LE SILENCE DES MOTS

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Summary

Alison, récemment séparée et confrontée à la menace de se retrouver sans abri, saisit l’opportunité de devenir l’éducatrice spécialisée de la jeune Jen. Dans ce rôle, elle est amenée à travailler étroitement avec Monsieur Duchêne, le père de Jen, qui est veuf depuis un tragique accident de la route ayant coûté la vie à sa femme et à son fils. Ensemble, Alison et Monsieur Duchêne naviguent dans les défis de la reconstruction d’une famille brisée, tout en aidant Jen à s’épanouir malgré le lourd héritage du passé

Status
Complete
Chapters
46
Rating
4.8 12 reviews
Age Rating
18+

1. Prologue 01

Ce livre a été corriger, si vous voyez des anomalies, merci de me le signalé car seule mes yeux passent sur les corrections et parfois ca passe par dessus.



UN AN PLUS TÔT

Jason

Nous étions en retard. J’avais réservé un restaurant pour ce dimanche midi et rien ne se passait comme prévu. Jennifer était infernale et Christine, malgré tous ses efforts, ne parvenait pas à la calmer. Notre fille enchaînait caprice sur caprice. Elle avait de la chance que nous soyons des parents plutôt calmes, car d’autres auraient perdu patience depuis longtemps !

Jérémy, notre fils de six mois, se joignit également à Jen pour pleurer. Bien que nous ne montrions aucune préférence, Jen, que nous appelions familièrement Jen, semblait jalouse de lui. Jennifer, notre premier rayon de soleil, avait trois ans, mais depuis la naissance de Jérémy, elle était devenue notre petit orage quotidien, criant comme l’orage et pleurant comme la pluie.

Ma femme, épuisée par ses colères incessantes, ne disait rien. Olivia, notre gouvernante, l’aidait du mieux qu’elle pouvait. Olivia n’était jamais là le week-end, ce qui nous permettait de nous retrouver en famille et en amoureux.

J’avais croisé Christine au lycée. Elle me faisait rire, très timide et réservée, un peu différente de moi. Dès que nos regards s’étaient croisés, ça avait été le coup de foudre. Je me souviens qu’un professeur m’avait placé à côté d’elle parce que je parlais trop avec mon camarade. J’étais mécontent de cette situation, car tout le monde se moquait d’elle à cause de sa timidité.

Puis Christine m’avait regardé, posant ses yeux bleus dans les miens, et j’avais su à cet instant que nous étions faits l’un pour l’autre. J’avais eu du mal à la convaincre de ma sincérité, car tout le monde la harcelait. Quand j’étais jeune, je faisais aussi preuve de méchanceté gratuite, mais à l’adolescence, on manque parfois de bon sens. Cependant, depuis que j’étais tombé amoureux d’elle, mon comportement avait complètement changé.

Elle était un peu comme Carrie White de Stephen King, sans les pouvoirs. Quand je lui avais dit cela, elle m’avait frappé. Maintenant, elle n’était plus timide. Elle avait accepté de sortir avec l’idiot que j’étais et plus personne n’avait osé dire quoi que ce soit sur elle, car sinon je tapais.

Nous avions terminé nos études, et j’avais repris l’entreprise de mon père à son décès. C’était une grande entreprise dans le domaine du multimédia. Christine avait choisi de poursuivre des études pour devenir gériatre et travaillait dans une maison de retraite médicalisée (EHPAD). Elle adorait son travail.

Dès la naissance de Jeremy, nous avions convenu qu’elle mettrait sa carrière entre parenthèses pour s’occuper de nos enfants. Même si Jeremy était encore tout jeune, nous envisagions d’en avoir un troisième l’année prochaine, puis nous mettrions fin à tout cela. Je n’étais pas enthousiaste à l’idée d’avoir un troisième enfant, mais l’amour que je portais à Christine me poussait à vouloir tout ce qu’elle désirait.

J’aimais profondément ma femme, mon amour pour elle grandissait chaque jour. Même lorsqu’elle était énorme à cause de sa grossesse, et que ce n’était pas seulement à cause du bébé – les muffins aux myrtilles et au chocolat y étaient aussi pour quelque chose –, je l’aimais. Elle se dévalorisait et se sentait complexée, mais moi, j’adorais sa féminité de future maman. Elle avait du mal à perdre du poids, mais je m’en moquais. Elle était ma femme, celle que j’avais choisie, et mince ou enrobée, je savais que je l’aimerais jusqu’à ma mort.

