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Georges et Lina font un porno

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Résumé

**Elle pensait poser un téléphone. Il avait préparé douze pages.** Quand Georges propose à Lina de tourner une vidéo privée, elle imagine une soirée complice. Lui prévoit un scénario, des costumes galactiques, un budget éclairage et une pause déjeuner. Car Georges ne veut pas simplement se filmer avec la femme qu’il aime. Georges veut sa superproduction. Lina, passionnée de cosplay et peu disposée à jouer les figurantes dans son propre salon, accepte l’aventure. Elle lui fabrique même un casque. C’est sa première erreur. Entre une cape récalcitrante, une salle de bains sous-dimensionnée, une voisine qui cherche son colis et un chat naturellement doué pour les premiers rôles, leur appartement n’est pas tout à fait prêt à accueillir la chute de l’Empire. Leur couple survivra-t-il au tournage ? Probablement. Le mobilier, c’est moins sûr. **Retrouvez les héros de Secret Desire dans une comédie qui peut aussi se lire indépendamment.** ⚠️ **Avertissement : malgré le titre, aucune scène explicite. Seulement deux amateurs et beaucoup trop d’ambition.** *Aucun félin n’a été maltraité durant le tournage. L’équipe, en revanche, a beaucoup souffert de ses exigences.*

Genre :
Humor,Romance
Auteur :
Alice Spade
Statut :
Terminé
Chapitres :
10
Rating
n/a
Classification par âge :
18+

Chapitre 1 — Douze pages

Lina découvrit le budget avant de découvrir le projet.

Elle cherchait le chargeur de son téléphone. Georges lui avait indiqué le canapé d’un mouvement du menton, sans quitter son ordinateur des yeux. En soulevant un coussin, elle trouva le câble, une chaussette et une feuille imprimée sur laquelle quelqu’un avait écrit :

Casque : 90 €.

Elle resta debout derrière lui.

— Tu te mets à la moto ?

Georges se retourna un peu trop vite.

Son regard passa de la feuille au visage de Lina, puis revint sur la feuille avec l’espoir manifeste qu’elle disparaisse entre-temps.

— Non.

— Tant mieux. À quatre-vingt-dix euros, je ne suis pas certaine qu’il protège grand-chose.

— C’est une location.

Lina baissa les yeux.

Sous le casque figuraient une cape, un éclairage, un trépied et trente euros de « fournitures diverses ».

Elle tira la chaise de la table basse et s’assit à l’envers, les bras croisés sur le dossier.

— Je t’écoute.

— Ce n’est pas encore terminé.

— Tu loues une cape, Georges. À ce stade, même une explication provisoire m’intéresse.

Il referma la fenêtre ouverte sur son écran. Derrière apparut un document Word.

Lina eut le temps d’en voir le titre.

— Une nouvelle soumission ?

— Le titre se discute.

— J’espère bien. On dirait un formulaire pour les impôts.

Georges passa une main sur sa nuque.

Ce geste-là, elle le connaissait. Il précédait les propositions auxquelles il avait déjà beaucoup trop réfléchi pour pouvoir les présenter avec naturel. Depuis le coffret, Lina avait appris à se méfier surtout des phrases commençant par « techniquement ».

Elle ramena le budget devant elle.

— C’est pour nous ?

Il acquiesça.

— Tu te souviens qu’on avait parlé de se filmer ?

Lina regarda de nouveau la ligne consacrée au casque.

— Je me souviens surtout qu’à ce moment-là, tu n’avais pas besoin de protection crânienne.

— On en avait parlé sérieusement.

— Oui.

Elle adoucit sa voix. L’idée ne lui déplaisait pas. Elle ne lui avait jamais déplu, d’ailleurs. Il y avait quelque chose de troublant à imaginer qu’ils puissent se regarder plus tard, découvrir ce qui échappait à chacun lorsqu’ils étaient ensemble. Elle avait simplement supposé que cela demanderait un téléphone, un endroit où le poser et une soirée où elle se trouverait jolie.

Georges avait visiblement ajouté quelques postes de dépense.

— Montre-moi.

Il hésita encore.

— Tu vas te moquer.

— Certainement. Mais je peux me moquer et être intéressée. Tu devrais le savoir, depuis le temps.

Il fit pivoter l’ordinateur.

Le document comptait douze pages.

Lina approcha deux doigts du pavé tactile et descendit lentement. Une page de garde. Une liste de scènes. Des indications de lumière. Un tableau.

