Chapitre 1- Une vision apaisante
Lenna se dirigeait vers la barrière tenant une chaise d’une main, et le pinceau de l’autre quand soudain une présence la fit sursauter, à sa droite appuyée au mur il y avait une vieille table branlante sur laquelle il était couché, Lenna aurait pu continuer son chemin tranquillement mais, comment faire comme si rien ne s’était passé quand ce regard la pénétrait jusqu’au tréfond de son âme. À la fois inquisiteur et menaçant. S’il avait bougé ne serait ce qu’un poil Lenna se serait mise à genoux pour lui implorer son pardon d’avoir déranger son apparente méditation. Alors le cœur battant elle traita de retourner d’où elle venait en reculant suivi de ce regard qui n’oscillait pas et ce mouvement de tête qui la suivait aussi lentement que ses pas. Lenna avait peur du regard de cet énorme chat au pelage jaune et noir tacheté de blanc.
Le soleil était à son zénith quand Lenna décida d’aller s’acheter quelque chose à grignoter, elle regardait passer les gens de l’autre côté de la rue pendant qu’ elle partageait son sandwich avec les canards sur le lac. Elle prenait plaisir à les regarder, cette vue lui inspirait de la tranquillité, chose qu’elle nécessitait après tout les changement vécus durant l’année qui venait de s’écrouler… entre la mort de son père et le départ de ses frères, avoir perdu d’un coup ce cocon familial dans lequel elle a vécu durant ses vingt deux ans.
Pour prendre un nouveau départ face à cette indépendance forcée, elle a déménagé de sa ville natale pour essayer de découvrir ce dont elle était capable d’être, sans ses hommes protecteurs qui l’entouraient. Elle ne s’était toujours pas convaincue que c’était une bonne idée, mais se remettait au destin quant aux conséquences de ses décisions.
Alors quand dans ses heures de pauses elle sortait et regardait ces drôles d’oiseaux qui vivaient tranquillement en communauté, cette vision lui rappelait sa vie avec son père et ses frères. Une image qui la remplissait d’une douce nostalgie.
-il fait très beau aujourd’hui…
Perdue dans ses pensées elle n’avait pas remarqué l’inconnu qui avait pris place à ses côtés sur le banc, ne tolérant pas être dérangé elle fit semblant de n’avoir pas entendu.
-Petite fleur... insista t il.
-On ne vous a jamais appris à ne pas vous adresser aux étrangers encore moins quand c’est une femme. dit-elle d’une voix qui se voulait énervée en prenant bien soin de lui lancer son plus mauvais regard.
-Mais tu n’es pas une étrangère, on est voisin, dit il avec une once de défi.
-Pardon ? fit-elle en levant un sourcil.
-Tu travailles dans les locaux près de chez moi, cela fait un bout de temps que je te connais.
-C’est pas vrai! s’exclama-t-elle exaspérée, alors comme ca vous me suivez?
Et sans attendre elle se leva pour s’en aller, d’un pas rapide elle essaya de rejoindre le coin de la rue.
Personne ne la connaissait ici, si elle avait un problème vers qui se tournerait t’elle? Cet homme dont elle n’avait même pas prit le temps d’examiner le visage paraissait la connaître. C’est vrai qu’elle connaissait quelques mouvements d’auto défense mais cela suffirait il si quelqu’un venait l’accoster? Une fois de plus elle regretta de ne pas être partie avec l’un de ses frères elle n’aurait pas à subir les approches d’un malotru qui l’espionnait dans son travail.
De retour dans les locaux elle s’intima l’ordre de ne plus penser à cet étrange personnage qui l’avait abordé et troublé son moment de réflexion tout comme elle l’a fait sans s’en rendre compte au chat. en y réfléchissant ce dernier n’était peut être pas effrayant il n’aimait sûrement pas qu’on envahisse son espace personnel et la tranquillité de son sommeil. De tout façon, ces deux êtres s’étaient sûrement passés le mot pour lui gâcher la journée.
Respirant un grand coup elle prit le pot de peinture et son pinceau pour faire les dernières retouches sur les chaises, elle aimait son travail et y excellait.
Lenna a toujours dit que grandir dans une famille entourée d’hommes était la meilleure chose de sa vie. De plus, tous ses frères étaient artisans. De l’aîné ébéniste suivi d’un pâtissier, un cordonnier et un serrurier. Grandir dans un environnement comme celui là lui a permit de savoir un peu de tout très jeune, mais ce qu’elle aimait le plus, c’était l’embellissement des façades comment elle le disait souvent, quand elle avait a peu près seize ans elle a commencé à repeindre les murs et maisons de ses voisins chaque fin d’année. Pour marier les couleurs et redonner vie et gaieté à une maison elle savait s’y prendre.
Cependant pour son plus grand énervement certain lui reprochait de faire un travail d’homme et qu’une femme n’etait pas faite pour des travaux si fatiguant néanmoins,elle n’a jamis comprit ce qu’etait un travail d’homme pour une fille ayant grandi sans figure maternelle, elle etait dépendante de ses frères qui repassaient le linge, faisaient la lessive, cuisinnaient et même la coiffait, ils ne se sont jamais plaint de faire des taches qui ne leur etait pas destinées à la base.
Elle n’a jamais été trop proche de la gente féminine tout ce qu’on lui a enseigné était qu’un travail restait un travail sans distinction, tant qu’on pouvait réaliser ce qui méritait d’être fait.
Aussi aimait-elle l’inscription biblique accrochée au linteau de la porte d’entrée: tout ce que ta main trouve à faire, fais-le avec ta force.
Elle connaissait ces mots avant même d’avoir su lire, alors elle avait du mal à comprendre pourquoi il lui était difficile de trouver du travail dans son domaine. Son statut de femme, la classait ipso facto dans une catégorie de faible et d’incompétante. Des questions lui remplissaient tellement la tête qu’elle en avait mal au crâne.
-Lenna.
-Pourquoi les gens de cette ville avaient la mauvaise habitude d’interrompre les autres dans leurs pensées…, grogna-t-elle.
-Pardon? Questionna le gérant pensant qu’elle s’adressait à lui. Dis, tu penses finir avant la fin de la semaine ? Ajouta- il
-Je serais dans les délais, répondit-elle d’un ton sec.
Un peu brusqué par le ton de la jeune fille toutefois il s’efforça de sourire puis ajouta :
-Très bien. Il est dix-huit heures nous allons fermer, ramasse tes affaires.
-J’arrive dans cinq minutes, dit-elle en refermant le pot de peinture.