01. Le décès 01
Dans le miroir de la salle de bain, son visage reflétait une tristesse infinie. Caroline enterrait son grand-père. Cela faisait 5 ans qu’elle n’était pas revenue, elle n’avait pas eu le temps de le revoir, ou plutôt elle avait refusé de le prendre, entre ses études, son fils à gérer et Pierre !
Son visage paraissait encore plus creusé que d’habitude, ses yeux étaient cernés d’avoir trop pleuré.
Les regrets étaient présent mais il était trop tard a présent.
Il se trouvait que son grand-père n’avait jamais rencontré Clovis. Elle avait probablement éprouvé trop de honte pour retourner dans la maison de ses grands-parents avec cet enfant qui, depuis sa naissance, était le portrait craché de son père, tant par ses yeux bleus que par ses cheveux bruns et ses traits réguliers. Elle aurait voulu cloner Gregory qu’elle n’aurait pas fait mieux. Elle avait hésité à l’emmener, mais personne n’était disponible pour le garder. Comme lui avait dit son futur mari, les gens venaient pour enterrer le pépé, pas pour regarder la tête de son gamin. Pourtant, dès que mamie Jeanine avait ouvert la porte, elle était resté comme pétrifiée devant le petit Clovis.
— Mon Dieu qu’as-tu fait là ? lui avait-elle dit, ignorant la présence de Pierre en regardant l’enfant qui se cachait derrière sa mère.
— On peut rentrer ou on reste dehors mamie ? avait-elle répondu un peu sèchement.
Sa grand-mère s’était poussée pour les laisser rentrer, mais son regard ne pouvait quitter le visage de l’enfant qui se sentait mal à l’aise.
La grand-mère commençait même à lui faire peur.
— C’était pour ça que tu ne nous as jamais envoyé de photo et que tu n’es plus jamais revenue. Ton grand-père pensait que tu nous en voulais de quelque chose.
Caroline prit alors sa grand-mère dans les bras en pleurant et lui marmonna :
— Pas du tout mamie, mais j’avais honte !
Sa grand-mère la serra à son tour.
— Ma chérie, tu sais qu’on ne t’aurait pas jugée, surtout pépé. Il t’adorait, tu étais comme sa fille. Et le père, notre petit Gregory, il est au courant ?
Caroline s’écarta de sa grand-mère.
— Non, et je ne veux pas que cela change.
Sa voix avait tremblé. Sa grand-mère soupira.
— Il sera présent à l’enterrement et dès qu’il le verra, il sera...
— Et bien nous l’éviterons, voilà tout ! répondit Caroline d’une voix déterminée.
Le petit lui tira sur son chandail.
— Maman, j’ai soif, pleurnicha-t-il.
La grand-mère voulut prendre le petit par la main, mais celui-ci recula. Elle sourit malgré le chagrin qui se dessinait sur son visage. Caroline remarqua que sa grand-mère avait pris un énorme coup de vieux. La vie ne faisait de cadeau à personne.
— Venez, je vais vous donner un verre d’eau. Tu peux poser tes affaires dans ton ancienne chambre. J’ai posé un matelas pour le petit, par terre. J’espère que ça ira.
— Bien sûr, mamy, que ça ira.
La grand-mère se tourna vers Pierre.
— Je te présente mon fiancé Pierre. On va se marier à la rentrée.
La grand-mère regarda l’homme et lui sourit. Elle vit qu’elle était surprise de l’âge de son fiancé, mais la bonne éducation fit qu’elle ne dit rien.
— Bonjour madame. Veuillez recevoir toutes mes condoléances. J’aurais tellement préféré vous rencontrer en d’autres circonstances.
Pierre serra la main de la grand-mère qui lui montra les escaliers.
— La chambre est la première sur la droite pour les valises, et la cuisine au bout du couloir, si vous voulez boire un café.
— Avec plaisir !
Il sourit à la vieille dame, qui lui répondit par une grimace, et il monta l’escalier. Elle regarda ensuite Caroline.
