CHAPITRE 1 : Révélations
Ella Martin
— Louane, ma puce.. Laisse-moi t’expliquer..
— Non … NON !!! Ne m’approchez pas, ce n’est pas possible, ma mère .. Ma mère est morte !!!
Louane se recule, mon cœur de maman saigne de lui avoir fait autant de mal, et de lui faire vivre tout ça .. Mais je n’avais pas le choix..
— Mon cœur .. Laisse-moi t’expliquer s’il te plaît, c’est bien moi, s’il te plaît, laisses moi te prendre dans mes bras, mon bébé... Pardon, pardon de t’avoir fait endurer tout ça, mais c’était la dernière solution avant .. Avant qu’un drame n’arrive.
Ma fille ne me répond pas, elle est en état de choc. En même temps .. J’ai essayé de me préparer au mieux à ce moment, mais comment expliquer à sa fille, qu’on lui a brisé le cœur, qu’on l’a amochée, qu’on lui a fait vivre le pire ..
— Louane, je pense que tu devrais laisser ta maman s’expliquer..
— Ne vous avisez pas de vous en mêler, alors c’était comment hein ? De voir une pauvre fille malheureuse alors que vous saviez, putain, vous le saviez que ma mère était encore en vie !!
— Lou ..
— Non, James ! J’en ai marre !! Tu vas la défendre encore peut-être ?
— Non Lou.. Mais je pense que tu devrais te calmer et laisser ta mère s’expliquer, on peut lui laisser une chance de s’expliquer non ?
— Pfff, fais comme tu veux, moi en tout cas, je me barre.
Je me précipite vers ma fille et l’attrape par le bras.
— Ma puce, s’il te plaît ne pars pas, j’attends ce moment depuis une année déjà, je sais que tu ne me pardonneras jamais, mais je t’en supplie, écoute-moi, restes là, viens dans mes bras.
J’attrape ma fille et la serre le plus fort possible dans mes bras, sans m’en rendre compte, mes joues se retrouvent inondées de larmes, je sens Louane s’effondrer dans mes bras. Je lui caresse ses cheveux et la balance dans mes bras, notre petit « rituel » à nous ..
— Mon bébé...
— Comment .. Comment tu as pu me faire ça maman ..
— Viens avec moi, on va se poser un petit peu et je te raconte tout, Maude, tu pourrais lui servir un verre d’eau s’il te plaît ?
— Oui bien sûr, James, viens avec moi, on va faire un tour, je pense qu’elles ont besoins de rester seules toutes les deux.
— Non, je ne laisserai pas Lou.
— James …
— Non ! Tu m’as caché tout ça maman, comment tu as pu cautionner ça ? Ce n’est pas parce que je ne dis rien que je ne suis pas autant perdu et en colère que Lou.
— James, c’est admirable de ta part, je suis vraiment contente que ma fille soit tombée sur quelqu’un comme toi, mais j’ai vraiment besoin de parler seule à seule avec ma fille, je te la rends après, c’est promis.
C’est vrai, toute cette année, j’ai gardé un œil sur ma fille, et je dois le reconnaître, je n’ai jamais vu ma fille aussi belle, aussi lumineuse et aussi heureuse que depuis sa rencontre avec ce garçon qui a l’air tout autant amoureux d’elle.
— Lou ..
— James, tu peux y aller .. Je .. Je dois parler avec ma mère.
Lorsque Maude et son fils partent, il y a un moment de silence, Louane garde la tête baissée face à moi. Puis, soudain, elle se redresse et me lance :
— Bon, tu comptes m’expliquer pourquoi tu t’es faite passer pour morte aux yeux de ta famille ? Pourquoi tu t’es décidée du jour au lendemain à briser mon cœur ? Et ma vie ?
— Ce n’était pas le but, je te jure que j’ai fait ça pour ton bien et le mien, ça ne pouvait plus durer. Je sais que tu aimes énormément ton père, je serai toujours reconnaissante envers lui de t’avoir eu, tu es la plus belle chose de ma vie, n’en doute jamais.
Je m’arrête un instant, le temps pour moi de souffler un coup afin d’avoir l’esprit le plus clair possible.
