Personnaliser la lisibilité
Aa

Crinière noire et secrets d'estive

Tous droits réservés ©

Résumé

À Montcalvet, les montagnes gardent longtemps leurs secrets. Revenue vivre dans son village des Pyrénées, Léa Soulé pensait avoir retrouvé une existence simple entre son cabinet vétérinaire, sa grand-mère beaucoup trop bien informée et Zéphyr, son Mérens noir au caractère bien trempé. Puis un matin, sur une estive isolée, elle découvre le corps de Firmin Carbonne. Tout le monde conclut à un accident. Léa aussi pourrait s’en convaincre. Si Zéphyr n’avait pas refusé de quitter les lieux. Si certains détails ne sonnaient pas faux. Et si Firmin n’avait pas semblé vouloir dire quelque chose avant de mourir. Alors que la vallée recommence déjà à bruisser de rumeurs, Léa comprend qu’à Montcalvet, chacun connaît les histoires des autres. Mais certaines ont été soigneusement enterrées. Et quelqu’un préférerait qu’elles le restent.

Genre :
Mystery
Auteur :
C. Ryan Black
Statut :
il y a 21 heures
Chapitres :
5
Rating
n/a
Classification par âge :
13+

CHAPITRE 1 : La jasse de l’Artigue

Firmin Carbonne avait téléphoné la veille à six heures du matin, heure à laquelle, selon lui, les honnêtes gens avaient déjà trait, déjeuné et dit du mal de quelqu’un.

« La Pimparela boite. Tu montes demain. »

Léa, qui dormait encore avec un chat en travers de la figure, avait eu le temps de dire « bonjour » avant qu’il raccroche. Pour Firmin, c’était presque une conversation.

Le lendemain, Marcelle l’attendait dans la cuisine, en robe de chambre à fleurs et bottes en caoutchouc, un bol de café dans chaque main.

« Tu montes chez le vieux Carbonne. Prends-lui un saucisson. Il ne sera pas plus aimable, mais il le mangera devant toi, et chez lui, c’est une déclaration d’amitié. »

Léa prit le bol sans demander comment sa grand-mère savait. On n’a pas de secrets à Montcalvet quand on y est née.

« Il l’a dit à Josette, précisa quand même Marcelle. Josette l’a dit à Paulette. Paulette m’a appelée à six heures et quart. Elle voulait savoir si tu étais toujours avec ce Parisien qui portait des mocassins sans chaussettes.

— Il était de Neuilly.

— C’est pire. Et le petit Berdoulat, tu l’as revu ?

— Le petit Berdoulat a quarante-deux ans, il commande la gendarmerie et il a une sciatique.

— Il a surtout un potager magnifique. Un homme qui soigne ses tomates soigne sa femme.

— Il n’a pas de femme.

— Il a des tomates. »

Marcelle glissa un saucisson dans la poche de la veste de Léa, puis un second, par précaution.

« Et méfie-toi. Firmin a fait fuir toutes les femmes de la vallée.

— Il ne s’est jamais marié.

— Justement. Il n’en a pas gardé une seule. »

Le Kangoo tracta le van jusqu’au bout de la piste de la Coume dans un concert de ferraille qui fit s’envoler tous les geais de la hêtraie. Au dernier virage, le pot d’échappement toucha une pierre et Léa lui promit à voix haute un rendez-vous chez le garagiste, ce qu’elle lui promettait depuis mars.

Zéphyr descendit du van comme un ministre descend d’un avion. Il s’ébroua, secoua sa crinière noire, examina la vallée en contrebas avec une vague désapprobation, puis tourna vers Léa un œil qui disait clairement qu’il aurait préféré sa litière.

« Je sais, dit-elle en sanglant la selle. Mais il y a une pomme au sommet. »

Il n’y avait pas de pomme au sommet. Il y en avait une dans la sacoche, et Zéphyr le savait aussi bien qu’elle. Ils partirent quand même, parce qu’entre eux, le mensonge faisait partie des bonnes manières.

La montée commença sous les hêtres, dans une lumière verte et fraîche qui sentait la mousse et la fougère écrasée. Puis la forêt s’ouvrit d’un coup sur les pelouses de l’estive, et le Valier apparut au fond, avec ses dernières plaques de neige accrochées comme du linge qu’on aurait oublié de rentrer. Les rhododendrons fleurissaient en taches roses entre les blocs de granit. Un vautour tournait très haut, sans se presser, en fonctionnaire du ciel.

Zéphyr montait d’un pas régulier, les oreilles attentives, posant chaque sabot là où il fallait sans jamais demander l’avis de sa cavalière. Léa lâchait les rênes et le laissait faire. Sur un sentier de montagne, un Mérens en savait toujours plus long qu’un diplôme.

