0 | Une ombre
J'ai enfin 18 ans, aujourd'hui c'est mon anniversaire. Mais je ne suis pas tranquille, j'attends impatiemment les rรฉponses de mes vลux universitaires. Tous les jours, chaque matin, je regarde dans la boรฎte aux lettres.
Mais toujours rien. Je n'ai pas grand chose pour m'occuper l'esprit, si ce n'est mon pรจre alcoolique qui vient tous les soirs bourrรฉ de je-ne-sais-oรน. Il a commencรฉ ร boire quand ma mรจre est morte d'un cancer, il ne s'est jamais remis de cette perte, et moi aussi d'ailleurs.
Les souvenirs des funรฉrailles de ma mรจre surviennent tout ร coup dans ma tรชte, les larmes me montent aux yeux.
J'espรจre de tout cลur, que mon pรจre pourra se ressaisir, il le faut. Je ne pourrais pas supporter de le voir ainsi plus longtemps. Quand je serai ร l'universitรฉ, loin de lui et qu'il se retrouvera seul, j'ai peur qu'il fasse une bรชtise en mon absence.
Avec l'universitรฉ, une nouvelle vie s'offrira ร moi, une nouvelle page qui se tournera, un nouveau chapitre. Juste d'y penser, j'ai le cลur qui accรฉlรจre. Mรชme si je suis de nature optimiste, je vois les factures s'empiler sur la table basse. Je n'ai pas d'argent et mon pรจre lui n'ont plus. Nous vivons tous les deux dans un appartement aux murs dรฉgradรฉs par l'humiditรฉ et aux plafonds dรฉvorรฉs par la moisissure. C'รฉtait le mieux qu'on pouvait s'offrir, surtout avec les revenus serrรฉs de mon pรจre.
Je devrais chercher un travail ร mi-temps demain.
Il est dรฉjร 23h.
J'attends mon pรจre dans le salon, pour me rassurer qu'il va bien avant d'aller dormir. Mes paupiรจres s'ouvrent et se ferment, je somnole sur le canapรฉ.
Mon pรจre rentre brusquement ร la maison en claquant la porte. J'ouvre les yeux difficilement. Mais prise d'inquiรฉtude, mon cerveau se rรฉveille immรฉdiatement. Mon pรจre transpire ร grosse goutte et sent l'alcool. Il s'approche de moi.
โ Ma chรฉrie, ma chรฉrie, dit-il tout paniquer. Papa aโฆjeโฆ
โ Tu me fais peur. Dis-moi ce qu'il se passe peut-รชtre que je pourrais t'aider.
Il baisse la tรชte. Je caresse sa joue, il remonte son menton.
โ ChรฉrieโฆDepuis plus de 3 ans, je suis dans un gouffre sans fond, j'en vois pas la fin. Je n'ai pas รฉtรฉ un assez bon pรจre pour toi, tu es si brillante, je te mรฉrite pas.
โ Papa, non.
โ Si, ma chรฉrie. Tu ressembles tellement ร ta maman. Tu es aussi belle qu'elle.
Je retiens mes sanglots dans ma gorge.
โ Tu es une bonne รฉlรจve et tu as de bonnes notes, je suis sรปr que tu rรฉussiras tout ce que tu entreprendras. Mais je n'ai pas envie d'รชtre un frein ร ton รฉlan et je le pressens que je le serai.
โ Mais pourquoi penses-tu aussi nรฉgativement ? Tu es mon pรจre, j'ai besoin de toi autant que tu as besoin de moi.
Des larmes lui coulent sur les joues. Il les essuie sรจchement. Puis il prend un sac pour le remplir de vรชtements.
โ Papa, mais qu'est-ce que tu fais ?
โ On doit quitter la ville.
โ Quoi ? Mais comment ? Pourquoi ?
โ Ne discute pas ! Prends ce qui te tient ร cลur, on part maintenant.
โ Mais oรน est-ce qu'on va aller ?
โ Tout sera mieux qu'ici.
โ La rue sera mieux que de dormir sur un matelas ?
โ Pourquoi parles-tu encore ? Prends tes affaires !
Je me prรฉcipite pour prendre le plus de choses possible en peu de temps. Les sacs fait, nous sortons de l'immeuble ร la hรขte.
