Prologue
PROLOGUE — Le Cœur de la Paix
Il y avait ce sentiment affreux que l’on appelait la peur. Kai connaissait bien cette émotion. Un peu trop. Il se rappelait encore du jour où il avait tout perdu. Malgré ses efforts pour oublier, les images défilaient sans cesse, avec une telle clarté que ça en devenait effrayant, l’effroi l’envahissait jusqu’à devenir son quotidien. Il se souvenait clairement, alors qu’il n’avait vécu que cinq petites années, des premiers rayons du soleil qui perçaient à travers les arbres, illuminant la pièce où Alex et Kai, son fils unique, se tenaient. Le Cœur de la Paix, une pierre mystique aux motifs lumineux, reposait sur le socle, au milieu de la demeure du chef, au cœur du village. Le père, un homme de stature imposante mais au regard doux, expliquait à Kai comment activer ce précieux artefact.
« Regarde bien, Kai. Le Cœur de la Paix n’est pas seulement une source d’énergie. Il représente l’espoir et la force de notre village. » Alex posa ses mains sur le Cœur, et une douce lueur émana de la pierre, enveloppant père et fils dans une lumière apaisante.
Anna, la femme d’Alex, était assise non loin, son journal sur les genoux. Elle souriait en voyant son mari et son fils partager ce merveilleux moment. Soudain, son sourire s’estompa. Elle leva la tête, une ombre de doute traversant son visage.
« Alex... » murmura-t-elle, mais il était trop tard.
La porte de la pièce s’ouvrit brusquement, et des hommes armés firent irruption. Alex se redressa immédiatement, cachant Kai sous le lit et lui confiant le Cœur. « Ne bouge surtout pas, quoi qu’il arrive. »
Les hommes se précipitèrent sur Alex. Anna, horrifiée, se leva pour les arrêter, mais l’un d’eux la frappa violemment, la faisant tomber au sol. Elle cria le nom de son mari tandis qu’un autre homme, sans pitié, planta une lame dans son cœur.
Kai regardait la scène, paralysé par la peur. Les hommes traînèrent Alex, qui se débattait, hors de la clairière. Les larmes aux yeux, Kai serra le Cœur de la Paix contre lui, le seul héritage qu’il avait de ses parents.
Des heures plus tard, la nuit tombait. Kai, encore sous le choc, se cachait dans les bois. Il avait le sentiment que les souvenirs de cette nuit resteront gravés dans sa mémoire à jamais. Dès lors, il sut que sa vie avait changé pour toujours et que son destin était désormais lié au Cœur de la Paix. Une personne normale qui aurait vécu une telle frayeur n’aurait jamais survécu. kai, lui, n’était pas ce genre d’individu. Il transforma promptement sa terreur en détermination, qui grandissait chaque jour en se nourrissant de de la haine qu’il véhiculait pour ces inexorables êtres sadiques. La vengeance est un plat qui se mange froid, mais qui peut être plus savoureux que le plus succulent des mets.








