Chapitre 1
Ignacio
J’observe Athéna me fuir à toute vitesse. Je me tourne vers Maddy toujours assise au sol, ses yeux se posent sur moi, je suis fou de rage. Mes pas résonnent sur le sol mouillé alors que je m’approche d’elle. Maddy, me dévisage surprise par la colère qui brille dans mes yeux. Mon regard est une tempête, reflétant l’orage qui gronde en moi.
⸺Qu’est-ce que tu lui as dit, ? Tu te prends pour qui, au juste ! Je crache ma rage sur elle.
Elle se redresse frottant son jean rempli de boue, tout en me fixant avec un mélange d’arrogance et de mépris, mais je ne peux pas me laisser détourner.
⸺Ta connasse de petite amie m’a fait virer, je n’allais pas la laisser faire.
Mes poings sont serrés, la pluie s’abat sur nous comme un voile de colère. Elle semble presque ravie de provoquer cette tempête, mais elle ne sait pas à quel point elle a sous-estimé la puissance qui bouillonne en moi. Les gouttes dévalent mon visage, accentuant ma détermination.
⸺Je te demande pas ça, je te demande, pourquoi elle croit que je baise avec toi ?
Elle hausse les épaules en souriant. Je suis à deux doigts de lui faire ravaler son sourire de.
⸺Je n’ai rien fait. C’est toi qui as parlé. Pas moi, enfin presque !
⸺Arrête tes conneries de gamine ! J’ai rien dit.
Elle pose ses mains sur ses hanches, me défiant du regard.
⸺Pourtant, tu lui as dit de ne pas me toucher !
Je secoue la tête, elle se fait des de films.
⸺C’est toi, que je m’étais en garde !
Elle sourit de plus belle, posant sa main sur sa bouche. Je serre les dents. Je dois me retenir de lui en coller une bonne.
⸺Oupsiii ! Sa cécité lui a probablement fait croire que tu me défendais. Rétorque-t-elle avec une arrogance déconcertante.
Mes doigts s’enfoncent brutalement entre ses seins, la faisant reculer de plusieurs pas.
⸺Tu es une putain de garce, Maddy. Une putain d’hypocrite de merde. J’ai eu raison de te faire virer de ce campus, tu ne mérites que ça. Désolé Barbie, mais ton heure de gloire s’arrête là. C’est fini pour toi. Préviens tes darons de venir te récupérer, sinon c’est à pied que tu rentreras !
Elle tente de me bousculer de ses deux mains. Je ne bouge pas d’un poil.
⸺Enculé ! C’est toi qui m’as fait ça, comment tu as pu ?
Furieuse, elle tente de m’atteindre en frappant ma poitrine, une seconde fois. Instinctivement, je bloque ses coups en attrapant ses poignets. Ses yeux brillent d’une lueur de colère mêlée de frustration. L’idée qu’elle pose sa chair sur moi me donne la gerbe.
⸺Tu lui as déclaré la guerre, je t’avais prévenue mais tu en as fait qu’à ta tête, ne vient pas pleurer, tu ne mérites que ça. Ton désir de tout contrôler, c’est terminé. Je t’interdis de reposer un pied ici, c’est mon territoire, pas le tien.
Elle a réveillé l’ancien moi, il n’y a plus de marche arrière.
Elle tente de se dégager, mais je maintiens ma prise. Le regard que je lui lance lui démontre, je l’espère, une détermination sans faille.
Je la relâche brusquement et fais demi-tour en direction du parking.
⸺Un conseil, appelle tes parents, je n’ai qu’une seule parole, Maddy et tu le sais !
⸺Je t’interdis de faire ça !
J’éclate de rire.
⸺C’est ce qu’on va voir !
Je retire les clés de ma poche, m’approche de sa décapotable rouge sang. Je sais à quel point elle tient à sa voiture, je vais lui faire mal autant qu’elle a fait mal à Athéna.
