Hiboulombe

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Summary

Quand des existences virtuelles se retrouvent et se soudent sur la toile. Ils s’apprécient et parfois s’aiment à travers leurs échanges. Mais, en serait-il de même pour ces gens réels qui se cachent derrière leurs avatars ; éprouveront-ils aussi ce besoin d'aller plus loin, se dévoiler et s'épanouir dans le monde physique ?

Status
Ongoing
Chapters
1
Rating
n/a
Age Rating
18+

Chapitre 1 : Yourh.com


Samedi 27 juin 2020 - 18 h

Je parque ma voiture au sous-sol de mon immeuble. Totalement dépitée, je quitte l’engin pour emprunter l’ascenseur. Je suis impatiente de regagner mon cocon chaleureux. Un déjeuner de retrouvailles, avec deux amies d’études, m’a achevé. Les deux étaient impitoyables, avec leurs interrogations concernant mon célibat. Pire, elles savent mieux que quiconque que je suis une introvertie et timorée de surcroit. Ces deux traits de ma personnalités impactent lamentablement ma vie sentimentale. Ceci ne les a pas dissuadée de me torturer par leurs critiques ni de frimer leurs exploits sous mon nez.

Exploits : mon mari a eu une promotion, mon copain a acheté une nouvelle maison... mon fils a réussi à faire caca dans le pot, plus besoin de couche... le genre d’information dont je n’ai rien à cirer mais que j’ai dû endurer le temps de cette rencontre mensuelle. Actuellement, ce rituel, que nous avons juré de maintenir depuis la fin de nos études universitaires, me pèse. Car, si c’est pour subir leurs airs vaniteux, je m’en passe.

Pourtant, moi aussi j’ai de quoi me vanter. Je suis ingénieure en informatique et j’occupe le poste de Manager dans la boite où je travaille. Mes indemnités annuelles n’ont jamais été à la traine comparée a celle de mes copines. Je peux même prétendre les dépasser. Bizarrement, ceci ne suffit jamais pour m’épargner leurs piques. Pour elles, être sans compagnon signifie être incomplète voire inférieure.

Arrivée à mon étage, j’entre dans mon appartement, claque la porte derrière moi et la verrouille en m’y adossant. Je lâche un soupir de soulagement et le soupire se transforme en hoquet, puis les larmes s’en suivent. Je glisse sur le parterre en me livrant à ma séance libératrice. En pleurant frustration, tristesse et solitude.

Un quart d’heure après, je me relève et me dirige vers ma chambre. Je me change, me rafraîchis et fidèle à mes habitudes, j’allume mon ordinateur et noie mon mal dans le travail.

Trois heures s’écoulent devant l’écran de mon PC. Je relis mon mail, joint le rapport que je viens de finir et j’appuis sur envoyer. Malgré la fatigue, je sais que si je rejoins mon lit, j’aurai à subir cet enfer d’idées mornes qui risquent de m’envahir. Alors, je décide de rester devant mon meilleur compagnon : mon ordinateur.

Les deux heures suivantes, je les tue en naviguant sur la toile. Je passe d’un site à l’autre en battant le record de la diversité. Après avoir consulter des site web pour nouvelles technologies, et lut quelques blogs, je me suis retrouvée à errer dans les espaces de rencontre.

Je passe quelques temps a mater des photos attrayantes des deux gentes. J’avoue être subjuguée par la qualités des prises et les poses. Ceci dit, me demandant si c’est du réaliste ou du retouché. En tout cas, c’est évident que je n’ai pas ma place dans ces sites. Et, au moment où j’allais renoncer, je tombe sur Yourh.com.

Contrairement aux selfies aguicheurs caractérisant les autres sites de rencontres ; sur ”Yourh“, les abonnés affichent des avatars, des animaux et/ou des personnages de dessins animés. Je pense immédiatement à des individus, comme moi, pas trop à l’aise dans leurs peaux et me sens tentée d’explorer ce site.

Alors qu’ordinairement, je n’accorde aucun bénéfice aux rencontres virtuelles ; ce soir, je me sens disposée. Est-ce que je suis poussée par le désespoir? Ou motivée par l’espoir? En tout cas, je suis prête à l’éventualité de briser ma malédiction. Prête à quitter ma zone de confort. Hormis, que je reste planquée derrière mon écran d’ordinateur.

Une adresse Gmail personnelle, me sert pour l’inscription. Je renseigne ensuite les champs obligatoires à la création de mon profil.

-Pseudonyme : “Colombe”.

-Sexe : femme.

-Date de naissance : 30/10/1991.

-Taille : un mètre soixante-trois.

-Couleur des cheveux : châtains.

-Couleur des yeux : Marron clair.

-Teint : bronzé.

En validant ma saisie, on me recommande d’insérer une photo pour propulser ma visibilité. J’ai donc utilisé la photo la moins gratifiante d’une pigeonne blanche.

On m’affiche un message de bienvenue et que mon profil est actuellement en attente d’approbation.

Bizarrement, je sens une satisfaction mêlée à une forme d’excitation. Si j’avais su que crée un compte sur un site de rencontre allait me procurer cette sensation de bien être, je l’aurais fait il y a bien longtemps.

Soudainement, mes paupières s’alourdissent. Et, c’est avec cette sensation positive que j’éteigne mon laptop et me dirige vers mon lit, prête à sombrer dans les bras de Morphée.