Pandora's Box

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Summary

Fin de siècle, début de millénaire... P.G. et son frère Dim travaillent en backstage et vont de contrat en contrat, d'une tournée à l'autre à travers l’Europe, libres de toute attache, ne comptant que sur eux-mêmes. Dernière sensation rock en date, Scarlet aurait dû n’être qu’un groupe en vogue de plus sur leur CV. Mais la volonté farouche de P.G. de rester à l’écart des musiciens va se heurter à une tout autre volonté, non moins solide. Celle de son charismatique leader, Cameron Costa, qui semble prêt à tout pour la séduire. Pour le pire ou le meilleur ? Les arcanes du destin pourraient répondre à cette question de façon cruelle.

Status
Ongoing
Chapters
49
Rating
5.0 1 review
Age Rating
18+

Partie I - PG

Un câble après l’autre. Dans un ordre bien précis. Le scotch au sol, au bon intervalle. Par couleur selon les directives de l’ingé son. À la bonne place, pour ne pas gêner les musiciens. Et vite, très vite, le sound check doit commencer dans un quart d’heure.

Au cours de sa carrière, elle en a déroulé des kilomètres de ces foutus câbles. Il n’y a rien de sorcier là-dedans. Un minimum d’organisation et de concentration, et on avance. Elle sent pourtant qu’ils l’ont à l’œil. Ça ne la dérange pas vraiment. Après toutes ces années, elle est habituée à constamment devoir faire ses preuves.

Un peu plus loin, Dim désosse un gros ampli qui donne des signes de faiblesses depuis peu. Lui aussi, ils l’ont à l’œil. Les membres du staff technique tournent ensemble depuis plusieurs mois déjà, alors qu’elle et son frère viennent d’arriver en renfort pour assurer le marathon des concerts et festivals d’été. Son frère gagnera pourtant plus facilement leur confiance qu’elle. C’est un mec, après tout, pas une gonzesse qui vient leur piquer leur boulot, et qui amènera à coup sûr des tonnes de problèmes. Il leur faudra plusieurs jours avant qu’ils cessent de la surveiller et arrêtent de se demander si elle fera correctement sa part du travail ; à quel moment elle se plaindra de s’être cassé un ongle avant de battre des cils pour qu’ils portent à sa place tel ampli ou tel fût de batterie ?

PG est une fille, et elle est roadie. Il lui est arrivé d’en croiser quelques autres, mais ça n’est pas courant dans le milieu. Ici, les filles sont maquilleuses, habilleuses, assistantes… ou même managers, comme la fille toujours pressée qui les a embauchés il y a deux semaines. Mais le staff technique, c’est de la testostérone pur sucre. Du muscle et du poil.

Elle sait d’expérience que ça n’est l’affaire que de quelques jours. C’est toujours désagréable, mais comme elle aime son travail, elle fait avec. Elle s’adapte. Et puis que deviendrait Dim sans elle ?

Comme sa partie du câblage est terminée, elle hésite à proposer un coup de main au type qui bataille avec les siens de l’autre côté de la scène. Elle est plus expérimentée alors elle y va. C’est l’usage dans le métier. On s’entraide, on forme les bleus. Elle sait qu’il risque de mal le prendre. Certains types ne supportent pas qu’une fille leur explique comment faire leur travail, même si elle s’y connaît mieux qu’eux.

Ce n’est pas son cas. Il est plutôt cool, très jeune et s’appelle Eliott. Il vient d’Ecosse. Elle décide qu’elle l’aime bien.

En sortant de scène, la roadie croise Steve, le batteur du groupe de rock avec lequel ils tournent en ce moment : Scarlet. Il fait de grands moulinets avec ses bras pour s’échauffer et lui lance un de ses sourires ravageurs dont il a le secret en guise de salut. Châtain, les cheveux aux épaules, une solide carrure de batteur… Lui aussi, elle l’aime bien. Un peu trop à son goût, sans doute. Elle s’arrange pour ne pas le montrer car, avec le temps, elle a appris à se tenir à l’écart des musiciens.

Steve est le plus âgé du groupe, et le seul à avoir la tête sur les épaules. Il a une plus grande expérience des tournées. Les deux autres lui font l’effet de deux gamins qu’on aurait lâché dans un magasin de friandises. C’est souvent le cas avec ce genre de groupe : très jeunes, pleins d’ambition, un single qui a cartonné au cours de l’année et les festivals d’été dans la foulé. Le sea, sex and sun des musiciens. Avec l’âge, beaucoup apprennent à garder la tête froide devant cette débauche d’alcool, de drogues et de filles, sous peine d’exploser en plein vol. Une étape qu’ils n’ont manifestement pas encore franchie.

Dim la rejoint et lui tend une bouteille d’eau.

— Tu t’en es sorti avec ton ampli ?

— C’était une antiquité, grogne-t-il. J’ai bricolé un truc provisoire, mais je veux bien que tu y jettes un œil après les balances.

Elle hoche la tête avant de vider la bouteille d’une traite. Sur scène, le leader du groupe, Cameron Costa, entame un de leur tout dernier succès en date, très à l’aise dans son pantalon doré serré sur ses hanches fines, ses lunettes de soleil en forme de cœurs encore sur le nez. Son jeu énergique, déluge de coups de médiator rageurs sur sa Fender Jaguar - assortie à ses cheveux -, a quelque chose d’hypnotisant.

Ils sont tous très bons musiciens, certes, mais si le groupe fascine, ça tient surtout à l’attitude de ce type. Il sent le chaos et la débauche, et ça, le milieu du rock aime. Quand c’est sombre, quand c’est crade et dépravé, il aime. Passionnément. Et il en redemande.

Leur musique sert aussi cette atmosphère particulière. C’est du punk, flamboyant et plein de rage, et pourtant, c’est ciselé au millimètre. Du punk à la fois sincère et calculé. Malheureusement, l’ingénieur qui s’occupe des réglages pourrait mieux rendre justice à ce matériau brut. Mais le succès est tout récent pour eux. Ils trouveront mieux.

La salle dans laquelle ils jouent ce soir est plutôt petite. Trop petite. Elle préfère travailler dehors ou au moins dans de plus grands espaces. Elle s’y sent mieux que dans ce genre de boites en préfabriqué où elle a la sensation d’étouffer. Après le Printemps de Bourges, direction Paris, puis l’Allemagne avant de rentrer au bercail pour des petites salles à travers le Royaume Uni.

Un mois la sépare des premiers festivals à ciel ouvert. Ce sera pour elle une délivrance.