Je m’appuie contre le capot, baisse le torse en direction de son pneu avant. Mes cheveux à présent trempés dégouline sous mes yeux, je la sens me sauter au cou. Elle sait ce qui va se passer, elle ne pourra rien faire, pour m’arrêter.
Je n’en serais jamais arrivé à ce stade, si Athéna se trouvait dans les parages.
⸺ Je vais porter plainte contre toi, il y aura des témoins !
Je scrute derrière moi, toute l’équipe de foot fait barrage autour de nous.
⸺ Je ne vois personne ! Tu es toute seule, Maddy.
Je prends de l’élan et plante ma clé à l’intérieur, faisant éclater son pneu, un bruit strident sans échappe. Voici des années que je n’avais pas sombré ainsi, il a fallu que je rencontre Athéna, que je m’attache à elle pour vouloir, tuer tous ceux qui l’approche, qui lui font du mal.
⸺ Ça, c’est pour lui avoir fait du chantage !
Je m’approche du coffre, enfonçant la pointe de ma clé sur sa carrosserie. Je la sens me tirer en arrière, mais sa force n’est pas assez puissante pour m’empêcher de continuer.
⸺Nacio, arrête, je t’en supplie.
Je l’entends m’implorer en larmes, mais cela ne m’arrête pas, je la déteste plus que jamais, je veux la faire souffrir, autant qu’elle nous en a fait. Ma clé plante le caoutchouc.
PAFF !
⸺Ça, c’est pour son ordinateur !
Je sens ses bras se resserrer autour de mon cou, puis plus rien, je regarde derrière moi. Logan la tient fermement, l’obligeant à contempler, son petit bijou se faire réduire par, moi. Celui qu’elle a cru un jour appartenir, elle ne comprendra jamais, que je ne veux pas d’elle.
Je le remercie d’un mouvement de tête et m’approche du troisième faisant grincer le métal contre le coffre. J’enfonce mes yeux dans les siens, baigné de larmes.
⸺ Ça fait mal, Maddy, de voir qu’on touche à ton petit bébé ?
Elle se mord la lèvre.
⸺Arrête ! C’est bon, j’ai compris… Éloigne-toi de ma caisse !
Je fais Non de la tête. C’est trop tard pour m’arrêter, elle aurait dû la fermer, me foutre la paix, mais elle n’a rien fait de tout ça, elle ne peut s’en prendre qu’à elle.
⸺Je ne pense pas non, sinon tu nous aurais foutu la paix depuis un bon bout de temps. Celui-là, c’est pour l’avoir traitée d’aveugle.
PAFF !
⸺Mais c’est la vérité, c’est une putain d’aveugle, je n’ai dit que la vérité. Je te jure.
Je la regarde, mon cœur se serre, pas pour elle non, jamais de la vie, j’ai bien trop de colère en moi, pour être affligé envers cette fille qui n’a aucun remord d’avoir détruit le rêve de Athéna.
⸺Je suis au courant, mais tu crois que cela te donne le droit, de le crier sur tous les toits. NON ! Hurlé-je.
Je sens tous les yeux se poser sur moi, aucun n’ouvre la bouche, de toute façon, c’est mieux ainsi. Mes gars me connaissent quand je déraille, mieux vaut ne pas m’affronter.
Et là, je délire complètement.
PAFF !
⸺Ça, c’est parce que tu as essayé de l’écraser alors que tu savais, qu’elle ne pouvait pas te voir !
Les quatre pneus à plat, une carrosserie qui donne l’impression de s’être fait agresser par des lions. Malgré tout, je trouve qu’il manque autre chose, ce n’est rien comparé au mal, qu’elle lui a fait endurer. Je regarde autour de moi, mes yeux se posent sur un objet bien plus dangereux que de simples clés.
J’attrape la pierre d’une main, l’éclate contre son rétro.
⸺NACIO ! Gémit-elle de douleur.
Je pointe du doigt mon nouvel acte.
⸺Tu sais, pourquoi celui-là ?
