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L'Écorchée des Iron Howlers

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Résumé

Résumée : J'ai fui une meute. J'ai fui un Alpha. Mais lorsqu'on est une louve, certaines choses finissent toujours par vous rattraper. Aujourd'hui, je n'ai plus peur pour moi. J'ai peur pour ma fille, une sang mêlée. Entre traqueurs, guerres de meutes et secrets capables de bouleverser l'équilibre de notre monde, je vais devoir choisir entre ma liberté et ceux que j'aime. Je suis Poly. Et cette fois, je ne voulais laisser personne décider de mon avenir, mais a t-on toujours le choix ?

Genre :
Fantasy
Auteur :
CAROLE73
Statut :
il y a 4 jours
Chapitres :
5
Rating
n/a
Classification par âge :
18+

Chapitre 1

Je descends du bus qui nous dépose à l’entrée du territoire, juste devant l’arche marquant le domaine des Iron Howlers.

Cela fait trois mois que ma mère et moi avons débarqué ici. Trois mois depuis que mon père a été massacré. Trois mois que je suis promise à celui qui m’a extirpée des flammes : Slade. Quel nom ridicule.

En apparence, j’ai le choix. C’est du moins ce qu’affirment les lois du clan. Mais ma mère me répète sans cesse la même rengaine : il m’a sauvée, je lui appartiens, un point c’est tout. Et puis elle l’adore. Depuis notre arrivée, elle paraît plus heureuse, libérée d’un poids. Elle s’est liée d’amitié avec la femme du second, travaille à ses côtés et semble avoir rajeuni de dix ans. Je suis soulagée de la voir enfin revivre, mais sa dette envers eux est devenue la mienne.

L’Alpha, le chef Kurt, a posé une seule condition : je dois d’abord décrocher mon diplôme.

Mais je hais ce lycée. Cela ne fait que deux semaines que les cours ont repris, mais la pilule ne passe pas. Je ne parle à personne, je ne supporte personne. Peut-être qu’il me faut un temps d’adaptation, ou peut-être est-ce leur attitude qui me débecte. Même les gamins du clan me fuient. Ils me jaugent de loin, me guettent sans jamais s’approcher. Me considèrent-ils comme une ennemie, ou ont-ils simplement peur de la belle-sœur de leur Alpha ?

Car Aube, elle, a repris le chemin des cours sans se poser de questions. Elle veut devenir vétérinaire, et Kurt lui finance tout. Je ne vais pas cracher sur la bonté du chef envers ma sœur, mais je reste sur mes gardes. J’ai entendu bien trop de rumeurs sombres sur son compte pour lui accorder ma confiance.

Quant à Slade, il redouble d’efforts pour se montrer prévenant, attentionné, presque doux. Mais rien ne se passe. Il a pourtant tout du mâle parfait, taillé pour plaire, mais ça ne fait aucun tilt. Rien. Pas la moindre étincelle.

Mon cœur est resté bloqué en arrière, là-bas, avec Aldric Bloodmoon. Un garçon à peine plus âgé que moi avec qui je roucoulais en secret, dans le dos de mon père.

Nous avions tout planifié pour fuir. Si Aube n’était pas venue tout bouleverser ce soir-là, nous serions déjà loin. Le plan était parfait : oublier nos racines de loups, renier notre sang et disparaître au milieu des humains, dans une ville anonyme au bout du monde.

Depuis qu’on m’a arrachée à ma vie, je me cache dans la pénombre pour continuer de l’appeler. Mais la distance a fini par empoisonner le peu qu’il nous restait. Aldric a commencé par me dire que cet éloignement détruisait tout, avant de me larguer froidement hier soir, par téléphone. Depuis, je n’ai plus goût à rien. Le sol s’est effondré sous mes pieds.

Pourtant, une obsession me tient encore debout : m’enfuir. Vivre loin de ce merdier, ailleurs qu’au milieu de ces bikers barbares qui se changent en monstres à la nuit tombée. Ce rêve de liberté, je vais l’accomplir seule.

Ce soir, quand la meute sera endormie, je m’introduirai dans la salle d’armes pour y voler de quoi me défendre. Ensuite, je pillerai la caisse du bar. Il me faut du cash, et ils ne soupçonneront jamais la “petite fiancée effarouchée”. Quand ils comprendront ce qui s’est passé, je serai déjà loin sur l’une de leurs bécanes. Mon ex m’a appris à piloter, et plus rien ni personne ne me fera faire marche arrière.

