NOTE D’AUTRICE
À celles et ceux qui ont un jour découvert que le passé pouvait continuer à faire du bruit, même au milieu du bonheur.
Chères lectrices, chers lecteurs,
Il existe des histoires que l’on croit avoir laissées derrière soi parce que les années ont passé, parce que les visages ont changé et parce que la vie, avec cette obstination qui lui appartient, a continué de nous entraîner vers des lendemains que nous n’aurions jamais osé imaginer. Nous apprenons à sourire de nouveau, à faire des projets, à aimer autrement, et parfois même à nous convaincre que les blessures d’autrefois ont fini par perdre leur pouvoir sur nous, jusqu’au jour où un souvenir, une parole ou un événement apparemment insignifiant vient réveiller quelque chose que nous pensions avoir définitivement apaisé.
C’est dans cet espace fragile, entre ce que nous avons réussi à construire et ce que nous n’avons pas encore entièrement surmonté, que prend naissance Les Ombres de nos Promesses.
Lorsque j’ai commencé à raconter l’histoire d’Aiden et d’Émilie, je ne voulais pas seulement écrire une romance dans laquelle deux êtres finiraient par se trouver malgré les obstacles. Je voulais explorer ce qui se passe après les premières certitudes, après les déclarations qui bouleversent une existence et après ces instants où l’on croit avoir enfin atteint ce bonheur pour lequel on s’est si longtemps battu.
Parce que les histoires d’amour ne s’arrêtent pas nécessairement au moment où deux personnes décident de rester ensemble.
Elles continuent dans les conversations que l’on repousse, dans les habitudes qui nous rassurent autant qu’elles nous enferment parfois, dans les décisions que nous prenons en pensant protéger ceux que nous aimons et dans les conséquences de nos silences, même lorsqu’ils naissent des meilleures intentions.
Au fil des tomes, vous avez découvert un Aiden capable d’aimer profondément, mais également marqué par une histoire familiale dont il a longtemps porté les blessures comme autant de preuves de ses propres insuffisances. Vous l’avez vu chercher sa place, affronter certaines vérités et apprendre, non sans difficulté, que devenir un homme différent ne signifie pas effacer celui qu’il a été, mais choisir de ne plus laisser ses anciennes souffrances décider à sa place.
Vous avez également accompagné Émilie dans ses propres transformations, à travers ses ambitions, ses doutes et cette volonté de construire une vie qui lui ressemble, sans renoncer à l’amour qu’elle porte à Aiden. Elle a appris que soutenir quelqu’un ne signifie pas devoir tout supporter, que la tendresse ne remplace pas les limites et qu’une relation ne peut véritablement s’épanouir que lorsque chacun conserve la liberté d’être pleinement lui-même.
J’aurais pu leur offrir une existence dans laquelle toutes ces leçons auraient suffi à les protéger définitivement.
J’aurais pu décider que les promesses échangées, les serments prononcés et les efforts accomplis leur garantiraient désormais une tranquillité sans faille, comme si le bonheur constituait une récompense définitive accordée à ceux qui avaient suffisamment souffert pour le mériter.
Mais cela aurait été leur raconter un mensonge.
Car la vie ne nous demande jamais si nous avons déjà traversé suffisamment d’épreuves avant de nous confronter à de nouvelles incertitudes, et les progrès que nous accomplissons ne nous rendent pas insensibles à ce qui nous a autrefois blessés.
Nous pouvons avoir appris à mieux communiquer et connaître encore des silences difficiles à rompre. Nous pouvons avoir compris l’importance de nos limites et éprouver malgré tout la tentation de les repousser par peur de décevoir. Nous pouvons aimer quelqu’un avec une sincérité absolue et découvrir que cet amour ne nous dispense ni de nos responsabilités ni du courage nécessaire pour regarder nos propres contradictions en face.
C’est cette vérité que j’ai souhaité placer au cœur de ce quatrième tome.
Je ne voulais pas que les blessures d’Aiden deviennent une excuse permanente à ses comportements, pas plus que je ne souhaitais faire d’Émilie une femme dont la force se mesurerait uniquement à sa capacité de pardonner, de comprendre ou d’attendre. Leur amour mérite davantage qu’une succession de sacrifices silencieux, et leur histoire ne peut avancer que si chacun accepte que les sentiments les plus profonds n’effacent jamais les conséquences de nos choix.
Vous trouverez donc dans ces pages des émotions parfois contradictoires, des moments de fragilité, des décisions imparfaites et cette difficulté profondément humaine à reconnaître que l’on peut avoir changé sans être devenu invulnérable.
Mais vous y trouverez aussi ce qui m’a toujours donné envie de poursuivre leur histoire : la beauté des gestes ordinaires, la force des conversations sincères, les instants où l’on ose enfin dire ce que l’on ressent et cette possibilité de continuer à grandir, même lorsque l’on croyait avoir déjà parcouru l’essentiel du chemin.
