Chapitre 1
COLLEEN
C’est une journée banale parmi tant d’autres pour moi à la boutique.
Musique en fond, du vieux rock et de l’actuel. Entre deux clients, je me prends à rêvasser sur toutes les modifications que nous avons apportées entre ces murs. Elle a un côté rustique authentique. Les murs sont en briques et des cagettes en bois y sont accrochées, dans lesquelles sont posés quatre rangés de trois bocaux de Whisky. Le comptoir a été fabriqué sur quatre fûts en bois. D’autres barils traînent par-ci par-là, dans la boutique, dessus sont disposées différentes sortes d’alcools. L’ambiance est légèrement tamisée par une lumière chaude. Les affichettes de prix sont faites à partir d’anciennes chutes d’écorces de bois trouvées en me baladant. Une étagère derrière le comptoir sur lequel se trouvent toutes sortes de verres pour tous budgets.
Je vais maintenant vous parler du whisky que je vends, celui que ma famille fabrique à Tybee Island. C’est un whisky de Maïs, on le trouve généralement sous le nom de “Georgia Moon”. Ce fin breuvage est transparent, mis en bouteille de façon traditionnelle : dans un bocal comme celui que nos grands-mères utilisaient pour conserver les cornichons ou autres légumes. C’est le précurseur et le cousin germain du bourbon. La raison pour laquelle il n’est pas brun comme les autres, c’est qu’il n’a jamais été en contact avec le bois. C’est l’alcool de Maïs non vieilli en fût. L’avantage qu’il nous apporte : comprendre ce que buvaient les bons vieux sudistes et ce que le vieillissement en fût apporte au distillat.
Client : Bonjour Mademoiselle, j’aimerais savoir les caractéristiques de votre Whiskey. Je voudrais en offrir une bouteille pour l’anniversaire de mon père.
Colleen : Bonjour Monsieur, bienvenue au Whiskey Stella. Alors notre Whiskey, en odeur, on peut sentir le popcorn et les céréales cuites, sentez, dis-je en tendant le bocal au client. En bouche d’abord, c’est doux et rond, dis-je en lui préparant un verre de dégustation. Puis, nous sentons quelques notes d’épices et apparaissent celles de la noix de coco un peu grasse, continuè-je en lui tendant le verre. C’est une qualité pour notre Whiskey.
Je lui fais signe de prendre une gorgée et je continue avec un peu d’humour.
Colleen : Et au final, cela disparaît aussi vite que les contrebandiers lors d’une descente de police.
Client : Eh bien, si tous les vendeurs vendaient leurs marchandises avec autant d’implications et de sincérité, on achèterait tout.
Colleen : Désolée, parfois, j’ai tendance à m’emballer un peu.
Client : Non, non... c’est agréable de voir des personnes motivées et cultivées sur le produit vendu. Vous m’avez convaincu. Je vous dois combien ?
Colleen : Alors pour le bocal de septante centilitres, cela fera quarante-six dollars soixante-deux.
Client : Voilà et merci beaucoup pour le paquet-cadeau, au revoir et à bientôt mademoiselle.
Colleen : Merci à vous, en espérant que cela plaise à votre père. Bonne fin de journée.
Je regarde ma montre et je constate que je ferme dans une demi-heure. La journée sera passée calmement pour une fois. Je commence à remettre le stock de bocaux sur les divers présentoirs quand j’entends la clochette du magasin. Je sens les poils de ma nuque se dresser et je sais qui est là. Ce connard d’agent immobilier snobinard sur les bords. Winston. Je range le dernier bocal que j’ai dans les mains et me dirige directement derrière mon comptoir pour avoir un espace de sécurité entre lui et moi.
Colleen : Que me voulez-vous ?
Winston : Comme toujours un dîner avec toi.
Colleen : Ma réponse est et restera la même Monsieur. C’est un non définitif.
Winston : Colleen, ma jolie Colleen, un jour, tu seras mienne, que tu le veuilles ou non.