Quand mes pieds touchent la poussière du chemin à la descente du bus, la silhouette massive de Slade se découpe déjà sous le porche. Toujours là, fidèle au poste. Dans mon dos, les rires cyniques de deux filles de la meute fendent l’air :

— Le petit chien est encore au pied de sa chérie !

L’une d’elles, une louve à la crinière sombre, se plante brusquement en travers de mon chemin, le regard plein de venin :

— Tu crois vraiment qu’il en a quelque chose à faire de toi ? Il se sert de toi, pauvre fille ! Depuis que Kurt t’a promise à lui, il a été promu second de Silas. Tout ça uniquement parce que tu es la belle-sœur de l’Alpha !

— Je m’en fous, crachai-je en la bousculant. Je ne l’aime pas non plus.

Elle me rattrape par le bras et rejoue ma phrase d’une voix perçante et moqueuse :

— « Je m’en fous, je ne l’aime pas non plus ! » Menteuse ! Slade a du sang pur, c’est une élite ! C’est pas une traînée venue d’une autre meute qui aurait dû l’avoir !

La colère commence à me brûler le sang. Je pose mes deux mains sur ses épaules, m’avançant jusqu’à sentir son souffle :

— Tu es jalouse ? Prends-le ! Je te le donne, je n’en veux pas !

— Menteuse ! gronde-t-elle.

Dans un craquement sourd, ses iris basculent vers un jaune oranger terrifiant. La bête en elle pousse sous sa chair, mais je lui ris au nez, le cœur battant à tout rompre.

— Je n’en ai que faire de toi, d’elle ou de lui ! Vous n’êtes pas des miens !

Mes paroles résonnent un peu trop fort dans le silence du domaine. Soudain, une force brute me percute dans le dos. Un type de la meute me projette violemment au sol. La poussière s’engouffre dans mes poumons alors qu’il crache au-dessus de moi :

— Et toi, sale garce, tu n’es pas des nôtres non plus ! Tout comme ta pute de sœur !

— Hé, ça va ! tonne la voix de Slade qui s’interpose immédiatement.

Il se précipite pour me relever, étendant une main protectrice, mais je le repousse avec une rage sourde. Un silence de mort s’abat sur la foule assemblée autour de nous.

Quelque chose en moi se brise. La haine, le rejet, la rupture d’hier soir, le deuil de mon père... Tout explose d’un coup. Je ne contrôle plus rien.

Un grognement sauvage, inhumain, s’échappe de ma propre gorge. Je me jette corps perdu sur le gars. La douleur s’efface devant la fureur pure. Mes ongles s’allongent en griffes d’ébène, déchirant sa peau, creusant son visage. Je le frappe, je lui arrache les cheveux, je le laboure de coups. Il a beau être plus grand, plus lourd, la démence de mon attaque le fait plier. Il mange la poussière sous mes coups de griffe répétés.

Soudain, une onde de chaleur terrifiante brûle mes vertèbres. Mes os craquent dans un concert d’impacts liquides, se brisant et se reformant à une vitesse folle. La transformation s’empare de moi. Ma vision se teinte de rouge sang, mes sens décuplent, respirant l’odeur de la peur et de la sueur. Ma louve intérieure, trop longtemps muselée, hurle à la vengeance.

— Calme-toi, Poly ! hurle Slade, la voix altérée par la panique alors qu’il tente de s’approcher.

Trop tard. Mes mâchoires s’allongent, mes dents deviennent des poignards d’ivoire. Dans un feu d’artifice de douleur et de puissance brute, je plante mes crocs de loup dans la chair du type, noyant ses hurlements sous le bruit frénétique de mon propre cœur qui bat pour la première fois.

Le goût chaud et métallique du sang emplit ma gueule. Les hurlements de ma victime déchirent l’air, mais ils semblent étouffés, comme sous l’eau. Dans ma tête, ce n’est plus moi qui commande. C’est la bête. Une louve au pelage sombre, ivre de rage, nourrie par des mois de rancœur, d’humiliation et de chagrin.

Un craquement retentit à ma gauche. Slade vient de se transformer à son tour.

Un immense loup au pelage gris argenté et aux yeux dorés se dresse face à moi. Il ne m’attaque pas. Il s’interpose, son corps massif faisant écran entre moi et le type qui gît en sang dans la poussière. Slade émet un grondement grave, un avertissement lourd de menace qui fait vibrer le sol sous mes coussinets, mais dans ses yeux, il n’y a pas de haine. Juste une peur panique... pour moi.

