L'appel

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Summary

Une jeune femme du nom de Roséliane, rencontre sa destinée.

Status
Complete
Chapters
1
Rating
n/a
Age Rating
16+

L'appel

Peu importe où ce chemin te mènera... Tu ne peux échapper à ton destin plus longtemps.


Roséliane court à en perdre haleine, l’écho de ses pas résonnant dans les rues sombres et pavées de cette ville qui l’a vue grandir. Court-elle pour fuir, ou au contraire pour atteindre un objectif ? Elle-même ne saurait répondre précisément à cette question, tout se mélange dans son esprit, un torrent de pensées empêchant toute réflexion clairement construite.


Cours Roséliane, plus vite...


Son pouls se fait plus rapide, et un sourire mystérieux apparaît sur ses lèvres fines et rosées.


Le sourire des âmes perdues ?


Un coup supplémentaire, c’était le coup de trop dont elle a été témoin. La lâcheté d’un homme qui frappe sa femme, une mère, devant sa propre fille. La jeune femme, à peine majeure, a assisté à des dizaines de scènes similaires, le dégoût et la crainte des hommes est devenu pour elle quelque chose de naturel. Elle se sent triste, si triste pour sa mère, prisonnière d’un amour destructeur. Elle se sent triste pour elle-même également, de ne pouvoir changer les choses.


Aujourd’hui les choses peuvent changer, et tu le sais.


En lieu et place d’une quelconque réflexion, c’est l’émotion qui avait parlé ; l’espoir, peut-être ? Elle était sortie en trombe de l’appartement, avait dévalé les marches d’un pas rapide et assuré, poursuivant un chemin dont elle n’avait pas conscience et qui pourtant lui semblait familier.


Tes atours sont dignes d’un mariage prochainement scellé.


Elle court toujours, sans s’arrêter ni hésiter une seule seconde. En une dizaine de minutes, elle est à l’entrée du village mais elle ne prend pas le temps d’observer le paysage : son but l’appelle. Roséliane s’engouffre dans la forêt illuminée par la Lune et les milliers d’étoiles scintillant dans le ciel. La jeune femme sent l’herbe caresser ses jambes à travers ses collants, comme si la flore alentours lui susurrait des paroles d’encouragement. Elle pourrait croiser le chemin d’une bête sauvage, ou même d’un détraqué prêt à la démembrer en jubilant, mais ces possibilités ne font pas partie de ses préoccupations sur le moment.


Il faut que je la retrouve.


Ce soir est le grand soir, elle le ressent tout à coup comme une évidence, la plus grande évidence de sa vie. Elle ignore son nom, ses origines, cependant elle sait qu’elle connaît jusqu’à l’essence même de cette femme qu’elle voit chaque soir en rêve. Le temps est venu de la rejoindre.

A bout de souffle, Roséliane ralentit le pas pour reprendre des forces, ses longs cheveux noirs encadrant son visage pâle aux traits fins. Après quelques secondes de répit, elle reprend sa route plus lentement, consciente qu’elle est proche de son objectif.

Elle ne saurait expliquer à quiconque l’origine de son ressenti, de ses certitudes quant à cette étrangère qu’elle n’a jamais vue en réalité, mais rien ne semble plus évident à son cœur. La jeune femme arrive aux abords de la falaise surplombant son village : de là où elle se trouve elle peut apercevoir la maison de ses parents, avec ses petites fenêtres illuminées. Le conflit est-il fini à présent entre eux ? Roséliane l’espère, mais elle sait qu’il y en aura d’autres...


Je ne suis pas obligée de vivre ainsi... Je l’entends qui m’appelle. Il est temps.


Elle aperçoit un nuage brumeux s’élever lentement au-dessus de la falaise, laissant entrevoir après quelques secondes les traits d’un visage féminin. Il ne lui faut qu’un instant pour reconnaître cette femme... Celle qu’elle rencontre toutes les nuits en rêve. La brume dévoile peu à peu sa longue chevelure blonde ondulée, puis les pans de sa robe ample lui arrivant aux chevilles. L’étrangère irradie un sentiment de confiance et de sérénité tel que Roséliane n’en a jamais ressenti auparavant.


« Tu m’attendais... »


En guise de réponse, l’apparition ouvre lentement ses bras, comme une invitation à une étreinte d’amour sacré.


Tu ne seras plus jamais seule.


Ces mots résonnent dans l’esprit de Roséliane, cependant elle sait que ce n’est pas elle qui les a formulés. Le lien entre les deux femmes se tisse, le contact est créé. Elle sait ce qui va se passer, mais elle n’a pas peur. Jamais dans sa vie, avant ce moment, elle n’a ressenti une telle confiance et un tel amour pour quelqu’un. Il est temps : elle se met à courir en direction de sa bien-aimée, ressentant chaque instant comme au ralenti. Ses pas foulant l’herbe, rencontrant le vide... puis, la chute.


Tu ne mourras pas.


Elle le sait. L’amour, jamais, ne meurt.