Plus de larmes pour pleurer - En réecriture -

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Summary

Solana et Aydan étaient les deux faces d’un même monde : le soleil et la lune, opposés mais inséparables. Elle pensait que leur histoire durerait toujours… jusqu’au jour où un appel brise tout. Aydan est mort. Et avant de disparaître, il ne lui a laissé qu’un seul souhait : qu’elle ne pleure jamais pour lui. Pourquoi une demande aussi étrange ? Pourquoi être parti si tôt, sans explication ? Que s'est-il passé ? Livrée à elle-même, incomprise par ses proches, Solana refuse de rester dans l’ombre du silence. Elle se lance alors dans une quête éperdue pour comprendre ce qu’il s’est vraiment passé. Mais sur ce chemin semé de douleurs, elle croisera une âme aussi brisée qu’elle. Et ensemble, ils apprendront à apprivoiser la perte, à défier les secrets... et peut-être, à aimer à nouveau.

Status
Ongoing
Chapters
32
Rating
5.0 3 reviews
Age Rating
16+

Prologue

Il est mort.

Je ne pouvais pas le croire, que lui pouvait mourir.

Pas maintenant.

Pas au moment où j’avais besoin de toi.

C’est impossible.

« Il a rejoint les étoiles » m’avait-on dit.

Les étoiles c’est loin.

Très loin.

Impossible à rejoindre pour le commun des mortels.

Alors je ne comprends pas.

Comment ?

Comment peut-il être parti si loin ?

Je ne peux pas l’accepter. Pas comme ça.

On me fait marcher…n’est-ce pas ?

Non.

Non, non.

Il est mort.

On me l’a suffisamment répété.

Il est parti.

Très loin.

Assez loin pour que je ne puisse jamais le rejoindre.

Il est parti sans moi.

Pourquoi ? Pourquoi m’avoir abandonné maintenant ?

Pourquoi es-tu partit sans moi ?

Je pensais que nous étions inséparables. Mais…

Il a décidé de faire ce voyage, trop tôt.

Et surtout…sans moi.

Est-ce qu’il a pensé à moi ? Est-ce que c’était douloureux ? As-tu eu mal ? Dis-moi ai-je fait quelque chose de mal ?

Pourquoi…

Pourquoi, pourquoi, pourquoi ?

Pourquoi es-tu mort ?

Que s’est-il passé ?

Il n’a pas pu disparaître.

Pas comme ça.

C’est trop facile. Trop simple.

Trop.

Tant de questions se bousculent dans ma tête que je n’arrive plus à réfléchir.

Je ne peux plus respirer. J’inspire, j’expire mais…rien ne vient. Je suis bloquée.

Assise dans le métro, mon monde vient de basculer. J’ai besoin de sortir, vite. Maintenant.

Mon coeur bat vite, trop vite. J’ai la tête qui tourne. Je n’arrive plus à réfléchir — et surtout j’ai mal.

J’ai mal partout et en même temps nulle part.

Tout ce que je sais, c’est que la douleur me tue de l’intérieur.

Par chance, le métro s’arrête enfin. Sans même réfléchir, mon corps se lève avant mon esprit. Il court de lui-même en direction des portes. Je trébuche, manque de tomber, mais je continue. Il me faut de l’air, et vite.

La douleur m’arrache un peu plus à chaque instant, mais je continue de courir. Je dois courir.

Je dois fuir.

Je monte les escaliers quatre à quatre, mais ils me paraissent interminables. Je me faufile entre les personnes, je cours de manière mécanique, comme si mon instinct avait pris le dessus.

C’est alors que j’aperçois la lumière extérieure, puis me voilà enfin sortie.

Je respire.

Ou du moins, je tente de respirer.

L’air ne remplit pas mes poumons, alors je cherche, je marche, je me déplace sans même savoir où je vais, en vain.

Ma tête me fait atrocement mal, mais je me dis que c’est certainement à cause du peu de sommeil que j’ai accumulé ces derniers temps. J’enfouis ma tête dans mes bras et je me rends compte que mon visage est mouillé.

Je pleure. Maintenant.

Tout d’un coup, je n’arrive plus à rester debout. Mes jambes tremblent. Alors, je cherche un banc, une chaise, je ne sais pas.

Juste quelque chose.

Qui me permette de pouvoir m’asseoir, de pouvoir reprendre mon souffle.

De pouvoir analyser, pouvoir comprendre ce qu’il se passe.

J’avance en titubant, le corps tremblant.

Je tente tant bien que mal de comprendre où je suis. Je regarde autour mais j’ai du mal à me concentrer. C’est alors que je vois la grande roue, plantée là, comme une immense étoile au milieu de cet océan d’obscurité.

Là où je vis, il n’existe qu’un seul endroit où se trouve un tel édifice. Je comprends aussitôt où je me trouve.

Je suis sur la place Bellecour de Lyon.