Je descendis les escaliers et trouvai Christine accroupie devant Jen qui pleurait encore. Jen refusait de mettre sa veste et voulait absolument prendre son livre. Christine céda, mais maintenant Jen voulait absolument qu’on lui lise cette histoire. Je passai derrière ma femme, elle se leva, je l’embrassai en lui caressant la hanche, et je regardai Jen en lui lançant un regard sévère.

― Arrête tes caprices ou tu n’auras pas d’histoire ce soir, dis-je fermement.

Jen se cramponna à la jambe de sa mère, qui rit aux éclats.

― Ne ris pas, tu remets en cause mon autorité, lui dis-je doucement.

― Excuse moi ! répondit elle en se retournant vers la petite.

― Papa a raison, calme toi sinon pas d’histoire.

Jen fronça les yeux et commença à taper du pied. Christine la prit dans ses bras :

― Sinon on n’arrivera jamais.

Je les regardai :

― Es-tu sûre que le restaurant est une bonne idée ?

― Mais oui, elle va être gentille et se calmer, hein ma chérie ? dit Christine en embrassant la petite.

Je pris le cosy de Jérémy et nous voilà partis. C’était Christine qui conduisait, elle adorait ça. Moi, j’avais des textos à envoyer pour le travail. Nous partîmes enfin.

Je grondai Christine car elle démarra sans porter sa ceinture. Derrière, Jen s’excita de nouveau, m’énervant, mais je continuai à tapoter mon texto. Des réunions d’urgence étaient prévues pour le lendemain, même le dimanche, le travail ne me laissait pas de répit.

Nous prîmes des petites routes de montagne. Je grondai encore ma femme qui n’avait toujours pas mis sa ceinture, mais Christine était têtue. Elle et la ceinture, ça avait toujours fait deux. Jen, derrière, hurlait encore, elle voulait qu’on lui lise son livre. Je soupirai. Sa mère essaya de la calmer et lui promit de lui lire une histoire quand elles arriveraient, mais pour l’instant, elle était occupée.

Ensuite, Jen jeta son livre et je vis juste le livre voler dans la voiture. Le livre de Jen vint heurter violemment la tempe de Christine, la faisant perdre le contrôle de la voiture. Je vis le visage de ma femme se tordre de douleur et d’effroi alors que le véhicule quittait la route et fonçait droit vers un arbre imposant.

Jen hurlait, Christine avait perdu le contrôle du véhicule. La voiture s’encastra dans un arbre avec une violence inouïe. L’impact fut brutal, le son du métal froissé résonna dans mes oreilles tandis que le verre se brisait en mille morceaux autour de moi. Christine, qui n’avait pas attaché sa ceinture, fut propulsée à travers le pare-brise et s’écrasa sur le sol, inerte.

Derrière moi, les cris de Jen se transformèrent en sanglots. Je me retournai, mon cœur battant la chamade, et je vis le cosy de Jeremy, toujours en place, mais le silence qui l’entourait m’angoissait. Je me détachai rapidement de ma ceinture et me précipitai vers mon fils. Il ne bougeait pas, ses yeux étaient fermés. Je sentis une panique monter en moi, je le secouai légèrement, mais il resta sans réaction.

Je me tournai vers Jen, elle était en état de choc, ses yeux grands ouverts fixant sa mère à travers le pare-brise brisé. Je l’appelai, mais elle ne bougea plus, elle ne répondit plus. Je l’appelai, je hurlai son prénom, mais elle resta sans réaction.

Je compris alors que j’étais coincé, ma jambe était bloquée sous le tableau de bord. Je tirai, je poussai, mais rien n’y fit, je ne pouvais pas me libérer. Je sentis la panique monter en moi, j’étais impuissant, incapable de sortir de cette voiture, incapable de sauver ma famille.

Je sortis mon téléphone de ma poche et appelai les secours, ma voix tremblante, à peine capable de prononcer les mots. J’entendis à peine la voix de l’opérateur de l’autre côté, je lui donnai notre localisation et lui décrivis la situation du mieux que je pus.

