DRIVE OR DIE

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Summary

Rouler ou mourir ?! Pour Harley, dit H, la question ne se posait même pas. C'était roulé de toute évidence. Jusqu'à ce qu'elle perde C et qu'on la fasse passer pour morte, après l'avoir enfermée dans un institut spécialisé pendant six longues années. À sa sortie, elle se retrouve dans l'obligation de devoir vivre en colocation avec son frère jumeau Nick Stuart. Un frère, qui ne l’a jamais soutenue. Ce dernier doit tout faire pour que l'identité de Harley reste un secret. H, la pilote redoutable qui dévore les virages comme une fusée, que tout le monde voulait défier. Une colocation qui s'annonce infernale et explosive entre les deux jumeaux. Ajouter, deux autres hommes, dont un, abonné absent. Et cela donne un cocktail Molotov aussi explosif que la bombe d'Hiroshima. Harley va devoir survivre à cette vie sans C. Mais, sa rencontre avec celui qu'elle nomme S, la bouleversera plus qu'elle ne l'aurait pensée. Ce pilote de course remarquable réanimera en elle des souvenirs aussi douloureux que merveilleux. Un simple hasard ou un destin guidé ? Un soir, elle se retrouvera à devoir faire un choix. Rouler à nouveau pour le retrouver, ou perdre ce nouveau goût de la vie qu'il lui fait ressentir. Harley va-t-elle finir par faire son deuil, rouler à nouveau, devenant la première rivale de ce pilote remarquable ? Et si la mort de C, n'était pas accidentelle ?

Status
Complete
Chapters
46
Rating
5.0 23 reviews
Age Rating
18+

Chapitre 1 - Harley

Bagage en main Voilà plus d’une heure et trente-cinq minutes que je marche, je m’approche de l’immeuble, mes yeux montent et descendent sur la gigantesque façade ornée de plantes grimpantes, ça ne ressemble en rien de l’endroit, d’où je viens.

⸻ Putain de merde ! m’exclamé je.

Il faut dire ce qui est, notre tante à vraiment bien chouchouté le faux jumeau, ça me donne la gerbe, même au-delà de nos vingt-six ans, il reste son petit protégé contrairement à moi. Cette simple pensée me fait serrer les poings.

Pas que je sois jalouse, loin de là. Mais plutôt écœuré de voir la manière dont nous avons été traités différemment.

Peut-être parce que j’étais trop instable pour elle, voire dangereuse pour ses affaires.

Ça ne fait aucun doute.

J’aurai mieux fait de prendre le prochain vol pour partir loin d’ici, loin de tout.

J’ai tout de même réussi à décaler mon arrivée de quarante-huit heures. À tous les coups, ce retard va m’attirer les foudres de mon imbécile de frangin.

Mes yeux se posent sur ma gourmette, je sens ma poitrine se serrer me rappelant, à quel point il me manque, à quel point je suis dévastée sans lui, mes épaules s’affaissent chaque fois que je me perds sur son or blanc sur les sept lettres qui compose son prénom, ressentant le fardeau de mon cœur qui continue de souffrir de son absence.

J’inspire un grand coup pour me donner toute la force mentale d’affronter cette nouvelle vie qui a un goût fade.

⸻ Allez, Harley, c’est pour ton bien ! dis-je en souriant faussement.

J’essaye de me convaincre et pourtant je trouve toujours cette idée complètement conne.

Six ans, depuis la dernière fois que j’ai vu mon faux jumeau. Je suis même sûre qu’il n’a jamais parlé de moi à ses potes, trop honteux d’avoir une sœur qui sort de quatre ans de psychiatrie, en plus d’avoir survécu deux ans dans un centre de désintox.

J’ai conscience qu’une fois franchit la porte, c’est tout le poids de mon passé qui reviendra à la charge, laissant la honte s’enrouler autour de mon âme déjà fragilisée.

À présent, je suis clean, mais mon cœur. Lui, est toujours aussi éteint, mais ça, personne ne le sait.

Les médecins ont jugé que je pouvais sortir, parce qu’à leurs yeux j’étais apte à reprendre une vie sociale, heureusement qu’ils n’ont pas la possibilité de rentrer dans mon âme sinon je serai encore enfermer dans cette chambre blanche qui ne posséder qu’un lit et une étagère en PVC pour ranger le peu de vêtements à ma taille.