« Poly, stoppe tout ! »

Une voix résonne d’un coup. Pas dans l’air. Directement au centre de mon cerveau. Brutale, claire, désespérée. La voix de Slade.

Un choc électrique me traverse la colonne. Mais c’est quoi ce bordel ? Il me parle dans ma tête ?! On ne m’avait jamais dit que c’était possible. Ce lien télépathique me prend complètement au dépourvu, ajoutant un vertige irréel au milieu du chaos.

« Si tu le tues, Kurt sera obligé de t’exécuter ! Réveille-toi ! » insiste-t-il dans mon esprit.

Autour de nous, le cercle s’est élargi. Les membres du clan grognent, leurs yeux brillants fixés sur moi. Plusieurs hommes ont déjà leurs os qui craquent, prêts à se transformer pour m’abattre.

Je recule d’un pas, les babines retroussées, la gueule maculée de rouge. La douleur de la transformation première m’incendie encore les muscles, mais l’adrénaline efface tout. Je jette un dernier regard plein de haine à cette meute de sauvages, à Slade qui tente d’intercéder par la pensée, et à la route qui mène vers la liberté.

Sans un bruit, je me tourne et m’enfonce d’un bond phénoménal dans la forêt dense qui borde le domaine.

« Poly, non ! Reste ! » hurle encore sa voix dans mon crâne alors que sa forme lupine s’élance à ma suite.

Mais ma décision est prise. La furie m’a révélée ma vraie nature : je ne suis pas une proie. Et ce soir, avec ou sans leur argent, je prends le large.

Je bondis entre les arbres, les coussinets s’enfonçant dans l’humus frais. La forêt n’est qu’un flou de sombres silhouettes, mais ma course est stoppée net.

Une masse d’argent et de muscles me percute de plein fouet sur le côté.

On roule tous les deux dans les ronces et les feuilles mortes. Je me bats, je hache l’air de mes crocs, mais Slade est plus lourd, plus puissant, rompu au combat. Il me bloque au sol de tout son poids, sa gueule béante tout près de ma gorge, m’immobilisant sans me blesser mais avec une poigne d’acier.

« C’est fini, Poly. Tu viens avec moi », claque sa voix dans mon crâne.

La douleur de la détransformation me foudroie l’instant d’après. Mes os se brisent en sens inverse, ma peau me brûle, et je me retrouve nue, tremblante de froid et de rage dans la terre humide. Slade reprend lui aussi sa forme humaine. Sans dire un mot, il retire son blouson en cuir, m’enroule dedans d’un geste ferme et me hisse sur son épaule comme un sac de grains.

Je me débats, je le frappe au dos à poings fermés, mais il ne bronche pas. Il me ramène de force vers le domaine.

Quand nous émergeons de la lisière du bois, l’ambiance sur la place est électrique, irrespirable. La rumeur a couru plus vite que moi : Kurt est déjà là, debout au centre du cercle, la mine sombre et impénétrable des mauvais jours.

À ses côtés, la mère du gamin est hors d’elle. Ses yeux restent bloqués sur un jaune sanglant, ses ongles ancrés dans ses paumes. Dès qu’elle me voit suspendue à l’épaule de Slade, elle se met à hurler, retenue de justesse par deux hommes du clan :

— Elle a failli le tuer ! Regardez ce qu’elle a fait à mon fils ! C’est une monstre, Kurt ! Exécute-la ! Exécute cette traînée avant qu’elle ne nous égorge tous dans notre sommeil !

Slade me pose à terre, mais garde une main d’acier rivée sur mon épaule. Je redresse la tête, les cheveux trempés de sueur, le sang du gamin encore incrusté sur mes lèvres, et je plante mon regard dans celui de l’Alpha.

Le silence retombe sur la place, lourd, oppressant, seulement coupé par les sanglots hystériques de la mère et le souffle court du gamin que deux secouristes emportent sur un brancard improvisé.

Kurt fait un pas en avant. Sa carrure imposante projette une ombre menaçante sur le sol meuble. Ses yeux sombres balayent mon visage maculé de sang, puis se posent sur la main de Slade qui me maintient fermement.

— Qu’est-ce qui s’est passé, Slade ? demande l’Alpha d’une voix calme, mais dont chaque syllabe fait frissonner l’assemblée.

— Elle a été provoquée, intervient aussitôt Slade en resserrant sa prise sur mon épaule pour m’empêcher de répliquer. Marco l’a insultée, elle et sa famille. Elle a perdu le contrôle pour sa première transformation.