โ Marche plus vite Suzie ! Ne traรฎne pas des pieds.
โ Pourquoi ? Sommes-nous poursuivis ?
โ Ne pose pas de questions. Marche seulement ! Nous devons rejoindre l'arrรชt de bus et prendre un car qui nous amรจnera loin d'ici.
Je m'arrรชte de marcher.
โ Comment peux-tu me faire รงa ? Qu'est-ce que c'est ce dรฉlire ? Pourquoi tu ne peux pas me rรฉpondre ! J'ai le droit d'avoir une rรฉponse.
โ Suzie ce n'est pas le moment.
โ Si รงa l'est, es-ce que tu te rends compte de tout ce que tu me fais ? Je vais perdre tous mes amis.
โ Tu t'en feras d'autres. Les amis vont et viennent.
Je suis clouรฉe par la rรฉponse qu'il vient de me dire. Il m'attrape par le bras, et nous marchons. Nous attendons le bus, la rue est dรฉserte, il n'y a mรชme pas un chat.
โ Quand ce bus va venir ? J'ai bien l'impression qu'il est en retard, dit mon pรจre stressรฉ.
โ Peut-รชtre que c'est un signe. Nous ne devrions peut-รชtre pas partir.
โ Arrรชte, Suzie, tu n'es plus une gamine pour me sortir ce genre de phrases aurรฉolรฉes de destin et d'espoir. La vie est beaucoup plus compliquรฉe, c'est loin d'รชtre un conte de fรฉe crois-moi.
โ Papa.
Un 4x4 freine de l'autre cรดtรฉ de la rue.
โ Merde. Non. Suzie. Court ! Maintenant !
Plusieurs hommes sortent de la voiture.
โ Mais je ne vais pas-
โ SAUVE TOI !
Je cours sans mรชme prendre mes affaires, je regarde une derniรจre fois derriรจre moi, et vois mon pรจre tabassรฉ par les hommes qui viennent de sortir de ce mystรฉrieux 4x4 noir.
Quand je retourne ma tรชte, elle se fracasse sur un torse.
โ Princesse, mais oรน allais-tu ? me demande l'inconnu que je viens de percuter.
Je fais quelques pas en arriรจre, j'essaie de reprendre mes esprits. Mais je m'รฉvanouie.
Quand je me rรฉveille, j'ai les yeux embrumรฉs, la tรชte lourde. Je rรฉalise que je suis attachรฉe sur une chaise et bรขillonnรฉe. J'essaie de crier pour appeler ร l'aide mais je n'y arrive pas. J'essaie de me dรฉtacher, mais les liens sont trop serrรฉs.
Je regarde autour de moi, je suis dans un bureau, la moquette est rouge, les fauteuils sont en cuir. Une cheminรฉe est allumรฉe, si leur but รฉtait de me faire crever de chaud, ils ont gagnรฉ.
Mais qui sont-ils ?
Je respire un coup, au-dessus de la cheminรฉe, il y a un portrait d'un homme d'un certain รขge, je dirais d'une soixantaine d'annรฉes. Habillรฉ d'un costume, il prend la pose. Seuls les riches peuvent se permettre ce genre de narcissisme.
J'entends des pas, je prends peur. La porte du bureau s'ouvre, deux hommes tirent mon pรจre inconscient par les bras, ses jambes traรฎnent aux sols.
J'essaie de me libรฉrer pour m'assurer qu'il va bien, de crier, mais je reste impuissante face ร cette scรจne. Les deux hommes ne me jettent mรชme pas un regard. Mon pรจre lui est sur le sol, les yeux fermรฉs.
Un homme grand, brun aux yeux verts d'une vingtaine d'annรฉes entre dans la piรจce, son regard se dirige directement vers moi, il esquisse un sourire.
โ Mr. On le rรฉveille ? demande un des deux hommes.
โ Oui, il a assez dormi, rรฉpond-t-il en lui donnant la carafe d'eau qui รฉtait sur le bureau.
Il verse le contenu de la carafe sur le visage de mon pรจre.
Mon pรจre se rรฉveille immรฉdiatement, il passe sa main sur son visage et s'agite comme s'il ne rรฉalisait que maintenant dans quelle situation nous nous trouvions.