La seule condition : Maggie, ma tante. Avait l’obligation de mettre en place pour mon retour, un environnement stable. Je cite, « ne doit pas être seule, durant ses nuits tout comme ses journées hors scolarité comprise, loin de toutes ses addictions dont elle a eu du mal à sans défaire », voilà le pourquoi je me retrouve ici.

Une coloc avec mon frère et un de ces potes.

Génial !

Je secoue la tête déjà agacée de cette fabuleuse colocation qui m’attend.

Mes Docs entre mes doigts, ma valise de l’autre, j’inspire un grand coup avant de pousser la porte d’un coup de pied. L’odeur âcre de la javel déclenche sur mon visage une grimace qui résonne dans les couloirs de ma mémoire, me remémorant toutes ces fois où le sang de l’un d’entre nous dégoulinait sur le sol. Je me perds sur l’encre noire qui recouvre chacune de mes chutes après l’avoir perdu, pour laisser place au moment de ma vie qui me rendait heureuse, puis redirige mon attention sur les escaliers puis l’ascenseur.

Pas besoin de réfléchir longtemps, à mes yeux l’ascenseur représente une transition rapide. Passer de la tristesse à la joie sans en ressentir les effets, contrairement aux escaliers qui vous ramènent d’étage en étage. À mes yeux, chaque niveau représente une phase, un moment de ma vie qui m’a conduit jusqu’ici par obligation, parce que je suis instable mentalement. J’opte pour les escaliers sans plus réfléchir, même après autant de kilomètres, je ne suis pas encore assez calme pour me presser à la porte de mon gentleman, d’égoïste frère, mais aussi d’un putain de lâcheur.

J’empoigne ma valise et commence à monter une marche après l’autre.

Je compte... Compter m’aide à respirer, je m’arrête entre chaque étage me remémorant chaque année passée sans C, chacun de ses anniversaires que j’ai loupés, comme la date de son décès qui me rappelle que bientôt une année, s’ajoutera parmi tant d’autres à venir.

À l’avant-dernier étage, je finis par penser à mon frère Je me demande ce qu’il est devenu, s’il a réussi à réaliser son rêve, devenir le meilleur lanceur de baballe au point de faire chavirer le cœur des gonzesses, contrairement à moi qui ne savait que vivre des interdits de la vie sans jamais savoir ce que j’aurais voulu être plus tard, encore aujourd’hui.

Surtout aujourd’hui.

Plus je compte, plus je sens mon cœur battre à toute vitesse, six ans, bordel.

Pourquoi, il a fallu que notre tante m’envoie ici ?

J’aurai préféré une chambre sur le campus, mais au vu des rumeurs, elle a trop peur que la petite faible que je suis à ses yeux de sorcière, replonge.

Comme ci, j’étais schizo au point de vouloir remettre un pied dans ce putain d’enfer.

Hors de question que je subis de nouveau leurs horreurs.

Le voyage, à la fois physique et métaphorique, s’arrête brusquement alors que mon corps se fige sur place. La prise de conscience s’installe, la destination est atteinte.

Trente-quatre pas délibérés m’ont conduit jusqu’à l’imposante porte en bois qui s’élève comme le seuil symbolique de six ans d’éloignement.

Mon regard s’attarde sur la porte, dont la surface granuleuse semble supporter le poids des années de séparation.

Une pensée me traverse l’esprit : peut-être devrai-je faire ces trente-quatre pas en arrière, puis les remonter.

Comme par une incantation magique, la porte pourrait s’ouvrir à mon retour. Pourtant, un scepticisme subtil persiste, une croyance que si le destin résidait derrière cette porte, il aurait déjà cédé au passage du temps et des pas.

Vie de merde.

J’inspire un grand coup et frappe d’un coup sec, assez puissant afin que je n’aie pas besoin de répéter ce geste.

Je suis déjà impatiente de sortir, pour m’aérer à nouveau.