— Mon cœur .. Tout a commencé en 1990, ton père et moi nous nous sommes rencontrés lors d’une fête, le coup de foudre .. Tout était parfait, je venais de perdre mes parents et il est arrivé comme un ange dans ma vie, il m’a récupérée en miette et m’a relevée. Lorsque j’ai rencontré tes grands-parents paternels, ta grand-mère m’a prise à part pour me parler de ton père, enfin.. Pour me mettre en garde contre lui. En effet, elle s’inquiétait de me savoir avec lui, il n’avait que des coups d’un soir auparavant, et, ça s’est souvent mal terminé. Même chez eux, il commençait déjà à devenir violent, il lui arrivait fréquemment d’en arriver aux mains avec ton grand-père et plus d’une fois, il bousculait ta grand-mère. Je ne l’ai bien évidement pas cru .. L’inconscience, l’amour, la stupidité ? Malgré tout ça, nous nous sommes mariés. Et c’est là .. C’est à ce moment-là que son vrai visage a commencé à se montrer. C’était des petites réflexions par-ci, des mouvements un peu brusques par là, des disputes qui partaient de plus en plus loin..
— Donc, ton mec te frappe, et tu décides quand même de rester avec lui et en plus d’avoir un enfant ? T’as pensé un peu à ce qu’il aurait pu me faire ? Pourquoi tu n’est pas parti avant !
— Louane .. Ne me juge pas, tu ne peux pas comprendre. J’étais amoureuse, c’était, du moins je le pensais, mon grand amour, et puis je ne regrette en aucun cas d’être restée, si jamais j’étais partie, je n’aurais jamais eu la petite fille exceptionnelle que tu es. J’étais déjà sous son emprise, je n’avais plus de famille, mes parents étaient morts, mes grands-parents aussi, j’étais fille unique, peu à peu, il a réussi à faire le vide autour de moi, je n’avais plus d’amis, plus personne, sauf .. Lui. Lorsque tu es née, la fatigue qu’apporte un nourrisson n’a pas aidée.. Lorsque tu pleurais, je devais vite te faire taire sinon ton père se mettait dans une colère monstre, je ne voulais pas que tu ressentes tout ça alors, je partais dans une autre pièce m’enfermais jusqu’à-ce que j’arrive à te calmer, sauf qu’après, il ne décoléra pas, il ne s’en prenait jamais à toi, mais moi, il commençait à m’insulter, à me dire que si tu pleurais, c’était à cause de moi, car j’étais qu’une grosse merde, que j’étais une mère de merde, une femme de merde.. Enfin, je te passe certains détails. Plus tu grandissais, plus ton père devenait violent, plus j’avais peur qu’un jour, il juge que tu étais assez grande pour recevoir toute cette violence toi aussi.. J’ai essayé de le quitter plus d’une fois, j’avais même repris contact en cachette avec ta grand-mère, mais il l’a découvert et ce jour-là.. Je n’ai jamais eu autant peur pour ma vie. Par la suite, j’ai rencontré Jeanne, Thierry m’avait parlée un jour que la dame du dessus avait besoin de quelqu’un pour faire le ménage chez elle, et aussi qu’elle était très seule et qu’elle avait besoin de compagnie, j’ai alors accepté, au plus j’étais à l’extérieur, au plus j’étais en sécurité, et puis au moins, ton père n’avait rien à redire, il m’a fait souvent changer d’employeur, car il pensait que je le trompais avec eux, là une vieille dame seule, aucun risque..
— Maman.. Je suis tellement désolée.. Comment j’ai fait pour ne rien voir, j’ai l’impression d’avoir grandi avec un filtre devant les yeux, que ma réalité n’est pas la vraie réalité..
Soudain, ma fille fond en larme. Je la prends dans mes bras et la serre le plus fort possible, je m’en veux énormément, je ne voulais vraiment pas qu’elle sache tout ça un jour, ça ne la concerne pas, et elle ne mérite pas de pleurer pour ces histoires.. C’est mon combat, pas le sien.
— Parce que j’ai toujours tout fait pour que tu grandisses dans les meilleures conditions possibles, je cachais beaucoup de choses, j’enjolivais d’autres choses aussi... Et puis, ton père était très fort pour cacher son vrai visage face aux autres. Il est un manipulateur hors pair. Vu de l’extérieur, on était le couple parfait, la famille parfaite, mais seulement de l’extérieur.
— Mais .. Papa.. Il est au courant que ..
— Que je suis en vie ? Bien sûr que non, sinon je pense qu’il m’aurait déjà tuée de ses propres mains.
— Comment.. Comment l’idée de te faire passer pour morte a pu venir dans un esprit ? Comment tu as fait ..