Elle remonta jusqu’au début pour vérifier.

— Tu as fait un sommaire.

— Ça permet de retrouver les séquences.

— Il y en a combien ?

— Six.

— Tu avais peur de te perdre entre la première et la sixième ?

Georges lui prit doucement l’ordinateur des mains.

— Si tu veux, on peut aussi poser le téléphone contre une boîte de mouchoirs et découvrir après qu’on a filmé la moitié de la couette.

— C’était à peu près mon ambition, oui.

— Moi, j’aimerais qu’on fasse quelque chose de bien.

Il l’avait dit sans se défendre, cette fois.

Lina le regarda. Sous son embarras, il y avait cet enthousiasme qu’elle aimait lui voir : celui qui lui faisait oublier l’heure, son café et parfois la présence d’autres êtres humains dans la pièce. Il avait dû passer une bonne partie de la matinée sur ce document.

Elle tendit la main vers l’écran.

— D’accord. Présente-moi ton chef-d’œuvre.

Georges ouvrit une image.

Un casque noir.

Une cape noire.

Un personnage dont la respiration aurait dû, selon Lina, justifier au minimum une consultation.

Elle tourna lentement la tête.

— Dark Vador ?

— Visuellement, ça fonctionne tout de suite.

— Et moi ?

Il ouvrit la seconde image.

Lina reconnut le bikini doré avant même de voir les deux chignons.

Elle se redressa sur sa chaise.

— Ah non.

Georges se figea.

— Non ?

— Si je mets ça, je veux choisir la perruque moi-même. Celle de la photo est atroce.

Il resta silencieux une seconde, puis son visage s’éclaira.

— Donc le principe te plaît ?

— Le costume me plaît. Pour le principe, j’attends encore de comprendre pourquoi tu as besoin de douze pages.

Il se rapprocha, encouragé.

— Je pensais commencer dans la cuisine.

— Pourquoi ?

— C’est la pièce où on a le plus de recul.

— Nous avons une cuisine dans laquelle on ne peut pas ouvrir le lave-vaisselle si quelqu’un cherche une casserole.

— En filmant depuis le couloir.

Lina considéra le couloir, puis la cuisine.

Elle essayait malgré elle de voir ce qu’il voyait.

C’était le problème avec Georges. On commençait par l’écouter pour lui faire plaisir et, cinq minutes plus tard, on réfléchissait à la largeur d’un passage pour une cape.

— Tu comptes laisser les magnets sur le frigo ?

Il regarda vers la cuisine.

— Non.

— Parce que ton Empire va perdre un peu en crédibilité avec le numéro du plombier derrière la tête.

Georges rouvrit son document et ajouta une note.

Lina le vit taper : Retirer magnets.

Elle pinça les lèvres.

— Tu viens vraiment de l’écrire.

— Autant y penser maintenant.

— Mets aussi le calendrier des poubelles. Je refuse de défendre la rébellion devant les dates de ramassage du verre.

Il l’ajouta.

Cette fois, elle sourit.

— Et il se passe quoi, dans ta cuisine ?

Il lui montra le début de la scène.

Lina lut en silence. Puis elle revint à la première réplique.

— « L’Empire exige votre entière coopération. »

— Ça installe le personnage.

— On dirait que tu viens relever mon compteur.

— Tu peux proposer autre chose.

Elle releva les yeux, surprise.

— Vraiment ?

— C’est notre film.

La réponse lui plut davantage qu’elle ne voulut le montrer.

Elle attira l’ordinateur vers elle, sélectionna la réplique et la supprima.

— D’abord, Leia ne va pas rester plantée devant le frigo à attendre tes instructions.

— C’est une entrée en matière.

— Elle peut chercher quelque chose.

— Quoi ?

Lina réfléchit.

— Les plans de l’Étoile de la mort.

Georges regarda le réfrigérateur.

— Dans le frigo ?

— Tu voulais une histoire. Maintenant, il faut accepter les contraintes du scénario.

Il la dévisagea avant de comprendre qu’elle se moquait de lui.

Elle poursuivit, de plus en plus satisfaite :

— Tu arrives, tu me demandes où sont les plans et je refuse de parler.

— D’accord.

— Tu ouvres le bac à légumes.

— Pourquoi j’ouvrirais le bac à légumes ?

— Parce que je les ai bien cachés.