Mon évasion est brusquement interrompue lorsqu’elle s’ouvre, le révélant de l’autre côté. Les émotions qui se dessinent sur son visage restent un mystère dans le tourbillon de l’instant. Je n’ai pas le temps d’évaluer s’il est heureux ou décontenancé par ma présence que ses bras m’enveloppent dans une étreinte inattendue. L’impact est puissant, au point que mes bottes s’écrasent contre le sol, momentanément choquées par la force de son geste.

Durant notre jeunesse, nous étions inséparables, comme les deux doigts d’une même main. Ensemble, nous nous déplacions dans les courants de la vie, synchronisés comme une danse rythmique des cent coups. Notre connexion était sans faille, un rythme partagé qui faisait écho à la simplicité et à la pureté des liens de l’enfance.

Puis je l’ai rencontré et mon monde c’est composé seulement de lui, jusqu’à ce que la vie en décide autrement.

Je n’avais pas ce droit, d’être heureuse…

J’ai commencé à m’enfoncer, ma lumière autre fois brillante grâce à sa présence, c’est éteint complètement, me plongeant dans les ténèbres, qui m’ont conduit à la mutilation. Mais, je n’ai pas eu les couilles de mettre fin à ma vie, parce qu’à chaque fois son visage faisait irruption dans mon esprit m’interdisant d’aller plus loin. J’ai donc fini par me tourner vers des drogues, l’a première fut très douce, mais dans le temps elle n’avait plus aucun effet sur mes organes. J’ai donc essayé des nouvelles choses, plus dures les unes que les autres, cocaïne, héroïne et pour finir le fentanyl, la seule qui a su faire disparaître cette douleur au fond de ma poitrine, me faire oublier ma culpabilité de l’avoir tué.

Elle rendait ma vie pourrie, plus supportable, je ne pouvais vivre sans.

⸻ Harley !

La voix du soulagement, une mélodie du passé, résonne dans l’air, provoquant en moi un torrent d’émotions. Cela faisait bien des années, que je ne l’avais pas entendue prononcer mon nom avec cette intonation particulière. Les larmes, longtemps retenues, débordent, traçant des rivières silencieuses sur mes joues. Son parfum familier m’enveloppe, un mélange puissant de son gel douche à la noix de coco entremêlé aux notes persistantes de son parfum One Million. C’est une tapisserie sensorielle qui réveille des souvenirs endormis, un parfum que je n’avais pas senti depuis ce qui m’avait semblé être une éternité.

C’est ça de reprendre une vie, presque normale.

Il s’écarte de moi, ses mains chaudes sur mes épaules, me donnent la sensation de peser des tonnes. Ses yeux, une image miroir des miens, se déplacent sur moi avec un regard perspicace, la seule preuve tangible que Nick et moi partageons la même lignée.

Il est un peu plus grand que moi de 20 cm, son visage est marqué par un nez fin et pointu, une bouche élancée perchée sur une mâchoire carrée. Mon frère respire la confiance, les épaules carrées et le dos droit, reflétant une approche disciplinée de la forme physique et de la force. Les muscles tendus, bien définis et déterminés, suggèrent des heures passées à perfectionner son corps pour en faire une machine d’endurance de qualité.

C’est le genre de mec, qui je n’ai aucun doute ne dois pas dormir souvent seul la nuit.

⸻Tout ira bien, tu n’es plus seule.

L’envie de déchaîner un torrent d’insultes, de mettre à nu la frustration d’avoir été déçu, de blâmer la trahison en permettant à Maggie de m’enfermer monte comme une tempête en moi. Pourtant, quand je croise son regard, le réservoir de culpabilité qui se reflète dans ces profondeurs ébranle les fondements de ma colère. Une profonde prise de conscience m’envahit : il n’avait rien à voir avec cela.

Le poids de l’accusation vacille face à son innocence.

Je reporte mes yeux sur l’or blanc qui recouvre mon poignet. C’est un portail vers le passé, un rappel de la nuit où je l’ai non seulement perdu, mais aussi perdu une partie de moi-même. L’air se contracte dans mes poumons alors que je revis le moment étouffant où ma vie s’est échappée, enlacée avec la sienne.

Malgré le temps qui passe, le vide laissé par son départ reste une douleur palpable, un vide qu’aucune solitude ne peut combler. Le rire qui bouillonnait autrefois sans effort a été remplacé par un silence qui résonne du poids du chagrin.