Mon pรจre se mets ร genoux, la tรชte baissรฉe, il dit :
โ S'il vous plaรฎt n'impliquez pas ma fille dans cette histoire, elle est innocente. Elle ne sait rien de-
โ Qui t'as dit de parler ? dit l'homme aux yeux verts.
Mon pรจre se tut immรฉdiatement.
โ Tu veux que je te fasse une faveur alors que tu me dois de l'argent !? reprends-il en criant.
Mon pรจre tremble.
Je crie, les larmes aux yeux.
L'homme aux yeux verts s'approche de moi et me chuchote ร l'oreille.
โ Je te conseillerai de rester silencieuse sinon tu resteras assise, ligotรฉe pendant des jours.
Mes yeux s'รฉcarquillent.
โ Bon, dit-il en se tournant vers mon pรจre. Comment vas-tu me rembourser ?
โ Pour l'instant, je peux pas mais j'aurais une rentrรฉe d'argent certaine d'ici lร .
โ Tu me prends pour un con ? Tu penses que je n'ai pas compris ton manรจge, tu voulais te barrer de la ville ! Je vais te faire deux propositions. Soit tu me rembourse maintenant. Soit je prends ta fille et je la vends au plus offrant.
Je gigote et tombe au sol. Je me mets ร pleurer.
โ Non. Non s'il vous plaรฎt ne faites pas รงa, supplie mon pรจre.
โ Bon sang, es-ce que ta fille sait rester tranquille ? Je peux repousser l'รฉchรฉance du remboursement de ta dette mais je n'ai plus confiance en toi par consรฉquent, je garde ta fille. Tu asโฆ3 semaines.
โ 3 semaines mais comment je vais-
โ Alors 2 semaines.
โ Non, 3 semaines c'est trรจs bien.
โ C'est ce que je me disais. Parfait alors.
โ Comment je peux รชtre sรปr que ma fille sera toujours en vie et en bonne santรฉ ?
L'homme aux yeux verts soupire.
โ ร quel moment tu as cru que j'รฉtais une garderie ?
โ S'il vous plaรฎt ne lui faites pas de mal, je vous en supplie.
L'homme aux yeux verts fait un signe ร un de ses hommes et il assomme mon pรจre.
L'homme aux yeux verts s'accroupit.
โ Bon bah ร ce que je vois, on va rester un bon moment ensemble. J'espรจre que le sรฉjour sera agrรฉable.
Je me dรฉbats encore plus pour essayer de me libรฉrer. Il passe sa main dans mes cheveux et m'assomme.
Je me retrouve dans un lit deux places, il fait dรฉjร jour, j'ai du dormir. Je sors du lit et je me prรฉcipite vers la porte, mais elle est fermรฉe ร clef. Je tape de toutes mes forces et crie :
โ S'il vous plaรฎt, aidez-moi. Aidez-moi, dis-je en m'arrachant la gorge en n'en plus finir.
Une clรฉ tourne dans la serrure. Je recule de peur, la porte s'ouvre.
โ Et bah dis donc tu es du matin toi, dit l'homme aux yeux verts.
Il entre et claque la porte. Il me regarde de haut en bas. Il se gratte l'arriรจre de la tรชte.
โ Tu as dรฉjร eu un petit ami ?
โ Quoi mais c'est quoi cette question ?
โ Ne te fais pas d'idรฉes. Rรฉponds-moi.
โ Je ne rรฉpondrai pas ร cette question.
โ Vois-tu, tu n'as pas vraiment le choix. Tu resteras enfermรฉe si tu ne me rรฉponds pas.
Ma gorge se crispe, je serre les dents.
โ Non, je n'ai jamais eu de petit ami.
โ Tu es encore vierge ?
Mes yeux sortent de leur orbite. Ma gorge se serre encore plus, ma voix en sort รฉtranglรฉ.
โ Oui.
Il sourit.
โ De toute faรงon, un mรฉdecin viendra vรฉrifier tes propos cet aprรจs-midi.
โ Non. Je ne veux pas.
โ Que tu le veuilles ou non, il sera lร et vรฉrifiera. Si je dois te ligoter pour qu'il puisse faire son travail. Je le ferai.
โ Pourquoi c'est si important ?
Il rit.
โ C'est une plus value pendant les enchรจres.
Mon souffle se coupe.
