0/ L'Eden part en éclats
Lorsqu’on investit dans une croisière, c’est avant tout pour se détendre, savourer le moment présent, et certainement pas pour assister à un homme se faire abattre d’une balle en pleine tête.
J’avais quitté la France avec l’intention de m’éloigner de la monotonie, de laisser derrière moi les souvenirs pesants qui me hantaient juste le temps de quelques vacances. Le bruit apaisant des vagues et l’air salin de l’océan semblaient promettre une renaissance, mais ce que j’avais trouvé était bien loin de l’éden que j’avais espéré.
Le bateau de croisière, majestueux et imposant, se balançait légèrement au rythme de la houle. J’étais là, sur le pont supérieur, les yeux fixés sur l’horizon infini, lorsque la symphonie des vagues fut interrompue par un son sourd et terrifiant. Un coup de feu.
Je pivotai instinctivement, cherchant l’origine de ce bruit incongru. À quelques mètres de moi, sur la terrasse inférieure, un homme s’effondrait, emportant avec lui l’innocence de ma croisière.
Sa chemise blanche se tachait rapidement de rouge, le liquide carmin se répandant comme un sombre poème sur un papier immaculé. La panique me figea l’instant d’un battement de cœur. Mon esprit, initialement imprégné de la sérénité des vagues, plongea brusquement dans une réalité brutale.
Des cris déchirants résonnaient, m’arrachant à ma torpeur. Le chaos s’installa, et le spectacle sinistre se transforma en une débandade terrifiante. Les passagers, autrefois plongés dans une quiétude apparente, se métamorphosèrent en une marée humaine agitée par la terreur. Certains cherchaient frénétiquement des abris, d’autres trébuchaient dans leur hâte de s’éloigner du danger.
Mes pieds semblaient ancrés au sol, prisonniers de l’horreur qui se déroulait devant moi. Des hurlements de terreur se répandaient dans l’atmosphère, se mêlant au cri strident des mouettes volant dans le ciel obscurci.
Mon regard se perdit parmi la foule en fuite, mais mes pensées étaient encore captives de la scène macabre. L’homme, étendu sur le sol, avait été englouti par l’émeute qui se formait à sa périphérie.
Une ombre massive s’élança du groupe en fuite, une silhouette vêtue de noir, dont le visage restait dans l’ombre de la panique environnante. Ce n’était pas difficile de déduire que cet individu était l’auteur de l’acte sinistre qui avait engendré ce mouvement de foule.
Mes jambes, enfin libérées de leur paralysie momentanée, me poussèrent à m’éloigner du point d’impact. Je me frayai un chemin à travers la marée humaine en détresse, cherchant refuge dans l’ombre des passerelles adjacentes.
Le soleil, autrefois complice de cette croisière paradisiaque, se cachait derrière un voile de nuages, comme s’il refusait d’éclairer la noirceur qui avait envahi ce coin de paradis. Quelqu’un me bouscula dans la hâte et je tombai au sol.
— Merde. Une grimace de douleur tordit mon visage suite à ma chute, et mes doigts furent écrasés par le talon d’une femme. Alors que je m’apprêtais à me redresser, mes yeux repérèrent l’assassin, figé au loin dans une immobilité terrifiante.
Puis, mes yeux croisèrent les siens.
Mon cœur se serra de peur. Il émanait une aura malsaine, une assurance délibérée qui dévoilait une certaine habitude de la violence. Nos regards se rencontrèrent, une fraction de seconde figée dans le temps, où l’obscurité de son âme se mêla à la terreur dans mes yeux.
Un sourire narquois étira alors ses lèvres, révélant une dentition d’une blancheur trompeuse. C’était un sourire qui murmurait le pouvoir et la cruauté, une déclaration silencieuse de sa supériorité sur le désordre qu’il avait engendré.
Mon instinct de survie rugit en moi. Le meurtrier se détacha de la foule en fuite, déterminé à faire de moi sa prochaine cible. Je me relevai aussi vite que j’étais tombée. Mes pieds, guidés par la peur et l’adrénaline, se mirent à courir sans réfléchir, fuyant l’ombre menaçante qui avançait tout droit dans ma direction.
Le dédale de couloirs et d’escaliers du navire de croisière devint le théâtre de ma fuite désespérée. Chaque tournant, chaque recoin, était un défi où l’inconnu pouvait se transformer en piège.
Le bruit de mes propres pas résonnait dans le corridor désert, amplifiant le battement frénétique de mon cœur.
Des portes verrouillées me barraient le chemin, laissant mon cerveau tambouriner d’anxiété à chaque échec pour trouver refuge. La terreur engourdissait mes pensées, mais une voix intérieure chuchotait que la fuite était la seule option de survie.
Subitement, une idée frappa mon esprit en ébullition. J’atteignis la zone des cabines, espérant trouver un havre de sécurité parmi les portes fermées. Mes doigts tremblants agrippèrent la poignée d’une cabine, mais la résistance me renvoya à la réalité brutale : verrouillée.
Le son de ses pas résonna derrière moi, s’approchant implacablement. La distance se réduisait à chaque seconde, comme un compte à rebours sinistre.