Je crois que nous avons parfois tendance à imaginer la reconstruction comme une ligne droite, un parcours qui nous mènerait progressivement de la souffrance vers une paix définitive, sans jamais nous obliger à revenir sur ce que nous pensions avoir compris.
Pourtant, il arrive que nous retrouvions d’anciennes peurs au détour d’une journée heureuse, que nous réagissions maladroitement à une situation familière ou que nous ayons besoin d’aide alors même que nous étions persuadés de pouvoir désormais avancer seuls.
Cela ne rend pas nos efforts inutiles.
Cela nous rappelle simplement que nous sommes des êtres humains, façonnés par des expériences qui ne disparaissent pas sur commande, et que la véritable évolution ne se mesure pas à l’absence totale de difficultés, mais à la manière dont nous choisissons d’y répondre.
Si vous avez suivi Aiden et Émilie depuis leurs premiers échanges, vous savez combien leur histoire s’est construite autour de cette question : peut-on aimer quelqu’un sans se perdre soi-même ?
Dans ce quatrième tome, une autre interrogation vient s’y ajouter, peut-être plus inconfortable encore : que deviennent nos promesses lorsque nous découvrons que nous ne sommes pas toujours capables d’être les personnes que nous avions juré de devenir ?
Je n’ai pas voulu apporter à cette question une réponse facile.
Je préfère vous laisser accompagner mes personnages dans leurs hésitations, ressentir leurs contradictions et parfois même leur en vouloir, parce qu’il me semble important de pouvoir aimer des personnages sans nécessairement approuver chacune de leurs décisions.
Une histoire peut nous toucher profondément sans nous demander d’excuser tout ce qu’elle raconte.
Et un amour peut être sincère sans être exempt de failles.
À travers Les Ombres de nos Promesses, j’aimerais également rendre hommage à toutes ces personnes qui ont dû apprendre à reconstruire leur existence sans posséder la certitude que leurs blessures cesseraient un jour de se manifester. À celles qui ont choisi de rester, à celles qui ont choisi de partir, à celles qui ont recommencé plusieurs fois et à celles qui ont découvert qu’il fallait parfois renoncer à une ancienne version de soi pour pouvoir enfin respirer.
Aucun de ces chemins ne devrait être jugé uniquement à travers le regard de ceux qui ne l’ont pas emprunté.
Je ne sais pas quelles émotions vous ressentirez en tournant les dernières pages de ce tome, ni si vous reconnaîtrez dans les choix d’Aiden et d’Émilie quelque chose de votre propre histoire, mais j’espère que vous leur accorderez le droit d’être imparfaits sans jamais oublier qu’ils demeurent responsables de ce qu’ils font de leurs imperfections.
J’espère aussi que vous continuerez à voir en Émilie autre chose que la femme qui aime Aiden, et en Aiden autre chose que l’homme qui tente de réparer son passé.
Ils sont deux êtres à part entière, avec leurs rêves, leurs limites, leurs peurs et leurs possibilités, et c’est précisément cette individualité qui donne à leur relation toute sa profondeur.
Merci d’avoir traversé avec eux les premiers élans, les promesses, les serments et désormais ces zones d’ombre que l’amour ne suffit pas toujours à éclairer.
Merci de leur avoir laissé le temps d’évoluer, de vous avoir parfois agacés, peut-être même déçus, et d’avoir continué malgré tout à chercher ce qui se cachait derrière leurs silences.
Si je devais vous laisser une seule pensée avant que vous ouvriez ce quatrième tome, ce serait celle-ci :
Les promesses les plus précieuses ne sont pas celles qui nous assurent que rien ne changera jamais, mais celles qui nous obligent à regarder avec sincérité ce que nous devenons lorsque tout change autour de nous.
Car certaines ombres ne disparaissent pas simplement parce que nous avons trouvé la lumière.
Elles nous accompagnent jusqu’au moment où nous apprenons à ne plus leur confier le pouvoir de décider de notre avenir.
Et parfois, la plus grande preuve d’amour ne consiste pas à promettre que nous ne nous blesserons jamais, mais à comprendre que nos blessures ne nous donnent pas le droit de blesser à notre tour.
Alors, avant de retrouver Aiden et Émilie, je vous invite à entrer dans cette histoire sans attendre d’eux la perfection, sans chercher à deviner toutes leurs décisions et sans oublier que derrière chaque serment se trouve un être humain qui doit encore apprendre à le tenir.
Bienvenue dans Les Ombres de nos Promesses.
Là où les mots prononcés hier rencontrent les choix d’aujourd’hui, et où l’amour doit parfois affronter ce que les promesses n’avaient pas prévu.
Avec toute mon affection, et une immense gratitude pour votre fidélité à cette histoire,
Jessica Begue ♡










