Prologue
- Pourquoi avez-vous fait appel Ă moi, Ella ?
- Parce que vous ĂȘtes un vendeur de fantasmes et que jâen ai beaucoup.
Lâhomme me toise de la tĂȘte aux pieds. Il ne mâobserve pas comme un prĂ©dateur, mais comme un produit. Il mâĂ©value. Jâai fait beaucoup dâefforts pour travailler mon maquillage sombre, mes boucles chĂątains et jâai dĂ©pensĂ© une fortune dans ma robe, assez courte pour dĂ©voiler des sous-vĂȘtements en dentelle tout aussi coĂ»teux.
- Quel Ăąge avez-vous ?
- Vingt-cinq ans.
- Et quels sont vos fantasmes, Ella ?
Il prononce mon nom en faisant glisser les « L » sur sa langue, comme pour me charmer. Il nâest pas particuliĂšrement beau, mais son apparence le rend charismatique. Il porte un costume Ă cravate noir, par-dessus lequel il a enfilĂ© un trench coat. Il porte des gants et ne les enlĂšve mĂȘme pas pour fumer.
- Jâen ai beaucoup.
- Comme ?, insiste-t-il en prenant une premiÚre latte, recrachant sa fumée sur mon visage.
LâadrĂ©naline mâempĂȘche de mâoccuper de ce qui mâentoure, de cette ruelle dĂ©labrĂ©e et mal famĂ©e. Nous nous sommes rencontrĂ©s dans cet endroit isolĂ©, pour conserver nos identitĂ©s et nos intentions. En tombant sur lui sur le Dark Web, je savais dĂ©jĂ que nous ne nous verrions pas dans un restaurant chic ou au bowling.
- Les plans Ă plusieurs.
- Câest tout ?
- Les gorges profondes.
- Mais encore ?
Une idée me vient, mais je bloque. Il tique, recrache la fumée de sa nouvelle latte et sourit.
- Vos fantasmes sont banals, Ella. Je ne vends pas du sexe vanille.
Je ne recherche pas de sexe vanille. Jâen ai assez. Etre traitĂ©e comme une princesse ne mâintĂ©resse pas. Moi, ce qui me fait tripper, câest les snuff movies, les mises en scĂšnes, les trucs gore. Je veux du sexe poussĂ© Ă lâextrĂȘme, violent et Ă la limite du raisonnable.
- Je rĂȘve de me faire prendre pendant que je dors.
- Hm... IntĂ©ressant. Ce nâest pas commun, en effet. Dites mâen plus.
- Je ne veux pas faire semblant de dormir. Je veux ĂȘtre plongĂ©e dans un sommeil et utilisĂ©e comme un objet.
Ca y est, câest dit. Ce fantasme est enfoui depuis si longtemps, ça fait beaucoup de bien de le sortir. Et cet inconnu ne mâinspire que du mystĂšre, pas de danger, ni de jugement. DâaprĂšs ce que jâai pu trouver sur lui, son mĂ©tier est dâassouvir tous les fantasmes. Et il a insistĂ© sur « tous les fantasmes ». Jâimagine quâil trempe dans des trucs louches, mais je mâen fiche. Je lâai contactĂ©, et je suis face Ă lui aujourdâhui. Il est trop tard pour faire marche arriĂšre.
- Tous ces fantasmes ont un point commun.
- Lequel ?
- La perte de contrĂŽle.
Il termine sa cigarette, la jette, lâĂ©crase, recrache sa fumĂ©e vers moi.
- Avez-vous déjà essayé des donjons BDSM ?
- Câest trop compliquĂ© dây entrer, et je suis presque sĂ»re que ça ne me correspondra pas. Je ne veux pas obĂ©ir, je veux ĂȘtre forcĂ©e, utilisĂ©e. Et je veux prendre le plaisir comme il vient, ne pas devoir ĂȘtre liĂ©e Ă quelquâun tout le temps.
- Alors, vous voulez me payer pour ĂȘtre baisĂ©e tout de suite ?
Ses mots sont crus, mais il a touchĂ© dans le mile. Je me redresse, rĂ©alisant quâil est plus petit que moi, sĂ»rement Ă cause de mes talons.
- Oui.
- Vous dites avoir beaucoup de fantasmes. Jâose imaginer quâil vous en reste en rĂ©serve.
- Oui.
- Cela va vous coûter trÚs cher.
- Jâai vu que vous vendiez des cassettes de snuff movies.
- Ah !
Il sourit et lĂšve ses sourcils, intriguĂ©, surpris, mais amusĂ© par ma recherche complĂšte dâinformations. Il rĂ©alise quâen utilisant ce terme, je comprends de quoi il sâagit.
- Tu veux ĂȘtre filmĂ©e ?, me tutoie-t-il soudainement.
- Je ne sais pas combien cela vous rapporte, mais je suis prĂȘte Ă vous laisser toutes les images. Tant que vous comblez mes fantasmes.
- Vous me semblez trÚs frustrée, Ella.
- Je le suis. Et je ne trouve personne pour me combler.
Il me regarde Ă nouveau de la tĂȘte aux pieds, cette fois avec plus de dĂ©sir dans les yeux, et une pointe de sournoiserie. Il mâimagine sĂ»rement en train de me faire utiliser et filmĂ©e. Je semble lâintĂ©resser. Du moins, je lâespĂšre.
- Beaucoup de jeunes femmes dĂ©sespĂ©rĂ©es viennent Ă moi. Mais toutes nâont pas le courage dâaller jusquâau bout. Quâest-ce qui me dit que vous ne vous dĂ©filerez pas Ă la derniĂšre minute ?
- De quelle preuve avez-vous besoin ?
Je suis prĂȘte Ă tout. Je peux me mettre Ă genoux, le sucer, ou le laisser me pĂ©nĂ©trer dans cette ruelle, sans remords. Jâen ai marre de cette vie monotone, jâai besoin de mâenvoler, de perdre le contrĂŽle.
- Filme-toi en train de te doigter innocemment, comme si tu ne savais pas que tu étais filmée. Et envoie-moi la vidéo.
- Quâallez-vous en faire ?
- La vendre. Ce nâest pas ce que tu viens de me proposer ?
- Si. Et je tiendrai ma promesse.
- Parfait. Jâai hĂąte de voir cela.