— Comme je te l’expliquais ma puce, j’ai rencontré Jeanne, tu la connais, il ne lui aura fallu que quelques minutes pour savoir ce qu’il se passait à la maison, même si j’essayais de cacher au mieux les marques sur mon corps, Jeanne a déjà vécu ça, son ex-mari la battait aussi, et en un regard, elle a tout compris. Je ne la remercierais jamais assez, elle m’a sauvée la vie, et je lui serais à jamais reconnaissante d’avoir pris soin de mon bébé lorsque je ne pouvais plus le faire. Louane, je mourrais d’envie d’être avec toi, de te serrer dans mes bras et sécher tes larmes, mais je devais disparaître .. Ton père devenait de plus en plus violent, et, un jour, il a failli me tuer, je n’étais pas loin de succomber et ses mots, je me le rappellerais toute ma vie : «Tu as de la chance sale pute, aujourd’hui, je t’épargne, mais, la prochaine fois, tu es morte, et ta fille aussi ». C’était la sonnette d’alarme pour moi. Jeanne m’avait souvent hébergée lorsque ton père buvait un peu trop ou qu’il s’emportait, je prenais nos affaires et on allait chez elle, je te disais que c’était des weeks-ends entre fille, mais en réalité, c’était surtout pour t’éloigner de toute cette violence.
Lou ne me répond pas, elle est recroquevillée sur elle-même. Puis, elle lève ses yeux humides vers moi. Son regard me brise le cœur. Pauvre enfant, elle ne mérite pas tout ça..
— Et .. Et Maude ? Quel est le rapport avec elle ?
— Jeanne..
Je souris un instant, cette femme m’a vraiment sauvée la vie, elle est vraiment fantastique, heureusement qu’elle était là, sinon je ne préfère pas imaginer ce qu’il se serait passé.
— Lorsque Jeanne a divorcée de son mari, elle est allée voir une assistante sociale.. Qui n’est autre que Maude. Elle a été géniale et a aidé Jeanne du mieux qu’elle a pu, et, c’est comme ça qu’elle nous a mis en contacte toute les deux. Au début, j’ai refusé, tout ceci devenait concret, j’avais peur .. Peur de ne pas réussir à le quitter, peur qu’il ne me fasse et surtout qu’il ne TE fasse du mal, peur de ne pas m’en sortir seule avec toi et de ne pas réussir à t’offrir un mode de vie sain. Enfin bon.. Petit à petit Jeanne a su me convaincre et a organisé un rendez-vous. Maude m’a immédiatement mise en confiance, elle était à l’écoute, douce et notamment rassurante. Je lui ai tout raconté, par la suite, elle m’a proposée plusieurs « plans d’actions », le divorce, porter plainte contre ton père, mettre en place une mesure d’éloignement. Mais tout ça .. Tout ça n’aurait jamais empêché ton père de nous retrouver. Je l’avais menacée plusieurs fois de le quitter.. Et dans ces moments-là il essayait de se rattraper, c’est pour ça que le week-end, il allait m’acheter des viennoiseries à la boulangerie ou des fleurs.. Il pensait vraiment qu’en faisant tout ça, et en plus devant toi, je n’aurai pas le courage de le quitter.
— C’est donc pour ça que j’étais devenue sa petite « chouquette »... Tout n’était que manipulation.. Il me dégoûte putain !
— Ne parle pas comme ça Lou ..
Louane se lève brusquement.
— « Ne parle pas comme ça Lou » Putain, mais je rêve ou quoi ? Tu te rends compte quand même que je pensais avoir eu une vie, une enfance de rêve, avec des parents aimants, un papa aux petits soins de sa fille, un mari qui aimait énormément sa femme et tu me racontes tout ça !
— Je comprends ton choc mon cœur, réellement, mais détrompe toi, tu as eu des parents aimants, même si les derniers temps.. Enfin voilà.. Ton père t’a toujours aimée, tu étais sa petite fille malgré tout, et tu as toujours été mon cœur, ma raison de vivre..
Mais ma fille ne tiens plus, elle se lève et prend la fuite. J’attendais ce moment depuis tellement de temps, un an a voir souffrir mon enfant.. J’avais déjà imaginé nos retrouvailles.. Thierry qui serait enfin tombé pour tout le mal qu’il a causé et moi retrouvant mon bébé en la serrant fort dans mes bras. Mais la réalité m’a très vite rattrapée. J’espère juste qu’elle me pardonnera et qu’elle ne dévoilera pas tout à son père, sinon s’en est fini pour moi..