โ Quoi ? Arrรชte de me regarder comme รงa. Tu penses rรฉellement que ton pรจre peut me rembourser ?
โ Je ne sais pas de quoi tu parles mais je suis sรปr que je peux travailler et te rembourser petit ร petit.
Il se remet ร rire.
โ Sais-tu combien ton pรจre me doit ?
100 000 โฌ.
โ Quoi ? Comment c'est possible ?
โ Ton pรจre aime beaucoup mon casino.
Bon dieu. Je m'assois sur le lit.
โ Et ce n'est pas le seul. Mais je tiens ร rรฉcupรฉrer mon argent. Donc, je vais expliquer comment vont se dรฉrouler les prochains jours. Tout d'abord, tu aurais ร ta disposition, Marta, si tu as besoin de quoi que ce soit c'est elle qui faudras dรฉranger. Deuxiรจmement, รฉcoute tout ce qu'elle te dira. Voilร c'est tout, enfin je crois.
โ Oรน est-ce que je me trouve ?
โ AARON, crie une personne de sexe fรฉminin derriรจre la porte.
L'homme aux yeux verts sort immรฉdiatement de la chambre.
Je me mets derriรจre la porte pour รฉcouter.
โ Tu ne peux pas la laisser ici. C'est trop dangereux.
โ Elle ne restera pas longtemps. Je suis sรปr qu'elle trouvera preneur trรจs rapidement, en mรชme pas 3 semaines.
โ Je l'espรจre bien. Je ne veux pas me faire tuer par la famille de ta fiancรฉe.
โ Mais non, ne t'inquiรจte pas, maman tout se passera bien. Comme toujours.
J'entends des pas s'รฉloigner, je me prรฉcipite pour aller m'asseoir sur le lit comme si rien n'รฉtait.
La poignรฉe bouge, l'homme aux yeux verts entrebaille la porte.
โ Comme tu es rรฉveillรฉ, tu dois avoir faim, non ?
Je ne lui rรฉponds pas.
Il soupire.
โ Bon, je vais appeler Marta, elle sera de meilleure compagnie que moi.
Il referme la porte ร clรฉ.
Je dรฉglutis.
Comment est-ce que je vais sortir d'ici ?
Oรน se trouve mon pรจre ?
Es-ce que j'ai un endroit oรน aller si je m'รฉchappe ?
Je me laisse tomber sur le lit. Mais je me relรจve rapidement, ce n'est pas le moment de baisser les bras. Il y a sรปrement une solution.
Je n'avais pas remarquรฉ ร quel point cette chambre est spacieuse et belle. Les murs sont blanc et le sol est fait d'un parquet marron en bois. Une autre porte, je jette un coup d'ลil, ce n'est qu'une salle de bain avec toilette. Il y a une ancienne armoire d'un blanc vieilli et une coiffeuse. Je m'assois sur le tabouret de celle-ci.
Je regarde mon reflet, j'ai l'air calme alors que je panique. Trop de questions se bousculent dans ma tรชte, je suis tรฉtanisรฉe. Je remarque que mes cheveux longs et chรขtains sont tout emmรชlรฉs. Je regarde sur le meuble, il y a une brosse ร cheveux. Es-ce que c'est appropriรฉ de me brosser les cheveux dans une pareille situation ?
La porte de ce que je considรจre maintenant comme ma chambre pour ne pas dire ma prison s'ouvre.
โ Voilร , voici Marta dit l'homme aux yeux verts en la prรฉsentant. Je dois partir maintenant.
Et il repart.
Les successives va et vient de ma prison au reste de la maison dont je n'ai pas connaissance m'agace un peu. Je veux rester seule. Je ne veux parler ร personne. Mais je dois m'รฉchapper et peut-รชtre Marta pourrais m'aider.
โ- - - - - - - - - - - - - - - - -
Et bah, quel dรฉbut.
Suzie ร vรฉcu plein de chose en si peu de temps et en a appris beaucoup.
Avez-vous une idรฉe de comment va se passer les 3 semaines ?
Hum... Quand je repense aux questions qu'Aaron lui a posรฉ non mais n'importe quoi. รa donne le ton. A voir dans le futur. Dans le prochain chapitre...
Prenez soin de vous ๐ฆ
Bisous โฅ๏ธ, AH.