I
Ma mรจre n'aura jamais assez d'argent pour me payer une รฉcole d'art. Je n'ai aucun avenir, je le sais. C'est pour รงa que les cours ne m'intรฉressent pas et que je ne vais au lycรฉe que pour assurer des aides familiales ร ma gรฉnitrice. De toute faรงon, je ne lui sers qu'ร avoir de l'argent.
- Vous n'irez pas loin dans la vie, Claire !
Je soupire et roule des yeux. Je suis ร deux doigts de tout envoyer balader. D'accord je ne fais rien, mais je ne dรฉrange personne. Au fond de la classe comme une solitaire, je remplis mon carnet de dessins. D'autres perturbent le cours en parlant ou en rigolant, mais c'est toujours sur moi que les profs s'acharnent. Et plus particuliรจrement celle-ci. Tout la rebute chez moi : mon style vestimentaire, mes dessins, ma faรงon de parler, mon maquillage, la musique que j'รฉcoute... Je suis catรฉgorisรฉe comme une รฉlรจve rebelle, alors que je ne demande rien ร personne.
- Et assieds-toi correctement, nom de Dieu !
Comme chaque fois, elle a la remarque de trop. Je supporte les critiques depuis le dรฉbut de la journรฉe, j'ai atteint ma limite. Je ne vais pas me battre, la frapper ou l'insulter. Je ne suis pas ce genre de personne. Je me lรจve simplement, range mon carnet, ma trousse et sors mon casque avant de refermer mon sac ร dos noir. Tous les yeux sont rivรฉs sur moi.
- Que faites-vous ?
Je passe mes bras dans les trous et enfonce le fil dans mon tรฉlรฉphone. Ma table vide et ma chaise rangรฉe, je passe devant mes camarades et le bureau de la prof avant de partir sans un mot. Avant que je n'allume ma musique, j'entends au fond du couloir :
- Revenez ici, Claire!
Enfin, j'appuie sur le petit triangle pour lancer The Kids are Coming. La douce voix de la chanteuse m'emmรจne hors du bahut. Armรฉe de mes rangers ร lacets jaunes, j'entame une randonnรฉe. Je rejoins mon squat favori. En dehors de ma prison quotidienne, je me sens plus libre, plus heureuse. Le lycรฉe me rend dรฉpressive. Dehors, j'ai envie de sourire pour tout et n'importe quoi. J'ai l'impression d'รชtre la maรฎtresse du monde.
Mรชme si mes bas rรฉsille attirent la gente masculine, je me sens invincible. J'ai l'habitude que les hommes en chien me reluquent. Peu importe la faรงon de s'habiller, il y aura toujours des gens pour critiquer ou dire qu'on provoque. Alors je ne me gรชne pas pour porter ce que j'aime. Aujourd'hui, c'est mon short bordeaux prรฉfรฉrรฉ et mon dรฉbardeur noir. Mes cheveux teints sont attachรฉs en queue de cheval haute et mes yeux sont entourรฉs de crayon noir.
Mon lieu de refuge est une ancienne usine dรฉsaffectรฉe au bord d'un petit courant d'eau. Elle est fermรฉe mais ses fenรชtres cassรฉes sont facilement accessibles via la grille, que je dois escalader pour atteindre l'arriรจre du bรขtiment. Je prรฉfรจre รชtre dehors qu'enfermรฉe entre quatre murs. De plus, il fait assez beau pour profiter d'une lumiรจre naturelle, ce qui embellit mes dessins et mes photos.
- Merde !
En sautant la grille, mon collant se raccroche et se craque. Sur la cuisse gauche, j'ai dรฉsormais un รฉnorme trou. Je soupire mais continue d'avancer. Enfin installรฉe, contre le mur taguรฉ, je sors mon carnet et termine le squelette mexicain que j'avais commencรฉ en cours d'histoire.
Quand j'entame une nouvelle ลuvre, mon tรฉlรฉphone sonne. L'รฉcran affiche le numรฉro du dernier garรงon qui a fourrรฉ sa langue dans ma bouche. Je l'aime bien alors je rรฉponds. Il m'explique รชtre en pause et qu'il reprend les cours dans moins de cinq minutes. Je ne lui fais pas perdre son temps et le laisse parler.
- รa te dit qu'on aille au cinรฉ ce soir ? Me propose-t-il.
- Tu me proposes un rendez-vous ?
- Ouais, en quelque sorte...
Je laisse un blanc s'installer. J'observe le sourcil que je n'ai pas fini de crayonner.
- Alors ? Insiste-t-il.