Elle secoue la tête en sanglots.
⸺Je vais te rafraîchir la mémoire. Le Coffee Garden !
Notre première sortie, notre putain, de première vraie sortie en tant que couple. Je comptais sur celle-ci pour rattraper ce jour où elle m’a avoué que je lui manquais. Je fais le tour de la voiture, la tempête en moi est fatale.
⸺Je te dis pourquoi, où tu vas trouver comme une grande fille !
Ses yeux ne quittent pas la pierre du regard.
⸺Je suis désolé de… lui avoir fait croire que tes mots… lui étaient destinés !
Je la pointe vers elle, un sourire triomphant s’empare de moi.
⸺C’est bien, tu commences à grandir !
J’éclate le rétro qui se brise en morceaux.
⸺Ensuite ? Je lui demande, ma poitrine se gonfle et dégonfle à vive allure.
⸺De lui avoir tendu un piège hier soir, c’est bon arrêter maintenant !
Mon bras se fige en l’air, j’ai dû malentendre.
⸺Tu as quoi ? Demande-je outré.
Mon regard se fait plus noir, je ne vois plus rien autour de moi.
⸺C’est ma faute.. Je… j’ai obligé Juliette à éloigner son chien d’elle. Je l’ai vu hier débarquer avec le vendeur de hotdogs. Je voulais que tu la voies accompagnée d’un autre mec, que toi. Je voulais que tu les détestes, que tu penses qu’elle allait voir ailleurs pour après te retrouver, comme au bon vieux temps. Tu me manques, Nacio. Putain, moi, je t’aime comme tu es, je vois l’homme que tu es et pourtant, toi. Tu t’obstines à courir après cette fille qui t’a menti sur sa vraie nature. Tu l’as défendue alors qu’elle ne te mérite pas. Elle ne pourra jamais te rendre heureux, alors que moi, j’en suis capable !
Chaque détail de la confession de Maddy agit comme une goutte d’essence sur le brasier de ma fureur. La pluie ne semble pas suffisante pour apaiser les flammes qui dansent en moi.
Je m’approche d’elle fou de rage. Les mots d’Athéna passe en boucle comme un disque rayé.
« Je ne te mérite pas »
Ça fait mal, putain, ça fait tellement mal, de comprendre pourquoi, Athéna, se rabaissait autant à mes côtés. Je déteste qu’elle ait pu penser ça.
⸺Tu as manigancé la disparition d’Ange, tu as joué sur son point faible, ce chien est toute sa vie et toi, tu as essayé de le lui enlever pour me faire croire que ma nana sortait avec un mec en douce. Tu crois que je suis assez con pour penser ça d’elle ! Athéna ne joue pas dans plusieurs tableaux et tu sais pourquoi ?
Elle secoue la tête, les yeux rouges.
⸺Parce qu’on vit ensemble, Athéna et Ange font partie de ma vie. Contrairement à ce que tu crois, elle ne m’a jamais menti sur ce qu’elle était, non jamais.
Plus je parle, plus des souvenirs me reviennent, me faisant réaliser qu’Athéna, ne m’a rien caché, chaque jour elle me répétait, qu’elle voulait vivre une vie normale, qu’elle était différente de toutes les filles que j’ai pu rencontrer, qu’elle me parlerait le jour où elle serait prête. Chaque mot me revient en tête comme une putain de claque, je lui en voulais de m’avoir menti alors que c’est tout le contraire. Je savais que quelque chose n’allait pas, ma colère contre elle m’a fait oublier, ce putain de détail.
Je me rappelle cette première nuit passée ensemble, quand je lui ai demandé si elle n’avait pas mal derrière ses oreilles à force de porter ses lunettes. Ma question, me revient comme si c’était hier.
« Ce choix, est ce qu’il répondra à ma question, le jour où je découvrirai ton secret ? »
Mon cœur s’accélère, je connaissais l’existence de son secret mais je ne savais pas de quoi il s’agissait, ce soir-là, elle m’a fait promettre une chose.