La facilité avec laquelle les sourires ornaient mon visage par sa simple présence est devenue un souvenir insaisissable, un rappel d’un moment où il se tenait à mes côtés, où la vie était pleine de vitalité.

Ensemble, nous avions adhéré à la croyance que l’univers avait un plan, que les miracles pouvaient remodeler les destins. Mais ça, c’était avant qu’il ne quitte ce monde, me laissant naviguer dans les couloirs solitaires de l’existence sans sa présence réconfortante.

Lui, qui croyait au destin et aux miracles.

À présent, j’aspire à un miracle, à une intervention céleste qui pourrait bannir le noir dans lequel j’ai plongé.

À présent libre de mes mouvements, je dois m’abstenir de noyer mes chagrins, une habitude qui servait autrefois de mécanisme d’adaptation fait surface. Où qu’il soit, il ne voudrait pas assister à la poursuite de mon autodestruction. L’idée qu’il puisse être déçu de moi, même de l’au-delà, lie mon cœur dans un nœud, une tapisserie complexe de chagrin, de culpabilité et de lutte pour la rédemption de soi.

J’acquiesce en réponse, une reconnaissance silencieuse qui comble le fossé tacite qui sépare mon frère et moi. Il attrape ma valise et mes bottes, éparpillées sur le sol, d’un geste décidé, il me tourne le dos.

Ce simple acte me démontre une vérité, rien ne sera plus jamais comme avant.

L’unité métaphorique d’être « deux doigts de la main » semble brisée, du moins de mon point de vue.

Je nourris tout de même, une haine profonde pour le monde, pour avoir arraché les liens familiers, pour Maggie, l’architecte de mon enfermement, pour mon frère qui, à mes yeux, n’a pas essayé de me sauver, contrairement à moi qui l’ai toujours soutenue même lorsqu’il était au plus bas.

L’émotion mijote à l’intérieur, un chaudron de colère qui menace de consumer les restes de mon esprit défaillant.

⸻ Tu as pris un taxi ? dit-il en rentrant dans l’appartement.

Je m’essuie les yeux, une faible tentative pour dissimuler les traces d’émotions qui persistent. D’une main tremblante, j’attrape la porte et la referme derrière moi.

À ce moment-là, un sentiment particulier d’anticipation persiste. Je m’étais préparé aux répercussions de mon retard de deux jours, m’attendant à une réprimande sévère. Cependant, à ma grande surprise, rien de tout cela ne se matérialise. Le coup attendu, qu’il s’agisse de mots durs ou d’une expression sévère, ne se manifeste pas.

C’est mieux ainsi.

⸻ À pied. Murmuré-je.

Il se tourne vers moi avec des yeux écarquillés de surprise.

⸻ Harley, tu aurais dû m’appeler, bon sang ! Je serais venu te chercher à l’aéroport.

Je secoue la tête, mes doigts frottant instinctivement mon biceps orné d’encre.

⸻ J’avais besoin de marcher.

Je voulais, avant tout, arriver le plus tard possible.

Il me sourit, un mélange de compréhension et d’inquiétude, alors qu’il remarque mes orteils recouverts de vernis noir. Un changement par rapport à la Harley qu’il a connue autrefois, qui les teinté de rose fuchsia. Ma peau, elle aussi, a changé, portant les traces d’un voyage qui a modifié non seulement mon apparence physique, mais aussi les contours de mon identité depuis notre séparation. Elle raconte des histoires, chaque dessin est un chapitre du livre de ma vie.

⸻ Tu m’épateras toujours, sœurette.

Je réfléchis à ses paroles, ne sachant pas s’il fait référence au fait que je suis arrivée à pied, ou s’il s’agit d’un commentaire sur l’encre qui orne ma peau. Me penchant vers le premier choix, je croise son regard. Tandis que le sien me détails, il grimace, mais il y a un silence délibéré la concernant. C’est peut-être pour le mieux, je ne veux pas entrer dans les subtilités de cette conversation aujourd’hui, d’autant plus que je suis déjà perturbé par la proximité d’être à ses côtés.

Il reprend ses pas, nous guidant dans le salon. Alors que nous entrons, j’ai la vue d’un visage inconnu, tentant de déchiffrer les intentions derrière ce sourire qu’il me gratifie.

