minutes, j’avais eu droit aux bâtiments, aux salles de cours, à la cafétéria et à tous les endroits où les étudiants avaient l’habitude de se retrouver.

Petit à petit, ma respiration avait retrouvé un rythme normal.

J’avais presque réussi à me convaincre que ce que j’avais vu n’avait rien d’étrange.

Presque.

Puis Mac a posé la question.

— Alors, pourquoi t’as quitté Los Angeles ?

J’ai hésité.

— J’avais envie d’un peu de verdure.

Mac a éclaté de rire.

— Tu pouvais difficilement trouver plus radical comme changement.

J’ai souri.

— Je crois que j’en avais besoin.

Je n’ai pas précisé de quoi.

Je n’ai pas parlé de ma mère.

Ni de ma fuite.

Ni de toutes les raisons qui m’avaient poussée à traverser le pays.

Et surtout…

Je n’ai pas parlé de l’homme que je venais de voir.

Parce que pour la première fois de ma vie, je voulais simplement être Mei.

Pas la fille d’une ancienne actrice.

Pas celle qui devait gérer les problèmes de sa mère.

Juste Mei.

L’homme avait disparu.

C’était terminé.

Du moins, c’est ce que je me suis répété pendant toute la matinée.

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