Georges baissa la tête. Ses épaules bougèrent.

Lina posa une main sur son bras.

— Attends, je n’ai pas fini. Tu trouves une courgette. Tu la regardes. Tu me regardes. Et là, on coupe.

— On ne tourne pas ça.

— Ah. Je croyais que c’était notre film.

Il lui reprit l’ordinateur tandis qu’elle s’installait enfin à côté de lui sur le canapé.

L’idée venait de prendre une autre allure. Elle se voyait déjà choisir le costume, chercher des accessoires dans ses affaires de cosplay, travailler une entrée assez digne pour qu’il en oublie sa première réplique. Georges voulait une princesse impressionnée ; elle pouvait lui en donner une qui aurait pris le contrôle du tournage avant le déjeuner.

Mais il restait quelques points à régler.

— Ça reste pour nous, dit-elle.

Georges cessa aussitôt de sourire.

— Bien sûr.

— Je veux dire vraiment pour nous. Pas de sauvegarde qui part toute seule quelque part. Pas de fichier qu’on ouvre par erreur quand on montre les photos des vacances.

— Je peux désactiver la synchronisation et garder les vidéos sur un disque séparé.

— Et on vérifie ensemble avant de commencer.

— D’accord.

Elle désigna l’image de Leia.

— Je veux aussi un masque.

— Avec les chignons ?

— Tu as bien prévu de garder une poubelle noire sur la tête.

— Ce n’est pas une…

Il s’interrompit devant son expression.

— D’accord pour le masque.

— Un joli. Je vais regarder dans mes affaires.

Elle fit encore défiler le document. Certaines idées la rendaient curieuse. D’autres lui donnaient surtout envie de voir comment Georges comptait les réaliser sans déplacer un mur.

— Et on pourra changer d’avis. Même si tu as déjà installé tes lumières pendant trois heures.

Il posa sa main sur la sienne.

— Lina, si ça ne nous plaît pas, on arrête.

Elle hocha la tête. C’était dit simplement. Cela lui suffisait.

Puis elle atteignit le planning.

— Pourquoi il y a « répétition » samedi matin ?

— Pour régler les déplacements.

— Tu veux qu’on répète ?

— Habillés.

— Heureusement que tu précises. J’allais demander si tu avais prévu une doublure.

— Très drôle.

Elle continua à lire.

Dix heures : installation.

Onze heures : essais lumière.

Onze heures trente : costumes.

Midi : pause.

Lina posa un doigt sur l’écran.

— Tu as prévu quoi à manger ?

— Je n’ai pas encore…

— Voilà. Tu as pensé à la chute de la République, mais pas au déjeuner de ton actrice.

Georges récupéra le budget.

Sous « fournitures diverses », il ajouta « pizzas ».

Elle se pencha contre son épaule pour le regarder écrire.

— Et je veux un générique.

Il tourna la tête vers elle.

— Tu veux un générique ?

— Avec mon nom en premier.

— On vient de dire qu’on ne mettait pas nos noms.

— Mon nom d’actrice, Georges. Essaie de suivre.

Il posa son stylo. Il avait maintenant ce sourire un peu incrédule qu’elle obtenait lorsqu’elle avançait plus vite que lui.

— Tu y as déjà réfléchi ?

— Non. Mais contrairement à certains, je sais improviser.

Elle l’embrassa, puis resta tout près de sa bouche.

— Et tu n’as pas besoin de réserver ton casque prestige. Je peux t’en fabriquer un.

— Tu sais faire ça ?

Lina se recula juste assez pour lui laisser voir son expression.

— Tu vis avec une fille qui a passé trois soirées à fabriquer une armure pour une convention. Tu pensais que je collais des paillettes au hasard ?

— Non, mais pour la finition…

Elle se leva.

— Très bien. Tu viens d’insulter le département costumes.

Il la suivit des yeux jusqu’au placard où elle rangeait son matériel. Elle en sortit un carton, deux plaques de mousse et un mètre ruban.

Puis elle revint vers lui.

— Ne bouge pas.

Georges la laissa mesurer son tour de tête.

— Tu crois qu’on peut obtenir quelque chose d’assez fidèle ?

Lina nota un chiffre au dos du budget.

— Ça dépend.

— De quoi ?

Elle posa le mètre autour de son cou et considéra très sérieusement le futur seigneur de l’Empire.

— Tu tiens absolument à pouvoir tourner la tête ?

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