S’agit-il d’une salutation sincère, d’une tentative d’apaiser la tension palpable ou d’une façade qui dissimule son propre ensemble de complexités ?

⸻ Liam, je te présente Harley, Harley, Liam.

Je lève les yeux aux ciels à sa voix mielleuse.

⸻ Pas besoin de répéter deux fois son prénom, il est seul dans la pièce. Dis-je avec un soupçon d’agacement.

Son regard s’attarde sur mes tatouages, puis avec un hochement de tête d’approbation.

⸻ Jolis tatouages.

Ses mots brisent le silence, introduisant une note de camaraderie dans la pièce. La reconnaissance tacite de l’œuvre d’art gravée sur ma peau devient un pont entre nous, un langage partagé qui transcende le besoin d’une conversation approfondie.

J’acquiesce d’un signe de tête de gratitude, une reconnaissance subtile de son observation.

Ça m’amène à penser à Tante Maggie qui méprise avec véhémence les tatouages. Imaginer sa réaction en me voyant parée d’encre, me donne envie de sourire. Je peux presque imaginer l’incrédulité et la désapprobation gravées sur son visage. L’anticipation de sa réaction, un mélange d’irritation et de frustration, ajoute un soupçon d’amusement à mon esprit.

Mon coloc me sourit, bien qu’apparemment authentique, il déclenche en moi un ensemble complexe d’émotions. Il ne s’agit pas de ses intentions, il s’agit de la lentille à travers laquelle je me perçois dans le regard des autres. Le poids des étiquettes, ancien toxicomane, défenseur de la santé mentale, pèse lourdement, transformant chaque interaction en un jugement potentiel, chaque sourire en un rappel subtil d’un passé que j’essaye de dépasser.

J’essaye de penser à autre chose, jusqu’à me détendre, avant de lui poser ma question. Si je dois être coloc, avec ce type mieux vaut pour moi que je devienne amicale. Après tout, ça aussi ça m’a été recommandé même si je préfère de loin ma solitude.

⸻ Merci, tu en as aussi ? Demandé-je par respect.

Il soulève son t-shirt, révélant un énorme tatouage tribal qui couvre le haut de sa poitrine gauche. Alors qu’il met son torse à nu, j’ai droit à une vue d’un physique qui parle d’athlétisme et de force. L’œuvre tribale accentue les contours de sa poitrine, il se retourne, laissant entrevoir son dos musclé, également orné de tatouages.

L’abstinence est enfin terminée, alléluia.

Au moins, il y a une chose qui ne me sera pas interdite : une évasion qui m’accordera un sursis, me permettant de m’oublier pendant quelques précieuses minutes, mais quand ?

⸻ Sympa ! dis-je sans cacher ma joie.

Un raclement de gorge nous ramène à la raison.

⸻ Même pas cinq minutes, et te voilà à te déshabiller devant ma sœur, fait gaffe Liam !

Un rire s’échappe de sa gorge, je soupire à sa remarque. Comme si, j’étais prête à prendre le risque de me taper mon coloc.

Coloc, que je croiserai tous les jours.

Non, merci !

En revanche, je ne dirais pas que je suis opposé à le croiser torse nu. Après tout, j’ai des yeux qui sont bons pour ça.

Dans l’ensemble, je pourrais trouver un peu de plaisir dans cet arrangement de colocation.

⸻ Pas de panique, Nick, je lui montrais juste mes tatouages. C’est sûr que de nous quatre, tu seras le seul à avoir la peau vierge.

Je hausse les sourcils, mon cœur manque de faire un bon.

⸻ Quatre ?

Je regarde mon frère avec insistance.

⸻ Tante Maggie ne t’a rien dit ?

Mon air surpris devrait répondre à sa question, j’oubliais par moment que mon frère ne réfléchissait pas comme moi. Une chose que j’avais en commun avec l’homme que j’ai perdu.

⸻ Pour ça, faudrait déjà qu’on se parle. J’ai juste reçu son émail, m’annonçant que je vivrais en coloc avec toi, en plus d’intégrer ton campus afin que tu m’aies toujours à l’œil, pour me serrer la ceinture.

