Ô, douce forêt
La forêt est un endroit où nature et secrets s’entremêlent et évoluent en harmonie. Personne ne sait ce qu’il se passe réellement là où les arbres sont rois. Au plus les habitants de la région s’y aventuraient, au plus les ténèbres devenaient souveraines et les engloutissaient.
Au centre de ce labyrinthe de feuilles et de branches sans fin subsistait une clairière abritant un lac. L’endroit était un havre de paix, protégé par une épaisse forêt qui n’était transpercée que par de rares rayons de lumière. Le soleil se reflétait à la surface de cette eau d’un bleu pur. Il n’était pas rare de voir certains animaux, tels des cerfs ou des sangliers, profiter de la chaleur pour se reposer ou bien pour se rafraichir. Les grillons chantaient sans cesse, offrant un spectacle musical sans pareil aux quelques spectateurs, tandis que des libellules volaient en toute sérénité. Pour n’importe qui, une telle vision aurait pu être comparée au paradis.
Si l’on tendait l’oreille, il n’était pas rare, entre deux stridulations, d’entendre de légers clapotis. Au bord de l’eau, une petite créature des bois se prélassait. Ses pieds barbotaient au rythme du vent. Affublée d’une cape faite de feuilles, sa queue remuait doucement au son des grenouilles qui croassaient et des chouettes qui hululaient. La feuille de catalpa qu’elle tenait en main la protégeait du soleil, et servait également de garde-manger pour toutes ces chenilles qui ne parvenaient pas à atteindre la cime des arbres. Sous ses cheveux au carré, deux yeux verts reposaient, aussi calmes que profonds, et surveillaient chaque être de ce sanctuaire.
La dryade, qui répondait au doux nom d’Iris, était la gardienne de ces lieux. Bien que sa petite taille ne le laissait pas deviner au premier abord. Vivant depuis toujours dans les profondeurs de la forêt, elle avait pour tâche de protéger chaque être qui y cherchait refuge. Elle s’était il y a longtemps prise d’affection pour ce lac et y passait depuis lors le plus clair de son temps à barboter.
Un petit cri se fit entendre à quelques mètres de là. Intriguée, la déesse de ces lieux se releva lentement. Elle se mit en chemin vers ce qui s’apparentait à de petits pleurs. Les yeux fermés, les brises du vent lui indiquaient la voie à suivre. Le son des feuilles et gerbes d’herbe se courbant sous ses pas résonnait entre les arbres. À ses côtés, grenouilles, oiseaux ou encore faons se rassemblaient, et formaient sa garde personnelle.
La source des plaintes se révéla être un petit écureuil à la patte arrière froissée. Sa longue queue rousse et ses oreilles à l’affut du danger se tournèrent tout naturellement vers Iris. À genoux, la dryade posa son regard sur l’être sans défense qui lui faisait face. Sa main libre s’approcha et l’attrapa avec autant de gentillesse que sa taille ne le laissait le deviner. Le rongeur reposant sur l’épaule de la protectrice de la clairière, celle-ci se remit en marche. Aucun bruit ne venait rompre le silence apaisant qu’imposaient les douces brises du vent. Les animaux profitaient du soleil pour s’allonger au bord de l’eau, tandis que leur déesse marchait calmement.
La balade était si paisible que l’écureuil ferma rapidement les yeux. Son pelage roux était protégé du soleil grâce au parapluie en catalpa de sa bienfaitrice. Ses songes l’emmenèrent bien vite dans un sommeil aussi doux que réparateur.
Iris s’assit au bord du lac, adossée contre son arbre favori. Ses yeux mi-clos protégeaient son peuple et gardaient les intrus hors de ces lieux. Ses pieds barbotaient joyeusement, toujours au rythme du vent.