Je lรจve un coup les yeux vers le soleil et hausse les รฉpaules, comme s'il pouvait me voir.
- Pourquoi pas, je rรฉponds.
- Alors on se dit 20h devant le cinรฉ ?
- Ok.
Il me salue et raccroche. Je regarde l'heure : 16h12. J'ai encore du temps ร perdre. Je remets mon casque, change de musique et de position, et reprends mes coups de crayon. Cette-fois ci, c'est un couple en plein acte sexuel. On ne voit pas leur sexe, mais assez de leur corps pour imaginer le reste. Le garรงon a la main posรฉe sur l'une des fesses de sa partenaire, assise sur lui.
Les mรชmes musiques tournent en boucle, ma playlist n'รฉtant composรฉe que de cinq musiques. J'en ai beaucoup plus โ environ deux mille โ mais ces cinq chansons sont celles que j'รฉcoute en ce moment. Trois sont de la mรชme chanteuse et les deux autres issues d'une sรฉrie. Ma tรชte s'agite toujours dans le mรชme sens, au mรชme rythme, mais je ne me lasse pas. C'est pourquoi je pousse un cri quand je sens mon casque glisser de ma tรชte. Je pense d'abord ร un coup de vent puis me rends compte que deux hommes se tiennent devant moi, habillรฉs en mode Men in Black.
- C'est bon, tu m'entends lร ? Aboie le premier.
Je le fusille du regard et referme mon carnet en soupirant.
- Quoi ? Je rรฉponds sur le mรชme ton.
- Tu ne sais pas lire une pancarte ? ยซ Propriรฉtรฉ privรฉe ยป !
Je regarde le deuxiรจme homme qui reste silencieux mais nous observe. L'autre est plus grand, plus bronzรฉ et a des yeux gris. C'est la premiรจre fois de ma vie que je vois quelqu'un qui a les yeux gris. Je ne peux m'empรชcher de planter mes iris marron dans les siennes.
- C'est bon, je n'ai rien fait de mal. Personne ne vient jamais de toute faรงon.
- Je suis lร , moi. Maintenant lรจve ton cul de connasse et barre-toi. C'est pas un squat de dรฉfoncรฉs ici.
Je pouffe de rire.
- C'est pas parce que je suis seule et que j'ai les cheveux teints en noir que je me drogue. Ce n'est pas bien de juger ร l'apparence.
- J'en ai rien ร foutre. Si tu te lรจves pas, je te forcerai ร le faire.
Je hausse les sourcils mais prends mon sac. Je ramasse mon casque et me lรจve, pas pour lui faire plaisir mais pour รชtre tranquille.
- Il ne faut pas jeter votre frustration sexuelle sur moi. Je ne vous ai rien fait.
Je mets mon sac sur mes รฉpaules et m'apprรชte ร partir mais Monsieur me retient par le bras. Il resserre sa prise et me tire vers lui. Je grimace et tire dans le sens inverse mais il est plus fort.
- C'est bon Darill, laisse-lร . C'est qu'une gamine, intervient son ami en avanรงant d'un pas.
- Rien ร foutre. Elle me manque pas de respect.
- Qu'est-ce que vous comptez me faire, hein ? Je demande, le provocant.
Sans que je ne m'y attende, le prรฉnommรฉ Darill m'arrache mon tรฉlรฉphone des mains et le jette dans l'eau. Avec la rapiditรฉ de son geste, je ne peux pas le rattraper. Mon casque se dรฉbranche et l'appareil suit le courant, disparaissant rapidement de ma vue.
- Mon tรฉlรฉphone ! Je me plains.
- Tu fais moins la maligne lร , hein ?
- Darill. Arrรชte tes conneries.
Je jette un regard de fausse dรฉtresse ร son ami. Ne le voyant pas rรฉagir, je dรฉcide de me dรฉfendre seule. Ce n'est la premiรจre fois qu'on m'agresse, je sais oรน donner des coups de pieds. Et mรชme si je rate ma cible de peu, mon coup suffit ร le faire lรขcher. A cause de l'espรจce de sable, mes chaussures lui ont laissรฉ une trace blanche sur son costume noir. Je ne m'y attarde pas et prends mes jambes ร mon cou pour m'enfuir, passant par la grille, cette-fois, ouverte.
- Je te jure que je vais te retrouver et te le faire payer connasse !









Je viens de wattpad et quand j'ai vue qu'ils ont supprimรฉ j'ai presque cru que j'allais pleurer..je le lis en boucle un talent et imagination incroyable
j aime beaucoup le livre et j aimerais lire la suite svp