« Oui, mais s’il te plaît, promets-moi de ne pas te presser, j’aimerai encore le garder pour moi. »
Une autre me revient, celle de ne pas changer dans ma manière d’agir avec elle, après qu’elle m’aura dévoilé la vérité, je me rappelle aussi, lui avoir donné un putain d’orgasme quelques heures après ça.
Bordel, j’ai tout fait de travers.
Je jette la pierre en plein dans le pare-brise, j’ai honte de mon comportement, honte d’avoir trahi mes promesses, honte d’avoir fui et maintenant, je vais devoir rattraper mes putains d’erreurs.
⸺ Pour Ange, pour elle et putain, pour moi. Je me tourne pour lui faire face et la pointe du doigt. Et sache un truc, Maddy, tu ne me rendras jamais heureux comme elle l’a fait, comme aucune autre de ce putain de campus, d’ailleurs ! Je lui crache à la gueule, une putain de vérité.
Je fais signe au gars de la lâcher, je la vois fondre en larme, j’espère qu’elle souffre autant qu’Athéna et Ange. Je marche en direction de ma prochaine heure de cours sans me retourner.
⸺Bordel, tu lui as tué sa caisse, mec ! M’annonce Marck.
⸺En même temps, elle l’a cherché ! Répond Logan.
Je me tourne vers eux.
⸺J’ai voulu atteindre son point faible comme elle l’a fait en utilisant Ange, maintenant je suis sûr qu’elle ne remettra pas un pied ici ! Ça s’arrête là !
J’aurais dû la mettre en cendre, mais je ne veux pas prendre le risque de me faire renvoyer, j’ai trop à perdre.
⸺T’as pas tort ! Mais tu as fait fort quand même, et si elle se venge sur ta bagnole ?
Je hausse les épaules, ma voiture est l’une de mes dernières préoccupations.
⸺Elle peut, mais je sais qu’elle ne le fera pas. Je pense qu’elle a compris le message. Bon, je vous laisse, on se retrouve à la sortie.
****
J’ai essayé de l’appeler à plusieurs reprises, la seule fois où elle s’est décidée à me répondre, c’était pour me crier d’aller me faire foutre, du Athéna tout craché.
Je recommence à nouveau mais tombe directement sur sa messagerie. Durant les cours, je lui ai écrit un nombre incalculable, mais aucune réponse, même pas un putain d’accusé de réception. Ça me rend dingue, la dernière heure sonne, je glisse la bandoulière sur mon épaule et sort en furie jusqu’à ma voiture. Je parcours des yeux le parking, la voiture de Maddy n’est plus là depuis plus de deux heures et elle avec. Putain, enfin une bonne chose, mais ce n’est qu’une infime partie, je dois trouver Athéna. Je pianote sur mon téléphone, lorsqu’un bras glisse autour de mes épaules.
⸺Pas de réponse ?
C’est la dixième fois, qu’il me pose la question depuis hier.
⸺J’ai eu le droit d’aller me faire foutre !
Il se frotte le bord du menton.
⸺Hum, je crois que tu devrais la laisser respirer, après tout, tu t’es barré comme un connard et elle vient de passer sa pire journée, laisse-lui un peu de temps. Du coup, tu as réfléchi ?
⸺Pas vraiment.
Je baisse les yeux vers le sol, shootant dans un cailloux.
⸺Pourquoi, j’ai la sensation que tu vas te rendre chez toi ?
⸺Parce que c’est le cas. Je dois m’excuser de mon comportement, lui expliquer que j’ai besoin de temps, pour diriger cette nouvelle, que je suis toujours aussi paumé !
Un rire moqueur s’empare de lui, c’est bien la première fois que mon pote se fiche de moi.
