Chapter 1: Des Retrouvailles glacées
Alexandre traversait les couloirs vides de l’hôpital privé, le regard perdu dans ses pensées. La lumière stérile des néons accentuait son pas hésitant, tandis que la douleur sourde de sa jambe blessée lui rappelait chaque instant du drame qu'il avait vécu. Ce n’était pas seulement son corps qui portait les séquelles des événements récents, mais aussi son esprit. Depuis l'accident, quelque chose en lui s'était brisé.
Il avait cru que la rééducation serait le plus difficile, mais il ne s’était pas préparé à la présence d’Anastasia Morozova , l’ami d’enfance de sofia sa belle sœur , maintenant infirmière. Ce n’était plus la jeune fille qui venait autrefois jouer au manoir des Rostov avec Sofia, sa meilleure amie. Non, Anastasia avait grandi, et avec elle, quelque chose d’autre s’était métamorphosé. Sa froideur l’avait frappé de plein fouet.
- Tu vas t'en sortir, Alexandre, lui avait-elle dit d'une voix professionnelle lors d'une de ses premières séances de rééducation à domicile, le ton aussi clinique que sa blouse. À cet instant, il ne pouvait pas ignorer le lien qui se tissait entre eux. Les rires d'autrefois s'étaient transformés en des échanges empreints de tension et de complicité.
Il se souvenait de ces moments où leurs mains s'effleuraient légèrement lors des exercices, de cette proximité qui, un soir, avait abouti à un baiser. Un moment volé entre deux âmes blessées, avant qu'elle ne s’éloigne, réaffirmant sa distance. Ce baiser lui avait laissé un goût amer, tant il était chargé d’émotions refoulées.
Aujourd’hui, il n’avait plus de soins prévus, mais il était revenu à l’hôpital sous prétexte de vérifier sa jambe. En réalité, il espérait la croiser à nouveau. C’était comme un besoin irrépressible de comprendre ce qui avait changé en elle.
Il la vit, au loin, dans un couloir, discutant avec un collègue. Son regard se détourna à peine lorsqu’il s’approcha.
- Anastasia, lança-t-il doucement en s'arrêtant à quelques pas d'elle.
Elle se tourna vers lui, une expression indéchiffrable sur son visage. C’était presque comme si elle portait un bouclier autour d’elle, un mur invisible qu'il n'avait jamais su franchir.
- Alexandre, répondit-elle d'une voix neutre. Tu n’as pas de rendez-vous aujourd’hui.
Il hocha la tête, mal à l’aise sous son regard froid. Il cherchait désespérément un moyen de briser la glace.
- Je voulais te parler. Cela fait des années… et je vois bien que tu as changé.
Elle esquissa un sourire, un sourire amer, comme si ses paroles n’avaient aucun effet sur elle.
- Les gens changent, Alexandre. C’est la vie, répondit-elle avant de tourner les talons.
Il attrapa doucement son bras avant qu’elle ne s’éloigne, son cœur battant plus vite.
- Anastasia, attends. Je sais qu'il y a plus que ce que tu montres. Ce n’est pas toi, cette distance… Pourquoi tu es devenue comme ça ? Qu'est-ce que tu me caches ?
Elle le fixa, ses yeux s'assombrissant légèrement, comme si quelque chose en elle avait vacillé. Pendant une fraction de seconde, Alexandre crut voir une lueur de tristesse derrière son masque de froideur. Mais aussitôt, elle reprit le contrôle d'elle-même et se dégagea de son emprise.
- Ce que je cache ne te regarde pas, murmura-t-elle. Nous n'avons jamais été proches, Alexandre. Je suis la meilleure amie de Sofia, rien de plus. Ne fais pas l'erreur de croire qu'il y a quelque chose à comprendre.
Ces mots résonnèrent en lui comme une claque. Elle s'éloigna sans un regard en arrière, le laissant seul au milieu de ce couloir. Alexandre se sentait impuissant face à cette barrière qu’elle érigeait entre eux.
Mais il ne pouvait pas abandonner. Quelque chose en lui le poussait à creuser davantage. Il savait qu'elle cachait une vérité, quelque chose de bien plus lourd qu'une simple histoire d’amitié . Et cette vérité, il était déterminé à la découvrir.
Alors qu'il quittait l’hôpital, le visage d’Anastasia hantant ses pensées, il se promettait de ne pas la laisser fuir à nouveau. Peu importe ce qu’elle cachait, il voulait savoir ce qui la tourmentait au plus profond d’elle-même. Parce que, malgré tout, il se rendait compte qu’il n’avait jamais cessé de penser à elle. Pas depuis ces jours où elle courait dans les jardins du manoir des Rostov, libre et insouciante.