Les minutes qui suivirent furent les plus longues de ma vie. Je restai là, assis dans la voiture accidentée, priant pour que Christine et Jeremy s’en sortent. Les larmes coulaient sur mon visage, je me sentais impuissant, brisé.

Les sirènes des ambulances retentirent enfin dans le lointain, se rapprochant de plus en plus. Les secours arrivèrent, rapides et efficaces. Ils s’occupèrent de Christine, la mettant sur un brancard, lui prodiguant les premiers soins. Je les regardai, suppliant du regard de sauver ma femme.

Ils s’occupèrent ensuite de Jeremy. Je les regardai faire, mon cœur se serrait à chaque seconde qui passait. Ils le mirent sous oxygène, lui firent un massage cardiaque. Je vis l’un d’eux secouer la tête, mon monde s’écroula. Mon fils, mon petit ange, était parti.

Le choc avait été trop violent et avait causé un traumatisme crânien sévère. Les médecins m’expliquèrent que son cerveau avait subi des lésions irréversibles, entraînant un arrêt cardiaque et une mort cérébrale. Il n’y avait rien à faire, son petit corps n’avait pas pu supporter l’impact.

Je regardai Christine, allongée sur le brancard, elle ne bougeait pas. Les secours la transportèrent rapidement dans l’ambulance. Je criai, je les suppliai de m’aider, de sortir de cette voiture. Mais j’étais toujours coincé, impuissant.

Les médecins firent tout ce qu’ils purent pour sauver Christine, mais je vis dans leurs yeux qu’il n’y avait plus d’espoir. Christine ne survécut pas à ses blessures. Elle nous quitta, laissant derrière elle un vide immense. Jen et moi étions dévastés, brisés.

Les secours finirent par me libérer de la voiture. Jen fut transportée d’urgence à l’hôpital, elle était dans le coma. J’étais dévasté, brisé. Notre famille, notre bonheur, avait été détruit en un instant, à cause d’un simple caprice, d’un livre lancé.

Cet accident changea notre vie à jamais. Jen grandit avec cette culpabilité, cette douleur. Elle avait souffert d’un traumatisme crânien à cause de l’impact et était restée dans le coma pendant plusieurs semaines. Les médecins avaient fait de leur mieux pour la soigner, mais son cerveau avait subi des dommages importants.

Lorsqu’elle s’était finalement réveillée, elle n’était plus la même petite fille. Elle ne parlait presque plus, semblait distante et absente. Les médecins avaient diagnostiqué un trouble de stress post-traumatique et une lésion cérébrale traumatique. Jen avait dû suivre une rééducation intensive pour réapprendre à parler, à marcher, à vivre.

Je faisais de mon mieux pour être fort pour elle, pour nous. Mais chaque jour était une lutte, chaque jour je pensais à Christine, à Jérémy, à ce que nous avions et à ce que nous avions perdu. Je regardais Jen et je voyais la douleur dans ses yeux, la culpabilité qui la rongeait. Je savais qu’elle se sentait responsable de l’accident, qu’elle pensait que c’était de sa faute.

Je lui avais pardonné, bien sûr. Je savais que c’était un accident, que ce n’était pas intentionnel. Mais je ne pouvais pas nier que j’avais du mal à accepter ce qui s’était passé, à vivre avec cette perte. Je me sentais coupable de ne pas avoir pu les sauver, de ne pas avoir pu protéger ma famille.

Je continuais de me battre, pour Jen, pour moi. Je l’aidais à suivre sa rééducation, à surmonter son traumatisme. Je l’aimais de tout mon cœur, cette petite fille qui avait tant souffert. Je savais qu’elle avait besoin de moi, qu’elle avait besoin de mon soutien, de mon amour.

Chaque jour représentait un défi, chaque jour était une bataille. Je devais apprendre à vivre avec cette douleur, avec cette perte. Je devais apprendre à pardonner, à accepter. Je devais apprendre à aimer à nouveau, à vivre à nouveau.

Cet accident avait changé notre vie à jamais. Mais je refusais de laisser cette tragédie nous définir. Je refusais de laisser cette douleur nous consumer. Je me battais pour Jen, pour moi, pour notre famille. Parce que c’était tout ce que je pouvais faire. Parce que c’était tout ce qui comptait.