⸺Rassure-moi, tu n’allais pas faire ça, c’est pire que de la larguer. Je m'excuse, mais j’ai besoin de réfléchir à notre situation ! C’est con, vraiment con, tu ne peux pas débouler comme ça et lui lâcher ça en pleine figure. C’est pire, que de lui faire croire que tu te tapes, Maddy.
Je n’en suis pas si sûr, mais Marck à probablement raison. Je serai un putain de connard, de venir la voir sans avoir le reste de mes idées claires.
Putain de maladie !
Que dirait ma mère, si elle découvrait que ma petite amie fait partie des gens contre qui elle se bat chaque jour.
Et si, elle s’était rapprochée de moi, pour ma mère, c’est la deuxième fois que cette idée me vient.
Je secoue la tête, je n’ai pas le droit de penser ça, pas après l’avoir vue en sanglot par ma faute, pas après qu’elle m’a donné son corps.
Athéna, n’est pas ce genre de fille, Henry me l'a bien fait comprendre.
Nous marchons en direction de nos voitures.
⸺ On se retrouve chez moi, mon canapé peut encore supporter, ton gros cul d’imbécile !
Je lui tire un doigt d’honneur, ce qui le fait rire.
****

Trois heures du matin et je ne trouve toujours pas le sommeil, je regarde mon téléphone toutes les deux minutes, espérant recevoir un message de sa part. Voilà plus d’une semaine que je retourne la situation dans tous les sens, une semaine qu’Athéna n’a pas pointé le bout de son nez en cours et bordel, j’en ai plein le cul de ce canapé inconfortable. Non, en fait, j’en ai plein le cul, de ne pas être chez moi, mes bras autour d’elle. Chaque jour, de nouveaux souvenirs remontent la surface. Chaque jour, je réalise qu'Athéna n’a rien fait pour me cacher son état, et putain, j’en ai mal au ventre de me dire que depuis le début, je n’avais juste rien remarqué. Je me dis que Troy à raison. C’est bien moi l’aveugle dans cette relation. Tout est tellement logique dans ma tête. Les post-it. Le fait qu’elle marche avec un bandeau sur les yeux. Les gestes qu’elle réalisait avant de s’installer sur le siège de ma bagnole. Toutes ces choses qu’elle connait sur les personnes malvoyante, tout était bien clair et je n’ai rien vu, au point de ne pas avoir fait le rapprochement avec Ange. Je me sens si con, non pire que ça.
Je dois rentrer…
Je me tape le front et me lève rapidement lorsque mon téléphone émet un bip.
Je m’arrête, me jette dessus pour voir de quoi il s’agit.
Ce n’est pas un sms, ni un appel, non, mais un e-mail provenant d’elle, un putain d’e-mail. Mon cœur s’emballe, je tombe sur le canapé et l’ouvre aussi vite que possible.
Depuis qu’elle m’a criée d’aller me faire foutre, c’est la seule nouvelle que j’ai eue d’elle.
Mes yeux passent sur son adresse puis sur la pièce jointe avec comme objet :
« Je te déteste, mais il fallait que je te donne des explications ».
Au vue de l’heure, j’en conclus qu’elle aussi ne trouve pas le sommeil, peut être que nous sommes dans le même état dépressif, même si elle me dit me détester, j’ai du mal à croire que ce soit le cas car putain moi, c’est tout l’inverse.
Cette fille m’a retourné le cerveau au point de vouloir m’empresser à la rejoindre et lui présenter mille et une excuses. Quitte à la supplier de me pardonner.
Mon pouce se met à trembler en tapotant sur l’écran, le fichier ouvert j’en ai le cœur qui va exploser, je reconnais le titre, une boule se forme dans ma gorge.
Athénaïs
Une putain de gastro, voilà ce qui arrive lorsqu’on passe une journée trempé jusqu’aux os, une putain de gastro, une fièvre qui ne m’a pas lâché, qui après plus de six jours cloué au lit, me fiche enfin la paix. Un téléphone qui sonne non-stop m’annonçant qu'Ignacio ma écrit, que j’efface aussitôt d’ailleurs. Bordel, je le déteste, je lui en veux d’avoir remis le couvert avec Maddy, de m’avoir planté ici, toute seule, alors que je ne souhaitais qu’une chose, être dans ses bras, qu’il puisse s’occuper de moi, comme il l’avait fait en soignant mes plaies.