Je ne peux m’empêcher de serrer les dents devant cette idée persistante, comme si j’avais besoin de plus d’aide. Je crois que j’ai eu mon quota d’aide pour le reste de ma vie.

Et entre nous, Nick ne sera jamais celui dont j’ai besoin. Je l’ai compris très vite une fois seule…

Il enfonce sa main droite dans sa tignasse avant de sourire.

⸻ Toujours aussi agréable sœurette. Désolé, je pensais que tu étais au courant que nous étions déjà trois.

Je croise les bras sous ma poitrine, agacée de voir que notre situation de colocataire implique de partager avec deux autres gars en plus de mon cher jumeau.

Eh bien, soyons honnêtes, s’il est si agréable à regarder, je suis partante, mais ça me fait quand même royalement chier.

⸻ Elle aurait pu m’en parler, ça m’aurait évité la surprise. Et comment s’appelle cet autre coloc ? dis-je en soupirant.

⸻ Isaac. Répond Liam sans jamais s’arrêter de sourire, je suis sûr que dans moins de 10 minutes il se retrouvera avec une putain de crampe, s’il continue comme ça.

Je regarde autour de moi afin de savoir si ce dernier se trouve parmi nous, mon frère met rapidement fin à ma recherche.

⸻ Tu le verras ce soir, nous avons rendez-vous avec lui.

J’ai un mouvement de recul. Il n’a jamais était question que je doive le suivre comme un toutou.

⸻ Comment ça, nous ?

Il inspire, avant de rire.

⸻ Harley, Harley, tu ne crois tout de même pas que je vais te garder enfermer ici, jusqu’à ta mort. Il secoue la tête. On a une vie hors de cet appart et je te rappelle que je dois t’avoir à l’œil.

Je plante mes ongles dans ma paume.

⸻ Pourtant, c’est ce que Maggie attend de toi.

Il se pince les lèvres.

⸻ On se fou de notre tante, je vais te faire découvrir la ville sous un autre jour et je sais déjà que tu vas adorer l’endroit où nous allons, ce soir.

Je ne suis pas si sûr qu’il se fou d’elle, après tout il l’a toujours idéalisé comme une héroïne de nous avoir prises sous son aile.

J’attends de voir ça de mes propres yeux.

⸻ OK !

C’est la seule chose qui me vient en tête, un simple OK.

Après des années enfermées, c’est vrai qu’un changement de décor me ferait le plus grand bien. Même si j’avais l’idée de faire une balade ce soir, avec de la musique dans les oreilles afin de retrouver ma bulle qu’on m’a forcé à quitter.

Après six ans, je me demande si Nick me connaît assez pour savoir quel genre d’endroit j’aime. Il faut dire que nous n’avons plus jamais parlé après mon accident. Même moi, je ne sais pas ce qui pourrait me plaire à l’heure actuelle.

Ma vie à un goût amer.

⸻ Tant mieux. Bon, suis-moi, que je te montre ta piaule.

Il reprend mes affaires, se dirige vers le couloir à côté de la cuisine, je le suis sans broncher.

J’observe les murs peints dans un ton neutre, qui témoignent le passage du temps avec de légères éraflures et de subtiles traces d’usure. Au-dessus de nos têtes, une série de plafonniers diffusent une lueur chaleureuse, créant un sentiment de continuité en illuminant le chemin. Le revêtement de sol en dessous fait écho à la palette de couleurs sourdes, orné d’un tapis de passage à motifs rayé qui ajoute une touche de confort et de texture. Trois portes espacées par intermittence flanquent le couloir, chacune promettant une entrée dans des royaumes privés et des espaces cachés.

⸻ Ici, c’est la piaule de Liam.

Nous passons la première.

⸻ Là, c’est ma chambre.

Il désigne la seconde, je m’attends à ce que la troisième soit la mienne, juste en face de sa chambre, mais nous continuons six pas de plus pour tourner à droite.

Je me mords la lèvre pour ne pas sourire.

⸻ Celle-là, c’est…

⸻ Isaac.

Il me regarde en souriant.

⸻ Bien vu sœurette et juste en face la tienne.

Mon envie de sourire se volatilise. Je regarde nos portes l’une en face de l’autre, si j’ai cru être seule dans le couloir, je me suis bien trompé.