Je commence à bouillonner sur place, je sens monter la colère d’un coup. Il se prend pour qui ce vieux rat ? Mais je n’ai pas le temps de répondre que mon frère intervient.
Keith : Il me semble que ma sœur a été claire plus d’une fois avec vous. Alors maintenant, dégagez de là avant que ce soit moi qui le fasse.
Winston : Ma jolie fille, tu ne seras pas toujours défendue, dit-il en ignorant délibérément mon frangin et en me fixant de son regard vicieux et pervers.
Il repart tranquillement de la boutique en sifflotant. Et je souffle de soulagement. Je rejoins ma moitié et je le serre fort dans mes bras. Il me dégoûte ce type. Rien de chez lui n’est gracieux, il me répugne.
Keith : Ça va aller ma chérie, je te le promets.
Colleen : Je n’en peux plus, frangin, il me fatigue ce vieux dégoûtant. Il me donne envie de vomir à chaque fois que je le vois.
Keith : Je sais ma belle, je sais. Bon allez, ferme la boutique, ton Roméo nous attend.
Colleen : Ahahah, si seulement Rodney pouvait voir en moi autre chose que ta sœur, soufflè-je.
Keith éclate de rire et moi, je ferme la boutique. Nous allons ensuite dans le bar officiel du club ” The Moon ” qui se trouve à côté de ma boutique sur Skidaway Rd au coin de la rue avec la E 42nd ST à Savannah. Le gérant, notre oncle Joë, est juste génial, bien qu’une grande souffrance sommeille en lui depuis la perte de sa moitié, tuée lors d’une attaque d’un club ennemi. Dans ce bar, il y a mis toute son âme, son histoire. J’adore admirer son travail, il a fait un bon boulot avec des touches de moderne et du plus vieux.
Le comptoir est en bois, les tabourets de bar sont faits dans un acier industriel. La déco est simple, mais efficace. Des affiches par-ci par-là, comme il fait aussi partie de l’univers du club, il en a quelques-unes sur les murs en briques et une en réplique en verre entre ses bouteilles mises en valeurs dans la vitrine derrière le bar. Du bon vieux rock en fond sonore, c’est vraiment un chouette bar. Je m’y sens comme chez moi. Nous approchons du comptoir et je dépose un bisou sur la joue de Joë et on discute un peu. Je cherche du regard Rodney et je vois qu’il discute avec un membre du club. J’irai le voir plus tard. Je regarde la clientèle présente ce soir et je remarque ces deux jeunes qui squattent souvent et qui doivent avoir plus ou moins notre âge. Ils rient aux éclats, ça fait toujours plaisir à voir. Une petite partie des membres des The Sound Of Silence est présente, mais il est encore tôt pour que le bar soit plein.
Je reviens à moi quand Joë dépose nos boissons habituelles devant nous. Je sens quelqu’un derrière moi et je n’ai pas besoin de me retourner pour savoir que c’est Rodney. Un bisou dans mes cheveux en guise de bonjour, comme d’habitude finit par arriver, et je rougis comme à chaque fois. Je me retourne avec mon plus beau sourire et je lui embrasse la joue comme à l’accoutumée.
Colleen : Hey beau gosse, comment ça va ? lui demandè-je joyeusement.
Rodney : Hey, dis-moi Colleen, ce soir, tu fais quelque chose ?
Colleen : Heu non rien, pourquoi ?
Rodney : Bah maintenant, tu es occupée, je t’emmène quelque part, m'informe-t-il en souriant.
Rodney : Ah heu oh d’accord, réponds-je en rougissant.
En regardant en direction de mon frère, je remarque qu’il est mort de rire et d’un coup reprend son sérieux.
Keith : Il est encore revenu, l’autre agent immobilier de mes noix.
Rodney : Putain ! Il fait chier lui aussi.