J’entends frapper à ma porte.
⸺Je t’apporte le dîner !
J’essuie mes yeux qui ne s’arrêtent jamais de couler, les pas de Troy s’approchent de mon lit. On ne se connait pas depuis longtemps, mais quand il m’a découverte les yeux cerné et la tête au-dessus du toilette, il n’a pas hésité une seconde à s’occuper de moi, jusqu’à mon rétablissement. Bon dieu, je ne le remercierai jamais assez d’être resté quatre jours bloqué à la maison avec le risque, que je le contaminé lui aussi.
J’ai trouvé un ami, extraordinaire.
⸺Comment tu te sens ?
Je sens le matelas s’affaisser sous son poids, sa main frotte mon tibia.
⸺Je pense, que je suis enfin guérie de cette foutue gastro.
Il rit à cœur joie.
⸺Ça, j’en doute pas une seconde, mais je parlais de ton cœur, comment tu te sens ?
Je triture le drap sous mes doigts, mon cœur ne se remet toujours pas de la situation. Ignacio me manque terriblement et ça me fait atrocement mal.
⸺C’est toujours autant la merde. Je me dis, que je devrais probablement retourner chez mon père, mais je ne lui ai même pas encore annoncé qu'Ignacio et moi s’étaient finis.
Cette simple phrase me broie le ventre. Il se redresse aussitôt.
⸺ Hors de question que tu rentres, il a fait le con, il assume toi, tu n’as rien à avoir là-dedans !
Je secoue la tête.
⸺Tu te trompes, c’est moi qui lui ai caché ma réalité, je lui ai juste donné une raison de s’échapper.
Il se glisse de nouveau à mes côtés.
⸺Arrête tes conneries, c’est lui qui n’a rien vu, et sérieux, ton campus est con, même moi, j’ai su que tu ne voyais pas, et franchement, je ne vois pas où est le problème. Regarde, je suis ici. Et je t’aime bien !
Mon visage se tourne vers lui. Avec Troy, je n’ai pas peur d’être moi. D’avoir le visage à découvert. Je n’ai pas cette peur oppressante qu’il s’éloigne de moi, à cause de ma situation. Ma main cherche la sienne.
⸺Merci d’être là ! Je n’aurai pas pu rêver, meilleur ami que toi.
Je le sens sautiller sur le matelas.
⸺Je suis ton meilleur pote putain, j’ai une chance de folie.
Je le bouscule en riant.
⸺ Arrête de te moquer de moi, crétin.
⸺Je ne me moque pas de toi, et je ne suis pas un crétin, Athi !
⸺Athi ?
Je hausse les sourcils en écoutant ce surnom, immonde.
⸺ Quoi, t’aime pas, moi, je trouve ça trop cute !
Je grimace avant de rire à nouveau. Bon dieu ça fait un bien fou, même si cela ne durera que quelques heures. Je sais que dès qu’il repartira, dans la chambre d’amie qui se trouve en face de la mienne. Je plongerai dans la douleur, en plus de me payer une putain de nuit agitée.
⸺Ok, va pour Athi !
Ange s’agite à mes pieds pour s’allonger entre nous.
⸺Ton chien m’adore !
⸺Il adore tes hot dog, nuance !
Je l’entends soupirer.
⸺Ta maîtresse est jalouse de notre amitié Ange.
⸺Woof !
Ils m’épuisent.
⸺Pff, n’importe quoi vous deux ! Je ne suis jalouse de personne.
⸺Ça, c’est ce que tu dis, mais moi, j’ai bien vu que tu l’étais. D’ailleurs, il continue de t’harceler ?