— Elle a failli l’égorger ! hurle à nouveau la mère, ivre de rage. Regarde-la ! Elle n’a aucun regret ! C’est une sauvage ! La loi du clan est claire, Kurt : sang pour sang !

Kurt lève une main, imposant un silence immédiat. La mère ravale son venin, la mâchoire tremblante de fureur. L’Alpha me fixe intensément. Je refuse de baisser les yeux, ravalant la peur qui me tord l’estomac pour ne laisser paraître que du mépris.

— Elle est jeune, reprend Kurt d’un ton glacial. Mais elle fait partie des Iron Howlers désormais, qu’elle le veuille ou non. Et la discipline s’applique à tous.

Il se tourne vers Slade :

— Elle a versé le sang d’un membre de la meute sans l’accord du conseil. En tant que futur second et gardien de ta promise, c’est à toi que revient la charge de sa punition. Tu la boucles au cachot pour la nuit. Demain, au lever du soleil, nous déciderons de son sort.

— Kurt, non ! Elle ne tiendra pas... commence Slade.

— C’est un ordre, tranche l’Alpha sans laisser la moindre place à la négociation.

Soudain, la foule se fend. Ma mère surgit comme une furie, le visage déformé par la honte et la panique. Avant même que quiconque n’ait le temps d’intervenir, elle s’élance vers moi et me décoche une gifle monumentale. Le claquement résonne sur la place entière. La violence du coup me fait pivoter la tête, laissant une brûlure cuisante sur ma joue.

— Tu ne te rends pas compte ! me hurle-t-elle au visage, la voix brisée par les sanglots devant tout le monde. Ils nous ont accueillies avec amour, ils nous ont tout donné ! Et toi, tu te comportes comme une sauvage ! Tu es exactement comme ton père, irresponsable et violente !

Elle se tourne vers Kurt et la mère du blessé, les mains tremblantes, se laisse tombé a genoux suppliante :

— Je vous en supplie, pardonnez-la... Elle ira s’excuser auprès de ce jeune loup, je vous le promets ! Et en plus de sa sanction, elle s’occupera de lui tous les jours jusqu’à ce qu’il soit sur pieds ! Elle réparera sa faute !

Kurt observe la scène sans cillement, puis adresse un léger hochement de tête à ma mère avant de faire signe à Slade.

Slade me pousse alors vers le bâtiment en pierre au fond du domaine. L' humiliation me brûle plus encore que ma joue, trahie par ma propre mère.

Je ne me débats même plus, trop épuisée par le contrecoup de la transformation et le dégoût qui me tord le cœur.

Alors qu’il m’enferme dans la cellule sombre et humide, son regard croise le mien à travers les barreaux.

« Je vais te chercher des vêtements chauds, et de quoi manger, me souffle-t-il. Je vais parler à l’Alpha. Laisse-moi régler ça. »

La lourde porte claque, me plongeant dans une obscurité totale. Seule avec mes cicatrices, ma rage... et la ferme intention de me faire la belle dès que les ombres s’épaissiront.

Je m’assois dans un coin, sur un lit de paillasse rêche. J’ai froid. Sans le blouson en cuir de Slade encore imprégné de sa chaleur et de son odeur, je serais complètement nue sur ce sol de pierre glacé.

Dans ma bouche, le goût métallique persiste, lourd et m’écœurant. Est-ce le sang de cet enfoiré que j’ai mordu, ou le mien, quand ma mère m’a giflée devant tout le monde ?

Une vague d’amertume me submerge, plus cuisante encore que la douleur physique. J’aurais dû fuir bien plus tôt. J’aurais dû fuir quand j’étais encore chez mon père, tourner le dos à cette famille bancale avant qu’elle ne finisse de me détruire.

Ma mère m’a comparée à lui. À cet homme violent dont elle subissait les colères sans jamais lever le moindre petit doigt pour nous protéger. Elle n’a jamais su que pleurer, trembler et sangloter dans son coin, et aujourd’hui, elle se couche devant la première meute venue en me jetant en pâture pour sauver sa propre tranquillité.

Je resserre le cuir du blouson autour de mes épaules frissonnantes, les dents serrées à en avoir mal à la mâchoire.

Qu’ils profitent tous de leur petite victoire. Qu’ils croient que je vais croupir sagement ici en attendant de servir de garde du corps à leur blessé. Dès que le calme sera revenu sur le domaine et que les gardes relâcheront leur vigilance, cette cellule ne sera plus qu’un mauvais souvenir.

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