Colleen : À qui, le dites-vous. Bon, ce n’est pas ça, mais je n’ai pas envie de penser à lui, donc si on peut changer de sujet, ça m’arrangerait.
Rodney et mon frère hochent la tête simultanément et se lancent un regard qui dit ” on en reparlera plus tard “.
Keith: Alors, tu emmènes où ma sœur ?
Rodney : J’ai bien une réponse, mais tu ne risques pas d’apprécier, dit-il en riant.
Keith : Roh, allez dis-moi, je suis curieux.
Rodney : Bien, tu l’auras voulu... Dans ton cul.
Colleen : Hum, pas sûr d’avoir envie d’y aller moi dans son cul, déclarè-je en riant. Pire qu’une commère celui-là, on dirait les petites mamies qui viennent dans ma boutique demander les potins du jour.
Rod’ et moi éclatons de rire à la tête surprise de mon frangin, qui se met aussitôt à bouder comme un sale gosse de deux ans. Et dire que c’est lui l’aîné de nous deux. Je vous jure.
Rodney : Tu veux rentrer avant notre balade ou c’est bon comme ça ?
Colleen : À toi de me le dire Rod’
Rodney : Pour moi, tu es parfaite ainsi.
Colleen : Alors let’s go, on laisse les enfants à tonton Joë ce soir. m'exclamè-je en montrant mon frangin de la tête.
Il me tire la langue et part rejoindre les membres du club qui sont dans le bar, sous leurs rires moqueurs.
Je sors du bar après un au revoir de la main à mon oncle et aux autres membres, et Rodney me suit de près. Quand il me montre de sa tête son Hard tail, j’ai un moment de doute. Je ne suis jamais montée derrière lui, pas que je n’ai pas confiance en lui, loin de là, mais les bikers ont une règle simple pour les passagers : seulement les régulières, les frères et sœurs de sang ou leurs gamins. Je le regarde en fronçant les sourcils pour lui faire comprendre que je ne capte pas, quand il sort mon casque de, je ne sais où et me le tend avec un sourire en coin, je suis encore plus perdue.
Rodney : Tu me fais confiance ma belle ? me demande-t-il sérieusement.
Colleen : Toujours, lui réponds-je en souriant de plus belle.
Rodney : Alors monte ma belle.
J’enfile mon perfecto, mon casque et je grimpe derrière lui. Je passe mes bras autour de son ventre quand je le sens se tendre légèrement. Je profite de ce trajet pour me vider la tête, je reconnais la route pour revenir à Tybee Island, mais il ne s’arrête pas au club. Nous continuons jusqu’à la plage.
Il se gare au Chatham Ave. Beach Access, nous sommes vraiment à la fin de Tybee Island et nous marchons jusqu’à Tybee Island Ga Brass Anchor Tatooes. Nous nous baladons sur la plage jusqu’à trouver une petite paillote de plage où sont servis de merveilleux mets de poissons, fruits de mer, etc. Nous partons nous balader et plus le temps passe, plus, je le sens tendu.
Rodney : Colleen, hum, tu sais que je ne prends jamais personne derrière moi, car notre règle est sacrée. Argh, putain, on dirait un ado qui essaye d’avouer une connerie à ses parents, s’énerve-t-il.
Colleen : Hey, calme-toi ok, respire un bon coup, détends-toi. C’est juste moi, informé-je en riant.
Rodney : Oui, excuse-moi, mais c’est justement parce que c’est toi que c’est compliqué. Cela fait des années que je me refuse quelque chose et je n’y arrive plus Colleen.
Colleen : Dis-moi ? l'interrogè-je anxieuse.
Rodney : J’ai la trouille ma belle, mais je vais te le montrer plutôt.
Il prend mon visage entre ses mains, il caresse mes joues avec ses pouces. Je me sens rougir aussi comme une ado. Les papillons dans le ventre, je cherche son regard que je trouve vite en train de me fixer. Je ne sais plus qui a fait le premier pas, mais notre premier baiser est enfin arrivé.