⸺Tu parles de mon chien où de celui qui m’a brisé le cœur pour recoudre le tien ? Le taquiné-je.
⸺Je parle du Play boy évidemment ! Tsss…
Il accentue sur les Y, en soupirant.
⸺Il ne fait que ça !
Je m’allonge, plonge ma tête dans sa fourrure et enroule mes bras autour. J’ai un besoin urgent, de sentir ma grosse peluche à mes côtés.
⸺T’es sûr qu’il a remis le couvert avec Maddy ? J’entends de l’hésitation.
Je hoche la tête. Ça fait des jours que cette question lui brûle la langue, je savais qu’un moment ou un autre, il allait me la poser.
⸺Elle me l’a dit !
⸺J’y crois pas une seconde, je suis sûr que cette garce a menti. Pourquoi il se taperait un orage, alors qu’il a un rayon de soleil dans sa vie.
Son regard, bien que je ne puisse le voir, pèse sur moi comme une lourde charge. Il semble sûr de lui.
⸺Parce que c’est un mec, Troy.
Il me donne une tape sur l’épaule.
⸺Ehhh, moi aussi, je suis un mec et je ne change pas de bord comme de chaussette, sauf si elles sont super confortables.
Troy a cette incroyable capacité à manier les mots avec une dextérité qui peut dérouter.
⸺Ta une façon bizarre, de décrire les choses parfois !
⸺Je suis sérieux. Athi, il passe ses journées à t’harceler, alors que tu évites tous ses appels. S'il était avec Maddy, je peux te dire qu’elle ne lui laisserait aucun moyen de communiquer avec toi ! Cette garce et folle à lier, elle aurait caché son téléphone ou carrément bloqué ton numéro, ou soit elle prépare un plan diabolique pour te tuer en pleine nuit, pour que tu disparaisses définitivement de sa vie. Puis, entre nous, s’il était avec, pourquoi avoir détruit sa décapotable ! Qui fait ça a sa meuf !
⸺Elle a essayé de me tuer avec sa bagnole, je te rappelle. J’ai un moment d’arrêt, je redresse le visage stupéfait. Il a fait quoi ?
Ses mains s’emparent de mes épaules.
⸺T’es pas au courant ? Il lui a bousillé sa bagnole, tout le monde en parle et je peux te dire qu’il n’a pas été dans la tendresse, elle a dû appeler ses parents et une dépanneuse. Il ne restait que l’intérieur intact, je ne l’ai pas vue de mes yeux, mais à la façon dont les étudiants en parlent, c’était vraiment pas beau à voir.
Mon cœur tambourine dans ma poitrine, j’ai du mal à croire qu’Ignacio ai pu faire une tel chose. Lui qui est de nature doux et tendre, j’ai du mal à l’imaginer péter un plomb.
⸺C’était quand ? Je lui demande.
⸺Je crois que c’était… le jour où tu as repris tes cours, il me semble.
Nous continuons de discuter de la voiture de Maddy, plus j’écoute Troy, plus je me dis que c’est une histoire improbable.
Cette violence soudaine, cette fureur déchaînée sur la voiture de Maddy, c’est comme si une facette de lui que je ne connaissais pas s’était révélée.
Qu’est ce qui lui a pris de faire ça ? Il aurait pu avoir de sacrés problèmes avec la justice, c’est stupide.
Peut-être que Troy a raison, mais pourquoi Ignacio ne m’a pas retenu ? Pourquoi il n’a rien fait ? Et pourquoi n’est-il toujours pas rentré ?
Trop de questions dont je n’ai pas de réponse, ça me nous l'estomac. Je ne sais plus quoi penser, je ne sais même plus quoi faire, je suis complètement désorienté par le manque de sa présence
Quelques heures plus tard, Troy finit par m’embrasser sur le front et sort de la chambre en baillant. Je n’ai pas bougé d’un millimètre, depuis notre conversation. Mille choses me traversent l’esprit, je ne sais plus où donner de la tête. Des nuits que je m’effondre à l’idée qu’il la touche, qu’il l'embrasse, et maintenant, j’apprends ça.