— Tu l’as trouvé où, celui-là ? Trop poli pour être honnête !
— Mamie, c’est de mon futur mari que tu parles, et c’est un bon papa pour le petit.
— Un bon papa, c’est le vrai en général, et il est vieux en plus, répondit la grand-mère en leur devançant le pas.
Caroline ne répondit pas, elle attrapa la main de son fils pour qu’il l’accompagne.
La vieille femme attrapa deux verres qui jadis avaient servi à la moutarde et les remplit d’eau. Elle en tendit un au petit garçon.
— Tu veux un gâteau ?
— Non, il a goûté tout à l’heure dans la voiture. Je te remercie.
— Mais tu sais, ce soir, on devait manger avec les voisins.
— Mamie, fais comme tu devais faire. Avec Pierre, on ira en ville manger un morceau. Ce n’est pas grave ! Je sais que c’est peut-être prématuré, aussi, mais si tu veux venir vivre à la maison, tu es la bienvenue.
Sa grand-mère lui sourit l'air un peu étonné de la proposition de Caroline, elle soupira avec tristesse.
— Merci, mais jamais je ne quitterai ma maison. Toi, tu pourrais venir plus souvent. Ça me ferait plaisir.
— Promis, on essaiera.
Pierre était redescendu et attendait sans rien dire. La grand-mère se tourna vers lui.
— De l’eau ou un café, monsieur ?
— Un café, si ça ne vous dérange pas. Mais appelez-moi Pierre !
La grand-mère lui fit un signe de la tête pour dire qu’elle était d’accord et attrapa sa cafetière. Elle versa le liquide encore chaud dans un mug et lui tendit. Elle se posa sur une chaise ensuite, tout en soupirant. Puis elle les regarda à tour de rôle.
— Vous pouvez vous asseoir aussi !
Pierre et Caroline prirent une chaise chacun et Clovis grimpa sur les genoux de sa mère.
La grand-mère ne pouvait retirer son regard du petit garçon qui regardait la vieille dame en fronçant les sourcils. Il y avait un long silence pesant, presque malfaisant. Caroline n’avait aucun sujet de conversation, le décès de son grand-père l’avait dévastée. Elle s’en voulait tant de ne pas l’avoir revu avant, de ne pas avoir trouvé le temps de revenir, mais elle savait au fond d’elle que ce n’était pas l’excuse principale.
— Éléonore nous a invités ce soir. Elle était contente à l’idée de te revoir, malgré les circonstances. Elle s’occupe de moi comme une fille le ferait. C’est elle qui a géré tous les papiers pour l’enterrement et la messe de demain. J’ai l’impression que ma vie va finir aussi.
— Ne dis pas ça, mamie. Viens à la maison, on s’occupera de toi !
La grand-mère refusa de nouveau son invitation.
— Mais ça me touche, ma chérie. Peut-être je passerais quelques jours. Je pourrais garder le petit et ...
— Mamie, si tu viens, c’est pour te reposer, pas pour faire la mamie.
Caroline se leva et alla laver sa tasse.
— Écoute, Caroline, vous devez venir ce soir, pour le petit. Je vais téléphoner à la fille d’une voisine qui fait du baby-sitting. Que veux-tu que je trouve comme excuse à ton absence ?
Caroline regarda son fils puis Pierre. Elle cherchait une réponse dans son regard, il haussa les épaules.
— Fais comme tu veux, je ne peux pas te dire. Je veux que tu fasses le mieux pour toi et Clovis.
Caroline soupira.
— Mamie, je te fais confiance. Si tu me dis que cette jeune fille est bien.
— Ah oui, et puis ça lui fera un peu d’argent. En même temps, je ne te vois pas venir avec mini Greg au repas d’Éléonore.
Et la grand-mère se leva et sortit de la cuisine pour téléphoner.
— Si je comprends bien, à chaque fois que tu regardes ton fils, c’est lui que tu vois ? lâcha Pierre en posant sa tasse sur la table.