Au bout d’une heure et demie, ils arrivèrent à la passerelle de l’Artigue.

C’était un assemblage de quatre planches jetées au-dessus du torrent, tenues par deux câbles rouillés et l’habitude. Zéphyr l’avait franchie cent fois. Il y posa un antérieur, s’arrêta, retira son pied et recula de deux pas.

« Allez, mon grand. »

Il ne bougea pas.

Léa serra doucement les mollets. Zéphyr baissa la tête, souffla longuement sur les planches, puis leva les yeux vers la crête, au-dessus d’eux, et resta planté là, aussi immobile qu’une statue équestre dont on aurait volé le général.

« Tu as traversé un pont suspendu à Aulus avec une fanfare derrière toi. »

Il n’en disconvint pas. Il ne traversa pas non plus.

Léa mit pied à terre, tira sur les rênes, parlementa, promit la pomme, puis une deuxième pomme, puis des carottes, puis elle cessa de promettre des choses qu’elle n’avait pas. Zéphyr la regardait faire avec la patience d’un adulte face à un enfant qui essaie d’ouvrir une porte fermée à clé.

Elle finit par descendre au gué, trente mètres plus bas. L’eau lui monta jusqu’aux chevilles, glacée, et remplit ses chaussures de marche avec un enthousiasme sincère. Zéphyr, lui, traversa sans se mouiller le ventre et remonta sur la rive comme si rien ne s’était passé.

« On en reparlera », dit Léa en vidant une chaussure.

Ils reprirent le sentier. Ses pieds faisaient un bruit d’éponge à chaque pas.

Ce fut en approchant du plateau de la jasse qu’elle remarqua le silence.

D’habitude, on entendait les brebis de Firmin bien avant de les voir, un tintement de sonnailles qui roulait sur les pentes. Et surtout, on entendait Moustique. Le patou de Firmin annonçait les visiteurs à un kilomètre, avec une voix de contrebasse qui faisait se retourner les randonneurs et fuir les renards jusqu’en Espagne.

Ce matin, il n’y avait rien. Seulement le vent dans l’herbe et, très loin, une cloche isolée.

Les brebis étaient là, pourtant, mais éparpillées sur tout le versant, par petits groupes, comme des invités d’un mariage qui ne savent plus où est la salle. Firmin ne laissait jamais son troupeau ainsi. Il les rassemblait au parc chaque soir, les comptait deux fois et insultait les absentes par leur prénom.

La cabane apparut, basse et grise, avec son toit de lauzes et sa cheminée qui ne fumait pas.

« Firmin ? »

La porte était entrouverte. Le bâton du berger n’était pas contre le mur, là où il le posait toujours.

Zéphyr ne se dirigea pas vers la cabane. Il obliqua de lui-même vers la gauche, vers la barre rocheuse qui fermait le plateau, une muraille de granit sombre d’une quinzaine de mètres. Léa le laissa aller. Au pied de la paroi, il s’arrêta net, les oreilles pointées, les naseaux ouverts, et ne fit plus un pas.

Un grondement monta de l’herbe haute.

C’était un son grave, profond, qui semblait venir de la montagne elle-même. Puis Léa vit Moustique. Il était couché contre les rochers, énorme et blanc, la tête posée sur une forme sombre. Il ne se leva pas. Ses babines étaient à peine retroussées.

La forme sombre, c’était la veste de Firmin.

Léa descendit de selle très lentement. Elle laissa les rênes sur l’encolure de Zéphyr, qui resta exactement où il était.

« Moustique. C’est moi. C’est Léa. »

Elle avait vacciné ce chien, l’avait vermifugé, lui avait recousu l’oreille après une rencontre avec un sanglier qui, d’après Firmin, avait eu nettement moins de chance. Elle s’accroupit à quelques mètres, sans chercher ses yeux, et attendit.

Le grondement baissa, puis s’éteignit. Moustique poussa un gémissement très bref, presque timide pour un chien de soixante-cinq kilos, et tourna la tête vers son maître.

Firmin Carbonne était allongé sur le flanc, un bras replié sous lui, au pied de la paroi. Son béret avait roulé un peu plus loin, dans une touffe de gentiane. Il avait les yeux fermés et l’air contrarié, ce qui, chez lui, pouvait passer pour de la sérénité.

Léa posa deux doigts sur son cou, par principe, parce qu’on le fait. La peau était froide. Il était là depuis des heures. Depuis la nuit, sans doute.

Elle resta accroupie. Moustique lui lécha la main, une fois, puis reposa sa tête sur la veste.