Je ne vois pas l’intérêt de lui avoir fait ça, comme je ne sais pas de quoi elle m’accuse. Je n’ai rien à avoir dans cette histoire de renvoie définitif. Peut-être, que sur cela aussi elle ma mentit, elle pensait me faire culpabiliser de revenir sur le campus et putain elle avait gagné, je lui ai laissé une semaine de répit à cause de ma gastro, une semaine qu’elle a dû profiter d’Ignacio où même l’emmerder comme elle sait le faire. Mes poings se resserrent contre elle, contre Ignacio qui n’a toujours pas remis un pied ici. Pour m’expliquer droit dans les yeux ce qui se passe avec elle, ou même me dire clairement que lui et moi, c’était fini. Il aurait quand même pu me dire qu’il me quittait, au lieu de ça, il est parti et n’est pas revenu.
Est ce qu’il dort réellement chez Marck ?
Bordel, je ne sais même pas où il se trouve. Peut-être dans un bar ou chez une autre fille, voilà que je me monte la tête.
Je sors du lit, attrape mon sac et en sort mon ordinateur. Je m’assois au sol, le dos contre le rebord du lit, ouvre mon pc, la voix m’annonce que je suis sur une page Word. Ma page, celle où j’ai passé des heures à écrire ma vie, mes sentiments, mes sensations, mon mal-être.
Je pose l’ordi et me relève en direction de la chambre de Troy, je ne prends pas le temps de frapper et l’ouvre.
⸺Troy !
⸺Athi, j’étais en train de m’endormir ! Râle-t-il.
Je reste devant l’entrée, je me fiche qu’il s’endorme, j’ai besoin de lui.
⸺Troy, toi qui espionne Ignacio, tu dois connaitre son e-mail ?
⸺Je te la donnerai demain, maintenant va dormir ! Et pour ta gouverne, je ne l’espionne pas.
Je secoue la tête, me mordant la lèvre.
⸺Ça ne peut pas attendre, il me la faut maintenant !
J’insiste sur le dernier mot, j’entends les draps s’agiter, il souffle à plusieurs reprises pour me faire part de son mécontentement. Il comprend après plusieurs minutes que je ne bougerai pas d’ici sans obtenir ce que je veux.
⸺Même aveugle, je te trouve incroyablement ingrate, envers celui qui t’a tenu les cheveux.
Je le soupçonne de sourire, tout en entendant ses ongles tapoter un écran. Il finit par ouvrir la bouche, me donnant l’information dont j’avais besoin.
⸺Super, bonne nuit.
⸺Pardon, aussi ?
Je ris.
⸺Pardon, de t’avoir réveillé, espion !
Je l’entends rire puis plus rien, je quitte sa chambre et fonce dans la mienne, reprenant ma place sur le carrelage. Je pianote sur mon ordinateur, insère mon fichier puis écris son adresse. Je ne peux m’empêcher de rire en cliquant sur mon clavier.
Non, mais sérieusement, qui s’imagine ce genre d’adresse. Ignacio dans toute son élégance. Je finis par ajouter une petite phrase qui lui donnera, à coup sûr, envie de lire ce que j’ai à lui dire. Je le connais assez pour savoir comment attiser sa curiosité.
J’hésite un moment, l’index au-dessus de la touche entrer, Ange me saute dessus au même moment.
« Envoyer »
⸺Merde, Ange tu fais chier, je…

Je le sens me lécher la joue, m’arrachant un éclat de rire.
⸺Tu l’as fait exprès, avoue ?
⸺Woof !
⸺Tu es pas croyable, sérieux. Bon, bah maintenant y a plus de marche arrière, aller au dodo, gros nounours.
J’ai envie de me cacher sous terre, chose impraticable à faire alors j’opte pour me cacher sous ma couette, le cœur en vrac.