— À chaque fois que je regarde mon fils, c’est à toi que je pense. Toi qui t’es occupé de moi comme personne ne l’avait jamais fait avant.
Elle lui répondit du tac au tac en se levant pour le prendre dans ses bras pour le rassurer. Il lui sourit et lui caressa la joue.
— Je t’aime tant, Caroline.
— Moi aussi, je t’aime.
— C’est bon, elle est là d’ici une petite demi-heure, le temps qu’on se prépare.
La grand-mère caressa la joue de l’enfant et se dirigea vers le frigo.
— Heu, je vais faire quoi à manger pour ce petit ?
— Laisse, on va aller chercher un McDo ! répondit Caroline.
Pierre se leva.
— Oui, j’y vais. Et pour la jeune fille, je prends quoi ?
— Un menu classique !
— Tu veux venir avec papa Pierre ? demanda l’homme à l’enfant.
Le petit courut lui donner la main en sautillant.
La grand-mère regarda la scène un peu étonnée. Lorsqu’ils partirent, elle demanda :
— Il n’est pas un peu vieux pour toi ?
— Pierre m’a sauvé de beaucoup de choses, et je suis très contente d’avoir croisé son chemin. L'age ne compte pas tant qu'on s'aime.
Elle lui avait parlé sèchement, elle en était consciente, mais elle ne voulait les conseils de personne, même pas de sa grand-mère. Et Pierre avait tant fait pour elle que personne n'avait le droit de le jugé.
Un long silence s'installa.
Quelques minutes plus tard, la sonnette de la porte d'entrée retentit.
— La baby-sitter est déjà là ! s’exclama la grand-mère étonné en souriant a sa petite fille.
— Attends, mamie, je vais aller ouvrir. Repose-toi un peu !
Elle courut vers la porte pour ouvrir, et son sourire s’estompa lorsqu’elle se retrouva nez à nez avec Gregory.
Il y eut un long silence des deux parties, puis la grand-mère arriva, poussa presque sa petite-fille et prit Gregory dans ses bras.
— Je suis venu le plus rapidement que j’ai pu, mamie Jeannine.
Il lui fit la bise et la serra dans ses bras. En même temps, il regarda de la tête au pied Caroline.
Il recula.
— Rentre. Je ne te présente pas Caroline. Même si ca fait longtemps que tu ne l’as pas revue, mais elle n’a pas changé notre Caroline.
Sa grand-mère lui sourit, elle répondit par un silence.
Le jeune homme lui tendit une main pour qu’elle lui serre, mais comme elle ne bougeait pas, il s’approcha et lui fit la bise, auquel elle ne répondit pas. Le simple contact des lèvres de Gregory lui procura une contraction douloureuse.
— Je ne pensais pas te voir ! Ton grand-père aurait préféré te voir de son vivant ! lui murmura-t-il au creux de l’oreille.
Elle réalisa qu’elle ne se souvenait pas que Gregory fut si grand. Mais pour le reste, il avait juste un peu mûrit physiquement, il ne ressemblait plus au gamin qu'elle avait fréquenté.
— On ne fait pas toujours ce qu’on veut dans la vie ! lui répondit-elle froidement.
— Enfin, on peut quand même trouver le temps pour ses grands-parents ! Enfin, après chacun sa conscience !
— Bon, mamie, je vais retourner chez moi. On se dit à ce soir ?
La grand-mère lui fit signe que oui. Il lui fit un sourire triste et repartit. La grand-mère referma la porte derrière lui.
— J’espère qu’il ne verra pas le petit ! Mais franchement, Caroline, tu as pensé qu’à toi quand tu t’es retrouvée enceinte. Tu pouvais pas lui dire, je suis sûre qu’il n’aurait pas fui ses responsabilités. Vous étiez complices , j’avoue, je ne pensais pas que vous étiez amants, mais amis oui... Dans quelle situation tu nous places, j’ai honte de savoir et de ne rien lui dire. Il est plus qu'un petit fils pour moi, j'ai l'impression de trahir ma famille...