Super, même ses colocs vont me surveiller.

⸻ Pourquoi ma chambre ne se trouve-t-elle pas à côté de la tienne ?

Il se frotte une nouvelle fois les cheveux.

⸻ Isaac n’a pas voulu me la laisser, étant donné que tu es la dernière arrivée. Les garçons se sont déjà bien approprié les lieux, alors ni l’un ni l’autre n’a voulu céder à mon caprice, mais ne t’inquiète pas, je ne suis pas loin si besoin.

Je comprends rapidement de quoi il parle en disant bien approprié les lieux.

Mon corps se détend, l’idée de ne pas me réveiller chaque jour face à lui m’aide à me dire que j’aurai au moins un peu de tranquillité, juste le temps de passer ma porte de chambre sauf si je tombe sur ce mec qui habite en face de la mienne.

Je hoche la tête, puis quitte des yeux la porte de mon voisin. Nick ouvre ma chambre, nous entrons l’un après l’autre.

⸻ Tu as le nécessaire, un placard, une table de nuit, un bureau et un lit.

J’observe le peu de meubles présents, la pièce dégage un air sombre, avec une lumière tamisée filtrant à travers de lourds rideaux qui semblent réticents à laisser percer le soleil. Les murs, peints dans des teintes sombres, portent la patine du temps, leur couleur autrefois vibrante est maintenant fanée et usée, un peu comme mon âme. Une seule ampoule faiblement éclairée est suspendue au centre du plafond, projetant de longues ombres qui dansent étrangement sur les surfaces.

J’en ai froid dans le dos.

⸻ Ma chambre en désintox était moins lugubre. Dis-je d’un ton rempli de sarcasme.

La peau mate de mon frère perd de sa lumière, en voyant que je suis très sérieuse.

⸻ On ira t’acheter de quoi décorer ta chambre, si besoin ?

Hors de question, je n’ai pas l’intention de rester ici pour le restant de ma vie. Un regard de tristesse couvre son visage. Je lève les yeux au ciel en le voyant ressembler à un chien battu. Je l’entends s’excuser. Ma main se pose rapidement sous son nez, la balançant de droite à gauche. Je ne veux pas de cela, pas avec moi, pas après avoir été lâché dans la gueule des lions.

⸻ Nick, stop, ne commence pas à t’excuser. Je suis là et je suis clean alors tout est OK.

⸻ Je sais, mais

Je l’interromps au milieu de sa phrase. Je n’ai pas envie de parler de ces années cauchemardesques, et encore moins avec la personne qui n’a pas su me soutenir, qui n’a même pas eu la décence de venir me rendre visite.

⸻ Il n’y a pas de, mais, je ne veux pas parler de mon passé, tout est dit. En ce qui concerne ce dernier, est-ce que tu as réussi à convaincre les Baker pour la faire rapatrier ici ?

Son corps se crispe et j’entends sa respiration s’accélérer. Je n’ai pas besoin de réponse. Cela répond à ma question. Savoir qu’elle est dans un endroit sûr à mes côtés m’aide à me détendre. J’ai besoin de la voir, j’ai besoin de m’oublier et de me sentir proche de lui comme au bon vieux temps surtout avec la date qui annonce une année de plus privée de lui.

⸻ Je ne suis pas sûr que ce soit bon pour toi, Harley, tu sais avec

Je m’approche et pose ma main sur sa bouche, le cœur battant, les yeux probablement brillant.

⸻ Ne parle pas de ça, s’il te plait.

Pendant quatre ans, j’ai été obligée d’arrêter de penser à lui, de les entendre me dire qu’il était mort, que je ne le reverrais jamais, et putain, je détestais les entendre dire ça à voix haute. À mes yeux, il ne le sera jamais, parce qu’il m’a promis de ne pas me laisser seule, même dans un autre monde.

Je l’entends soupirer, avant de sortir ma main de ses lèvres.

⸻ OK, nous irons la voir dès que tu seras installée. Je te laisse te mettre à l’aise, on doit être partie dans une heure trente.

Ce qui veut dire pas ce soir ni demain, ni un autre jour en langage Nick. Je hoche la tête, je n’ai pas envie de batailler, si ce n’est pas lui qui me guide à elle, je la trouverai par un autre moyen.

