Un secret de Paris à Miami

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Summary

Après une rupture violente, Aurore s'est isolée, portant des secrets lourds à cacher. Mais lorsqu’un voyage à Miami avec ses amies ravive son passé, elle doit affronter des vérités qu’elle pensait préserver. Entre retrouvailles inattendues, tensions avec son ex et une romance naissante avec Lucas, son ami d’enfance, Aurore devra choisir entre le poids de ses mensonges et la chance d’un nouveau départ. Un voyage, des révélations et une quête de vérité qui pourrait tout changer… Un amour, des secrets et des retrouvailles dramatiques. Prête à tout pour l'avenir, mais à quel prix ?

Status
Complete
Chapters
69
Rating
5.0 2 reviews
Age Rating
18+

Chapitre 1 - Un nouveau départ

CHAPITRE 1 - Un nouveau départ

Pourquoi les résultats de fin d’études ne sont jamais annoncés à l’heure convenue ? Ils avaient dit 10H. Il est très exactement 10H05. Toujours rien. Tandis que je rafraichis pour une énième fois la page du site internet de mon université, je sens le stress monter encore d’un cran. Et si je n’avais pas réussi ? Et si je devais passer les rattrapages ? Je vais devoir demander à mon patron de revoir mes horaires au café une fois de plus. Et je crains que ce soit la fois de trop. Il est gentil mais je vois bien que je commence à dépasser les limites de sa patience.

– Aurore ! Est-ce que tu peux préparer un lait au matcha s’il te plaît ?

– Tout de suite ! je crie en rangeant mon téléphone.

Je sors de la salle de repos et me rends derrière le comptoir du café où je travaille actuellement. J’aime beaucoup son ambiance feutrée, intimiste. Assez proche du quartier de Châtelet, le café “Une tasse à lire” est caché dans une petite ruelle près d’une librairie. L’histoire de ces deux boutiques est d’ailleurs très touchante. Le propriétaire du café (donc mon patron) est tombé fou amoureux de la libraire. Il nous raconte toujours son histoire en rougissant et avec l’air rêveur. Il aurait presque pu me faire croire que l’amour, le vrai, existe. Après des semaines de flirts, ils ont fini par conclure pour se marier quelques années plus tard. Il a complètement retapé et baptisé son café d’un nouveau nom pour répondre aux besoins des clients de la librairie. Le plus mignon ? Les voir se jeter des œillades énamourés à travers leurs vitres.

L’un des avantages à travailler pour un patron éperdument amoureux, c’est qu’il est souvent dans la librairie pour aider sa dulcinée, ce qui laisse à ma collègue et moi pas mal de libertés, preuve de sa confiance dont on ne doit pas non plus abuser.

Des clients de la librairie arrivent progressivement dans le café, un livre ou un magazine à la main. Il n’y a rien de plus apaisant que d’entendre le bruit des frottements des pages avec cette bonne odeur de café. Malgré tout, j’ai quand même hâte de valider mon diplôme et commencer un nouveau boulot à temps plein. Si ce site Internet veut bien fonctionner…

– As-tu reçu tes résultats ? demande ma collègue, Hatiche.

Son regard curieux et son sourire en coin font partie des caractéristiques que j’aime chez elle. Bien que nous soyons dans la même université, nous ne sommes pas dans la même filière et nos résultats sont décalés. À son regard, je comprends qu’elle a reçu les siens.

– Non, toujours rien. Le site doit être saturé. Attendre comme ça, c’est insupportable…

– Je te comprends, dit-elle en serrant mon épaule. Je me suis retenue de crier de soulagement quand j’ai vu mes résultats.

– Encore félicitations d’ailleurs pour ton master ! Future directrice commerciale alors ?

– On n’y est pas encore ! Il faut que je trouve mon premier job. Mais merci Aurore.

Elle me fait un clin d’œil avant de se tourner tout sourire vers un client pour prendre une commande tout en rajustant sa casquette qui porte le logo du café. Je me demande si le patron nous autoriserait à la garder. J’avoue que je l’aime bien même si elle est peu pratique lorsqu’il fait chaud, comme c’est le cas en ce mois de juillet. Vu qu’il n’y a pas beaucoup de personnes, j’en profite pour regarder de nouveau mon téléphone.

Le site fonctionne. Oh merde. J’entre mes identifiants en tremblant des mains et attends le chargement de la page…

ADMIS.