Quelque part derrière elle, une brebis boiteuse s’approcha en claudiquant, s’arrêta à deux mètres et la fixa avec l’impatience d’une patiente qui avait rendez-vous. C’était la Pimparela.

Léa se leva, les jambes molles, et chercha du réseau. Elle en trouva une barre en montant sur un bloc de granit et en tenant le téléphone à bout de bras vers le ciel, comme on présente un nouveau-né à la tribu.

Thomas décrocha à la quatrième sonnerie.

« Gendarmerie, commandant Berdoulat. »

Depuis son retour dans la vallée, Léa l’avait appelé pour un taureau sur la départementale, un vol de ruches et un labrador qui avait avalé une alliance. Chaque fois, il avait décroché la bouche pleine. À dix heures du matin, c’était forcément une chocolatine.

« Thomas, c’est Léa. Firmin Carbonne est mort. »

Le bruit de mastication cessa.

« Tu es où ?

— À la jasse de l’Artigue. Au pied de la barre.

— À l’Artigue. »

Il y eut un silence dans lequel Léa entendit distinctement un homme de quarante-deux ans penser à sa sciatique, au dénivelé, à la chaleur de fin juin et au fait qu’il avait prévu de repiquer ses poireaux.

« J’arrive, dit-il. Ne touche à rien.

— Et Thomas ? Passe par le gué. Pas par la passerelle. »

Elle raccrocha avant qu’il demande pourquoi, parce qu’elle n’en savait rien.

Elle redescendit de son rocher. Zéphyr n’avait pas brouté un seul brin d’herbe, ce qui ne lui était jamais arrivé de sa vie. Il se tenait toujours au même endroit, raide, l’encolure tendue, et il ne regardait ni le corps ni le chien.

Il regardait la roche, juste à côté.

Dites à C. Ryan Black ce que vous avez pensé de ce chapitre !
J'adore ça

0

J'adore ça

Drôle

0

Drôle

Épicé

0

Épicé

Plein de suspense

0

Plein de suspense

Émouvant

0

Émouvant

Profond

0

Profond

Réconfortant

0

Réconfortant

Choquant

0

Choquant

Bien écrit

0

Bien écrit

Intrigue captivante

0

Intrigue captivante

Super personnage

0

Super personnage

Dialogues forts

0

Dialogues forts

Autres recommandations

The dark night [Terminée]

Jaden: Belle histoire qui se lit facile, avec une belle fin ou presque...Je regrette juste qu'il 'y ait pas eu plus d'intrigues dans les morts de 2 ennemis c'était simple et rapide. Mais bon ça fait l'affaire quand même.

Lire maintenant
Mes chaussettes dépareillées

Christine: J'ai pas les mots...j'ai tellement adorée ce livre pleins de sentiments ! J'ai beaucoup pleurée énormément même... un véritable bijoux je recommande à tous les lecteurs et félicite vivement l'auteur... bravo!!!

Lire maintenant
Désir Sucré

Genaydre: Histoire parfaite . A lire absolument

Lire maintenant
La saga des Dornwell  Mark et Marissa

user-OTNeRptjHm: Super la personnalité des personnages qui sont très crédibles dans ce récit touchant et plein de rebondissements. On passe un bon moment.

Lire maintenant
Rédemption

milkachocolat: J'ai bien aimé mais j'aime les fins sur le long terme comme :Relation Hailey et Trevor?Roxane et Liam ont il fait le road trip?Roxane et Hailey travaillent-elles toujours pour leur abruti de patron?Liam et Roxane ont ils prévu de fonder leur famille?La mère de Roxane a t elle renoué avec sa fille?A ...

Lire maintenant
Nos coeurs en résonnance.

milkachocolat: Très belle histoire d'amour... beaucoup d'émotions et un beau dénouement !!Merci pour ce partage!

Lire maintenant
Fous À Lier Sur La Ligne De But

milkachocolat: J'ai adoré tout!! Très bien écrit, des personnages attachants tout comme leur caractère respectif qui s'accordent parfaitement, les points de vu de chacun, ... !!Juste génial !!!J'ai passé un agréable moment à vous lire, merci et bonne continuation!!

Lire maintenant
Provoc' & Séduction

GISELEMAS: C'est le deuxième livre que je lis de cette auteure et encore un fois, j'ai passé un très bon moment ! Les personnages sont cette fois-ci encore très attachants. On se met à leur place et les comprend, ce qui fait que cette histoire nous tient en haleine! Félicitations !

Lire maintenant
SOUS LA TÔLE

Muriel: J'attendais la suite avec beaucoup d'impatience. J'aurais certainement lu le livre d'une traite.J'ai adoré

Lire maintenant
Crinière noire et secrets d'estive