Si tu l'emportes au paradis

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Summary

Ce jour-là, j’ai été appelé sur un triple homicide. Tu ne vas peut-être pas me croire, toi le petit privilégié qui a grandi dans les quartiers chics de la capitale, mais ça n’est pas si courant en banlieue, même sur des affaires de règlement de compte entre dealers. Alors, quand je me pointe avec cette seule info en poche, je sais déjà que cette affaire va me sortir de ma routine. Je suis encore loin d’imaginer à quel point, tu t’en doutes. Laisse-moi te raconter comment j'ai vécu notre improbable rencontre, au beau milieu d'une affaire criminelle dont on parle encore aujourd'hui.

Status
Complete
Chapters
5
Rating
5.0 2 reviews
Age Rating
18+

Scène de crime

Ce jour-là, j’ai été appelé sur un triple homicide.

Tu ne vas peut-être pas me croire, toi le petit privilégié qui a grandi dans le 7ème, mais ça n’est pas si courant en banlieue, même sur des affaires de règlement de compte entre dealers où on va retrouver un type sur le carreau, deux grands max. Au-delà, c’est une rareté. Alors quand j’arrive sur les lieux avec cette seule info en poche, je sais déjà que cette histoire va me sortir de ma routine. Je suis encore loin d’imaginer à quel point, tu t’en doutes.

Les Ulis, quartier résidentiel, pavillon anonyme. Pas besoin de vérifier le numéro, étant donné le nombre de voitures de flics qui sont garées juste devant, à l’arrache. On me salue quand je me pointe. Lieutenant de police Bilal Rasheed, pour vous servir, messieurs-dames ! Aka le plus haut gradé sur les lieux tant que ma chère capitaine n’est pas arrivée.

L’odeur métallique du sang me percute à peine le seuil franchi. Je m’arrête quelques mètres plus loin, pas impressionné pour deux sous par la scène de carnage que j’entrevois depuis l’entrée. Beaucoup de sang, donc. Des projections qui laissent présager des coups violents portés à l’arme blanche, et trois corps étendus sur le carrelage dans des positions étranges, comme des pantins sans vie abandonnés dans l’hémoglobine. Je combats le shoot d’adrénaline qui me pousse en avant. Toujours attendre le passage de la scientifique avant d’intervenir sur une scène de crime, sous peine de se faire traiter de Cro-Magnons décérébrés par les intéressés. Des gens toujours très charmants.

— Qu’est-ce qu’on a ? je m’informe quand un des brigadiers s’approche.

— Trois victimes, hommes de type caucasien, dans la vingtaine. C’est une fille qui a trouvé les corps. On a été appelés sur place par les voisins qui ont été réveillés par ses hurlements. Elle était en état de choc, les secours l’ont conduite à l’hôpital avec la quatrième victime.

— Il y a un survivant ?

— Oui, un jeune qui a essayé de s’enfuir en sautant par une fenêtre de l’étage. Il a atterri sur la terrasse du jardin. Il était à peine conscient quand ils l’ont emmené.

— OK, balisez bien pour que personne n’aille piétiner où il ne faut pas. Je veux pas que les suppôts de Dexter Morgan me tombent sur le dos.

Il retient un ricanement.

— C’est en cours, Lieutenant. On a aussi trouvé leurs vestes avec leurs papiers dans l’entrée, on n’a pas encore épluché ça.

— Je m’en occupe.

Les vestes sont de marques, les portefeuilles sont en cuir, et quand j’ouvre le premier, je tombe sur une carte d’étudiant de l’école HEC. A côté de la photo d’un jeune homme brun aux traits fins, cheveux mi-long esquissant un sourire discret, s’impriment les nom et prénom Eliott Leroy en lettres capitales.

Ta carte.

À ce moment-là, je ne sais pas si tu es un de ceux qui sont étendus dans le salon, ou celui qui a été emmené à l’hosto. Je ne suis sûr que d’une chose : ça sent la fiesta de petit bourge d’étudiant d’école de commerce hors de prix à plein nez. Au-delà des bouteilles d’alcools dans tous les coins, je mets ma main au feux qu’on retrouvera de la coke quelque part. Au moins dans les analyses toxicologiques.

Quand la capitaine Fernandes arrive sur place, je viens de finir de fouiller vos effets personnels. Rien de bien palpitant. Vous étiez tous étudiants à la même école des futurs maîtres du monde, possédiez tous une Gold MasterCard, et aviez tous des capotes dans vos portefeuilles.

— Qu’est-ce qu’on a ? demande-t-elle à son tour.

Je lui fais un rapide topo de la situation et décline l’identité des victimes. Ses yeux s’écarquillent quand je cite la dernière : Alban Andrieux.

— Un problème ?

— Andrieux ? Comme Pierre Andrieux, le ministre de la justice ?

Je hausse les épaules.

— Sans doute. C’est courant comme patronyme, ça ne veut pas dire…

Elle a déjà dégainé son portable. C’est son rôle de cheffe de ne rien laisser au hasard, mais même si un paquet d’enfants de gros bonnets écume les couloirs d’HEC, je me dis que ce serait vraiment pas de bol pour nous. Quand elle blêmit à la réponse du service d’identification, je serre les dents pour ne pas jurer de dépit.

— Je vais devoir aller vérifier, fait-elle dès qu’elle raccroche.

— Ça ne va pas plaire à Minus et Cortex.

On ne sait pas encore qui ils vont nous envoyer, mais ils viennent toujours par deux. Le plus grand est Minus et le plus petit Cortex.

— Rien à carrer. On n’est plus sur un fait divers là. On passe sur une possible affaire d’Etat. Et je peux pas me permettre de merder là-dessus. Pas maintenant.

Maintenant, soit à quatre mois d’une possible nomination au grade de commissaire. Elle franchit donc le cordon, le visage fermé par la détermination. Une femme qui a du chien, la capitaine. Elle aurait fait une candidate intéressante au poste de future Madame Rasheed, si elle n’était pas ma supérieure hiérarchique directe… et que je n’étais pas pédé comme un foc.

Quand elle revient, elle a identifié les trois victimes. Le fils du garde des sceaux a bien été assassiné dans un pavillon de banlieue de l’Essonne.

Et tu es l’unique survivant du carnage.