– Je l’ai eu… Bordel, je l’ai eu ! je hurle en brandissant le poing.

Les clients se tournent vers le comptoir et je m’excuse rapidement avant de me rendre à la salle de repos pour faire exploser ma joie. Hatiche me rejoint quelques secondes plus tard et sautille avec moi tout en me serrant dans ses bras.

– Félicitations ma belle ! Tu as réussi !

Je ne peux empêcher mes larmes de couler. Toutes ses soirées blanches à étudier, annoter des fiches, travailler sur mon mémoire, me donner à fond pour le stage… Tous ses efforts n’ont pas été inutiles.

– Il faut qu’on y retourne, me rappelle Hatiche en recoiffant rapidement son épaisse chevelure brune en un chignon lâche qu’elle cache sous la casquette.

– Oui. J’arrive dans deux minutes, je dois juste appeler ma mère.

J’attends que ma collègue reparte pour appeler ma mère en visio. Je veux voir sa réaction.

– Allô ?

– Maman ? Tu m’entends bien ?

– Oui Aurore. Que se passe-t-il ?

– Je l’ai maman. J’ai réussi…

– Tu as validé ton diplôme ?

– Oui !

Ma mère met la main devant sa bouche et ne dit rien pendant quelques secondes. L’émotion se lit dans ses yeux, tellement semblables aux miens. J’ai l’impression de voir un reflet de moi-même mais de plusieurs années. Mon moi du futur en quelque sorte. Avec ses cheveux qui ondulent parfaitement autour de son visage et ses yeux en amandes, on ressemble davantage à des sœurs lorsque nous laissons toutes les deux nos cheveux à l’air libres, si bien qu’il est arrivé aux gens de se tromper.

– Ma chérie… C’est formidable ! Félicitations !

– Merci maman… Nicolas est avec toi ?

– Oui mais il vient tout juste de commencer sa sieste, c’est pour ça que je parle

doucement. C’est vraiment fabuleux ma chérie, félicitations encore ! Je suis très

fière de toi.

Elle me sourit et son nez se retrousse. Ma mère était aussi stressée que moi pour ses résultats. Ils étaient déterminants pour nous deux et surtout pour la vie qui m’attends. Le soulagement se lit sur son visage et son air radieux me réchauffe le cœur.

– Tout ça, c’est grâce à toi ! Si tu n’avais pas été là je…

– N’y pense plus ma fille. C’est derrière nous tout ça, désormais.

Nous pleurons en silence et en nous souriant à travers l’écran. Nous ne disons rien pendant quelques secondes mais nos regards en disent longs. Désormais, je n’aurais plus besoin de cette foutue chambre étudiante qui me tenait éloignée du foyer pour me concentrer sur mes études. Je pourrai vraiment vivre avec elle et Nicky. Elle essuie ses larmes à l’aide d’un mouchoir et murmure :

– Ton père aurait été tellement fier de toi…

Je retiens un sanglot et ma mère se mouche le nez le plus doucement possible pour ne pas réveiller le petit Nicolas.

– Papy va passer à la maison ce soir ? je demande.

– Bien-sûr. C’est vendredi, tu sais bien qu’il est très attaché aux traditions.

– Je veux le lui annoncer moi-même maman.

– Je sais ma chérie, je tiendrai ma langue.

Je raccroche et me précipite derrière le comptoir où mon patron attend, les bras croisés. Avec sa chemise à carreaux, son crâne rasé et sa barbe blanche, il ressemble davantage à un bûcheron qu’à un patron de café. Mais nous savons, Hatiche et moi, que derrière cette carrure intimidante se cache un vrai papa ours au cœur d’or.

– Alors Aurore, encore au téléphone pendant les heures de travail ?

– Je vous demande pardon, Monsieur Siclair. Je devais annoncer une bonne nouvelle à ma mère… J’ai obtenu mon diplôme !

Les yeux presque gris de mon patron s’illuminent et il lève la main pour un “Top là” ! Enfin, j’ai plus l’impression d’essayer de faire un dunk tellement il est grand. Je sautille pour taper dans sa main et il m’offre un sourire chaleureux. Un vrai papa ours, je vous dis.