— Restez loin de moi ! hurlai-je, bien que ma voix trahissait une peur incontrôlable. Mon appel était accueilli par un rire dément, le meurtrier manifestant son amusement face à ma détresse.
Mon regard chercha frénétiquement une échappatoire. Les chariots abandonnés par des femmes de ménage fuyant la terreur étaient la seule arme à ma disposition. Sans réfléchir, je les balançait derrière moi, créant un obstacle temporaire entre lui et moi.
— Laissez-moi tranquille ! criai-je de nouveau, mes pieds martelant le sol du couloir dans une course désespérée.
Le rire persistant résonnait comme une mélodie cauchemardesque à mes oreilles. Mon souffle devenait saccadé, mais la rage et la peur se mêlaient pour alimenter ma détermination de continuer à courir.
Devant moi, les portes des cabines demeuraient impitoyablement fermées. Alors que mes yeux scrutaient à travers l’obscurité pour trouver une issue, un frisson d’acier glacial glissa le long de ma colonne vertébrale. Une clé, abandonnée sur l’un des chariots jetés, étincelait dans la semi-obscurité.
Sans hésiter, je me jetai vers elle, ignorant la douleur dans mes membres. Mes doigts s’enroulèrent autour de la clé, et l’espoir brilla brièvement dans mes yeux.
Les pas derrière moi s’accélérèrent, le meurtrier avançant avec une résolution effrayante. Mes doigts tremblants insérèrent la clé dans la serrure de la cabine la plus proche. Un clic salvateur résonna, ouvrant un passage vers une éventuelle évasion.
La porte grinça sur ses gonds tandis que je m’engouffrais dans la pénombre de la cabine. Sans perdre un instant, je tentai de refermer la porte derrière moi, mais la main froide et impitoyable du criminel s’insinua dans l’entrebâillement. Il me regardait à nouveau à travers une cagoule où l’on pouvait seulement voir ses yeux et sa bouche. Ses yeux noirs reflétaient une cruauté dénuée de toute empathie, et je compris que ma survie dépendrait uniquement de ma détermination à résister contre cette fichue porte.
Poussée par l’instinct de survie, je redoublai d’efforts pour refermer la porte, mes doigts glissant sur la surface froide et métallique.
Soudain, le criminel intensifia son assaut. Il poussa violemment la porte, m’ébranlant dans la cabine étroite. Une terreur indicible s’empara de moi, et des cris de frayeur se mêlaient à mes propres gémissements de lutte.
Mes mains s’agrippèrent désespérément à la porte, essayant de contenir la menace qui tentait de mettre fin à ma vie. La porte alternait dangereusement entre l’ouverture et la fermeture, comme un balancier oscillant entre la sécurité et le danger.
Un hurlement de terreur s’échappa de mes lèvres lorsque, dans un effort désespéré, l’homme parvint à pousser davantage la porte. Mes pieds dérapaient sur le sol lisse de la cabine, et non, j’allais tomber, avant que mon équilibre me rattrape.
Ok, plan B. Mes mâchoires se contractèrent brusquement autour de la main qui cherchait à s’insinuer à travers l’étroite ouverture. Un cri de douleur déchira l’air, se mêlant au son aigu de mes dents s’enfonçant dans la chair délicate.
L’intrus recula brusquement, un grognement de frustration trahissant sa surprise. Dans un dernier élan de désespoir, je lançai toute ma force dans un coup désordonné et spontané. La porte claquait sur son bras, une fois, deux fois, une série de claques désespérées.
La douleur semblait avoir secoué momentanément sa détermination. Il libéra sa prise, reculant sous l’impact répété de la porte contre son bras. C’était ma chance.
Dans un élan frénétique, je forçai la porte de toutes mes forces et parvins à la verrouiller enfin. Le silence tomba, remplacé par mon souffle court et le sang qui palpitait dans mes oreilles. La lueur de détermination dans mes yeux s’estompa progressivement, laissant place à l’épuisement et à la réalité impitoyable de ma situation. J’ai frôlé la mort.
Mon genou heurta le sol avec un impact sourd, mes mains glissant le long de la porte. La douleur embrasa mes membres, une brûlure sourde qui se mêla à la peur insidieuse. Mon souffle devenait saccadé, laissant place à un vertige menaçant.
Mon corps, épuisé par l’effort frénétique de la course, succomba à la noirceur qui montait. Mes paupières s’alourdirent, laissant place à une obscurité impitoyable.
Et puis, le silence s’allongeait. Un silence opaque, où la menace était suspendue dans l’air.
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Bienvenue à bord passagers, voici le prologue de ma première histoire : Crimson Waves!
J’ai eu l’idée hier soir, vers trois heures du matin, et je me suis dis “mais eh pourquoi pas??” et HERE I AM!!!
J’espère que ça vous aura plu, ce roman sera une dark romance, mais avec quand même un peu d’humour comme le premier chapitre qui n’aura pas du tout la même ambiance que ce prologue, mais il y en aura pour tout le monde : un peu d’humour, un peu de dark romance.
J’ai toujours écrit des romans que je voulais lire avant de vouloir écrire, alors j’espère que ça vous plaira autant que ça me plaît.
Prochaine escale : Le chapitre 1 mercredi prochain!