Le destin le fera pour moi, enfin s’il existe.

Je l’observe passer la porte, il s’arrête une main sur l’encadrement.

⸻ Tout ira bien, Harley. M’annonce-t-il d’une voix rassurante.

Je ne sais pas s’il essaye de me réconforter ou de me convaincre, étant donné la date qui approche. Quoi qu’il en soit, cela ne fonctionne pas.

C’est toujours un cap, impossible à passer.

***

Je n’ai pas pris le temps de défaire mes valises, pas encore prête à me faire à l’idée que je vais devoir vivre ici. Après vingt minutes sous l’eau chaude et une heure de préparation, je sors enfin de la salle de bain, rejoins mon frère et son colocataire dans la cuisine ouverte sur le salon. Les prunelles de Nick se posent sur mon visage, tandis que les yeux de Liam parcourent mes jambes découvertes. Ce qui lui vaut une tape sur la tête.

⸻ Arrête de mater, ma sœur !

Je lève les yeux au ciel et m’avance vers eux.

⸻ Pas besoin de jouer au frère protecteur Nick, je ne suis plus vierge de la peau, comme de l’intérieur.

Liam se met à rire, pendant que mon frère avale d’une traite sa bière, me foudroyant du regard qui veut dire pas toucher à mes potes. Ça tombe bien, je ne compte pas le faire, son coloc est mignon, on ne va pas se mentir avec ses cheveux blonds remontés en petit chignon, mais je ne suis pas là pour foutre en l’air leur amitié.

Je ne veux aucune attache. La raison pour laquelle, je ne toucherai ni à Liam ni à l’autre.

Un mec en dehors de cet appart sera parfait à mes yeux. Un coup, jamais deux. Ça a toujours fonctionné ainsi.

Liam me surprend à répondre à mon frère, tout en m’observant des pieds à la tête.

⸻ Il est fascinant de découvrir de nouvelles connexions, tu ne crois pas, Harley ? Parfois, la vie nous réserve des surprises intéressantes que ton frangin a du mal à comprendre par moment.

Mais à quoi, il joue ?

À l’expression qui se forme sur le visage de mon frère, je suis sûr qu’il est à deux doigts d’écraser sa bière sur la tête de son pote. Je me retiens de sourire à l’idée qu’il fait juste ça pour l’emmerder, après tout, il n’a probablement pas pensé à…

Un sourire espiègle se dresse sur ses lèvres.

Oh le con !

Il s’attarde sur mes jambes plus que prévues, j’ai la sensation de me retrouver nu.

⸻ Original, j’aime beaucoup.

Je baisse le regard sur la route et les paysages qui défilent sur ma cuisse pour continuer jusqu’à ma cheville, créant une route qui ne connaît pas de fin.

⸻ Moi aussi. Répondis-je en retroussant les lèvres en cul de poule.

Liam rend l’atmosphère beaucoup moins électrisante, j’espère que ce sera de même avec celui dont nous avons rendez-vous.

Nick pose sa bière avec fracas.

⸻ Il va falloir qu’on établisse des règles, quand Isaac sera à l’appartement.

Il est en rogne, merci, Liam, comme si ma présence ne suffisait pas à le foutre dans cet état.

Si, il pense que mettre des règles va améliorer notre cohabitation, il se fourre les doigts dans l’œil.

J’ai toujours eu du mal à respecter les lois, alors des règles encore moins.

⸻ Des règles ? s’étonne Liam.

Ils se défient du regard, je lève une nouvelle fois les yeux au ciel. Je vais finir par avoir un toc, si je continue comme ça.

⸻ Ouais, des règles afin que cette coloc se passe sans ambigüité.

Qu’est-ce que je disais, l’homme qui veut jouer les grands frères protecteurs. Ça démarre mal. Liam se gratte la nuque, mal à l’aise.

⸻ Isaac, va péter un plomb si son arrivée commence comme ça.

Un point commun avec mon coloc absent.

Mes yeux se posent sur la pendule avant de leur faire savoir qu’il serait temps de partir.

J’ai besoin de respirer, besoin de m’évader. Besoin de sortir de cette prison que mon frère va bientôt créer.