– Bravo les filles vous avez assuré ! Hatiche m’a aussi annoncé sa bonne nouvelle. Mais… Cela veut dire que nous ne formerons plus la dream team de Paris ? demande-t-il avec une petite moue adorable qui adoucit ses traits.

– Pour ma part, je ne compte pas me lancer tout de suite dans les recherches… En tout cas pas avant septembre prochain, dis-je en haussant les épaules. Il va falloir me supporter encore si ça vous va, à mon retour des vacances.

Monsieur Siclair me fait un sourire indulgent et se tourne vers Hatiche, attendant sa réponse.

– J’aimerais prendre quelques vacances en Turquie pour voir ma famille si vous êtes d’accord, après le retour d’Aurore. Quant à la recherche de mon premier emploi, ça sera aussi à partir de septembre.

– Vous me laissez tomber au pire moment les filles… Comment vais-je réussir à faire tenir le commerce sans vous ?

Il prend un air faussement dramatique, digne d’un véritable comédien et nous éclatons de rire toutes les deux. Monsieur Siclair savait bien que nous allions prendre le large à un moment donné. Il avait déjà posé une affichette sur la vitrine du café et a reçu quelques étudiants pour le remplacement. Un bon chef d’entreprise, c’est une personne qui anticipe au mieux tous les changements et il est de cette trempe.

– J’espère pouvoir compter un peu sur vous pour la passation, poursuit-il d’un air un peu plus sérieux. Est-ce que, avant de partir en vacances, vous seriez disponibles ? J’ai repéré deux candidats très prometteurs et je pense qu’une petite semaine de test en votre compagnie ne fera pas de mal.

– Bien-sûr patron !

C’est à ce moment que sa femme entre dans le café, illuminant le lieu instantanément par sa présence. Avec ses cheveux blonds cendrés attachés avec un foulard et sa robe flottante, on n’a pas l’impression qu’elle vient de la capitale mais plutôt d’une paisible province du Sud de la France. Son teint bronzé et son côté solaire y sont pour beaucoup.

– Bonjour tout le monde ! dit-elle à la cantonade. J’ai cru voir depuis ma fenêtre des gestes joyeux et mon cher et tendre m’a fait comprendre que vous attendiez des résultats importants… J’en conclus que vous avez réussi toutes les deux ? demande-t-elle avec un grand sourire et en haussant les sourcils.

Hatiche et moi disons “oui” en chœur et les clients nous regardent d’un air réprobateur, demandant sans le dire clairement, le silence.

– Je tenais moi aussi à vous féliciter et à vous remercier pour le travail accompli ici… Sans votre aide, Rick n’aurait pas eu l’occasion de venir aussi souvent me filer un coup de main à la librairie durant les journées de livraison…

– Ce n’est rien, Madame, dit Hatiche avec le sourire tout en retirant sa casquette pour s’essuyer le front. Cela nous a fait plaisir et puis… On avait besoin d’argent.

Nous retenons tous un rire et après avoir pouffé doucement, Madame Siclair nous tend des tickets.

– Ce ticket vous donne droit à 80 euros de livres dans ma librairie. Venez y faire un tour à l’occasion, c’est un peu mon cadeau de fin d’études.

– Madame… Il ne fallait pas…

En plus d’être magnifique, cette femme a le coeur sur la main. Sans doute a-t-elle remarqué à quel point nous aimions lire, Hatiche et moi quand, pendant notre pause ou après le boulot, nous faisions systématiquement un tour dans sa librairie. Il arrivait qu’on y aille directement avec nos tabliers et nos casquettes, si bien que quelques clients nous prenaient pour le personnel de la librairie. Et oui, en plus d’avoir renommé son café, notre patron a copié la charte et les couleurs de la librairie pour créer les nouveaux uniformes. Le fait qu’elle ait pensé à nous offrir un tel cadeau en dit long sur sa bienveillance. Ce couple va décidément énormément me manquer.

– Merci pour tout, dis-je en regardant tour à tour Monsieur et Madame Siclair. Je reviendrai souvent ! Après tout, il y a le meilleur café de tout Paris ici, je ne pourrai plus jamais m’en passer.

– J’y compte bien, déclare Monsieur Siclair. Bon, ce n’est pas tout ça mais nous avons encore du travail les filles !

Nous revenons à nos missions respectives Hatiche et moi, émues et heureuses. Il est temps de clore un chapitre et d’en écrire un nouveau.