Dans un coin, je parviens enfin à trouver un banc à l’abri des regards. Le peu de lumière produit par les éclairages publics me font comprendre qu’on se situe à un stade avancé de la nuit. Je ne sais pas quelle heure précisément, mais il fait nuit.

C’est ma seule certitude pour le moment. Avec sa mort.

Mes jambes finissent par me lâcher, avant de complètement m’effondrer sur le banc. J’ai besoin de réfléchir, mais mon cerveau est incapable de fonctionner. J’ai besoin de me reconnecter avec la réalité. De quelque chose qui me fasse sentir que je suis en vie. Que je souffre.

Et que tout ceci est bien réel.

Alors, je décide d’ouvrir mon téléphone. La lumière de l’écran m’agresse les yeux. La première chose qui apparaît est une notification : un message vocal sur mon répondeur.

Sans même chercher qui est le destinataire, je compose le numéro de mon répondeur. Les secondes s’étirent dans un silence insupportable.

Puis je l’entends.

Lui.

Je me fige. Je ne bouge plus. Je ne sais même pas si je respire encore.

Plus rien n’existe autour de moi. Il n’y a plus que cette voix, si familière. Cette voix qui me retient encore prisonnière.

Solana, c’est moi, souffle-t-il d’une voix lourde.

Il marque un silence, long, froid. Il…semble hésiter.

— Je…je n’arrivais pas à te joindre. Je sais que tu es très occupée en ce moment avec tes examens, et… bref. Je ne voulais pas te déranger en allant chez toi. Tu ne répondais pas, alors je te laisse ce message.

Un temps.

— Je t’en prie, c’est la dernière fois que je te demande quelque chose. Je te le promets. Je ne te demande pas de m’aider avec une musique, ni avec quoi que ce soit d’autre, comme avant.

Sa respiration se brise.

Est-ce qu’il...pleure ?

— Quoi qu’il arrive, ne sois pas triste à cause de moi. Je t’en supplie. Ne pleure pas pour moi. C’est tout ce que je te demande. Haïs-moi. Déteste-moi pour ce que j’ai fait. Je le mérite.

Un souffle tremblant, étouffé par des sanglots.

— Tu as le droit de pleurer quand tu es triste, quand tout va mal. Mais rappelle-toi, tu ne dois jamais pleurer pour moi — ou à cause de moi. Jamais. Pleure pour une mauvaise note, pour une scène triste d’un film. Mais ne pleure pas pour moi.

Il marque un silence.

Il sanglote, avant de reprendre plus bas.

— Je sais que je t’avais promis de te rendre heureuse, de te rendre fière…mais je n’en ai pas été capable. Je sais. J’ai toujours été un bon à rien.

Silence.

— Mais Solana… c’est dur. C’est tellement dur. Je n’y arrive plus. Je n’arrive plus à me regarder. Je n’arrive plus à sourire. Je… J’ai terriblement besoin de toi, mais je ne veux pas être un fardeau.

Sa respiration devient saccadée.

— Je donnerai tout là, maintenant, pour pouvoir te serrer à nouveau dans mes bras…mais ce ne sera plus possible. Tu mérites mieux que moi. Tu mérites d’être heureuse.

Une lourde inspiration.

— De toute façon…ce n’est qu’un au revoir, pas vrai ? On se reverra bientôt. Tu as toujours été douée pour me retrouver, alors je ne m’inquiète pas. Mais ne me rejoins pas trop tôt. La vie est longue. Et j’en suis persuadé, qu’elle le sera pour toi.

Un silence pesant.

Puis, presque un murmure.

— Reste rayonnante Solana…comme le joli soleil que tu as toujours été.

Sa voix devient à peine audible.

— Tu te souviens du poème sur le soleil et la lune ? « Toi le jour, moi la nuit. Tu te lèves quand je disparais… ». C’est à la lune de disparaître, maintenant.

Un dernier souffle, brisé entre deux larmes.

— Je t’aime Solana. Je t’ai toujours aimée. Et je t’aimerai toujours mon soleil.

Puis, plus rien.

Fin du message vocal.

Je ne peux pas le croire. Je ne veux pas le croire.

Je me frappe la tête. Elle tambourine beaucoup trop fort.

J’ai mal.

Trop mal.

Les larmes coulent d’elles-mêmes, je ne les contrôle plus. Je ne contrôle plus mon corps.

Et je continue de frapper.

Plus fort, c’est ma faute.

Plus fort, tout est ma faute.

Plus fort, sans moi, tu serais encore en vie.

J’ai mal.

Tellement mal.

Mais je ne sais pas où.

Je saigne mais je n’en suis pas sûre.

Je ne veux pas savoir.

Je continue de frapper.

Puis, je vois la lune, brillante. Depuis quand est-elle aussi brillante ?

Puis, plus rien.

Simplement du noir.

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