Mass Effect 3 : Le Temps d'un battement de cils

Summary

La vie d'une Asari est bien longue comparée à celle d'une Humaine... Peut-être trop longue. La douleur d'une perte ne s'en va jamais tout à fait. Et vivre avec peut s'avérer difficile. (post ME3, Liara et Mirlina Shepard.)

Status
Complete
Chapters
6
Rating
n/a
Age Rating
16+

Chapitre 1

Le bar commençait à se remplir en ce milieu d’après-midi. L’Asari était assise dans son coin, seule. De sa main, elle touillait sa boisson, comme depuis près de cinq minutes, songeuse. Son regard balayait la pièce sans la voir cependant qu’elle repensait à son dernier voyage dans la bordure skylienne. Combien de planètes avait-elle visité en tout et pour tout dans le siècle passé ? En réalité, elle ne s’en souvenait pas. Et au final, cela n’avait que peu d’importance. Elle errait sous l’impulsion de sa mère, à la recherche d’un but, de quelque chose capable de lui redonner le sourire. Bien sûr, en près d’un siècle, elle avait ri, fait la fête, profité de la vie. Mais jamais le vide dans son coeur ne s’était réparé, jamais il ne s’était refermé. Elle laissa échapper un soupir morne et se repositionna sur sa chaise, sa cuisse commençant à l’élancer et à devenir insensible. Le dernier monde où elle avait fait halte était Elysium. Une colonie fondée par l’Alliance, désormais pleinement cosmopolite. Ses rues bondées, ses citoyens pressés, son activité constante lui avaient laissé un sentiment de frustration. Là bas, comme partout, la vie suivait son cours, bien loin de ses attentes ou de ses préoccupations. Elle avait la sensation d’essayer de reprendre un train en marche sans jamais parvenir à poser ne serait-ce qu’un pied dessus, laissée à l’abandon sur le bas côté. Au final, elle ignorait ce que sa mère attendait d’elle. Ce qu’elle voulait qu’elle trouve. Elle même semblait avoir fait le deuil, ce qui plongeait la jeune Asari dans une mélancolie plus profonde encore. Elle laissa échapper un nouveau soupir en songeant à la façon dont les autres Asaris la percevaient. Sa mère lui avait dis : Tu as ta sensibilité propre. Et c’est ce qui plaisait à ton père. Son père... Pourquoi les Asaris se mettaient-elles en couple avec des Humains ? Leur espérance de vie était si infime comparée à la leur... Ils venaient et repartaient, en l’espace d’un instant, pour ne laisser qu’une douleur qui jamais ne se refermait.

Elle avait aimé son père... Elle aimait son père ! Et la douleur de sa disparition ne s’était jamais résorbée. Elle sentit une larme poindre au coin de son oeil et l’essuya bien vite, se refusant de se laisser aller à la mélancolie. Quelqu’un se racla la gorge près d’elle et posa sa main sur la chaise à coté de la sienne. La jeune femme releva la tête avec un sourire qui disparu aussitôt en découvrant une Humaine.

- Vous savez, je pense que votre boisson est bien mélangée maintenant. (Déclara celle-ci dans un sourire.)

Elle avait les cheveux d’un rouge profond, noués en une queue de cheval et des yeux d’un bleu marine pur. L’Asari resta silencieuse devant l’affirmation de l’Humaine, gardant son regard fixé sur sa chevelure.

- Cette chaise est libre ? (S’enquit la jeune femme sans se départir de son sourire.)

L’Asari referma la bouche et se racla la gorge, détournant les yeux.

- Oui... Enfin...

- Je ne vous embêterais pas longtemps.

L’Humaine prit place et posa sa bouteille sur la table, empli d’un liquide vert que l’Asari ne parvint à identifier.

- Je m’appelle Kaicy.

Elle fit jouer ses doigts sur le nacre du meuble et attendit patiemment une réponse de l’Asari. Voyant que celle-ci demeurait silencieuse, elle reprit la parole.

- Vous m’avez l’air bien morose.

- Et vous bien joyeuse...

- Vous avez des soucis ?

- Que voulez-vous de moi ?

- Oh, rien. Discuter un peu...

L’Asari se renfonça dans son siège, évitant soigneusement tout contact visuel avec son interlocutrice.

- Je ne crois pas être la personne la mieux placée pour ça.

Elle laissa son regard courir dans la salle, voyant pour la première fois les tables qui parsemaient le bar. La plupart étaient occupées par des groupes entiers qui buvaient et discutaient joyeusement.

- Vous êtes seule. Dans votre coin. (Répondit Kaicy avec douceur.)

- Je vous remercie pour votre condescendance... Mais c’est un choix, vous savez.

- Et pourtant, il ne semble pas vous ravir. (Nota Kaicy d’un ton amical.)

- J’ai mes raisons. Des raisons qu’un Humain ne peut pas comprendre. (Répliqua l’Asari d’une voix acerbe.)

- Mon espèce vous dérange ?

- Non... (Fit-elle en écarquillant les yeux, croisant de nouveau le regard de l’Humaine.) Pas du tout, c’est juste que...

Kaicy se pencha légèrement sur la table, plongeant ses yeux dans ceux de l’Asari.

- Dites-moi.

L’intéressée ouvrit la bouche pour la refermer aussitôt, peinant à trouver ses mots, troublée.

- C’est... (Commença-t-elle d’une voix hésitante.)

- Je vois que je tombe mal. (Fit une voix sur sa gauche.)

L’Asari tourna la tête, prise au dépourvu, et offrit un franc sourire à la nouvelle venue. Celle-ci le lui rendit, écartant les bras. La jeune femme se leva et s’y engouffra dans une douce étreinte. Elles restèrent ainsi, blotties l’une contre l’autre pendant de longues secondes. L’Humaine se redressa et recula d’un pas, gênée.

- Je suis contente de te voir, Tany.

- Moi aussi, Kaylah.

- Tu m’as un petit peu stressée... (Poursuivit sa soeur, amusée.)

- Et toi, tu es en retard.

- Je suis de trop, je crois. (Intervint Kaicy.) Je vais vous laisser.

- Nous sommes soeurs. (Confia Kaylah avec un sourire entendu.) Tu ne nous présentes pas, Tany ?

- Oh, eh bien...

- Nous venons à peine de faire connaissance. (Répondit Kaicy, quelque peu mal à l’aise.)

- Je vois... Alors peut-être serait-ce à moi de vous laisser... (Fit l’Asari d’une voix malicieuse.)

- Kaylah !

- Quoi ? Tu pourras venir dîner à la maison. (Répliqua sa soeur, amusée.) Accompagnée peut-être même.

Itany se renfrogna et Kaylah fit un clin d’oeil à l’Humaine. Elle embrassa ensuite sa soeur.

- Bon, je vais y aller. Dîner demain soir.

- Non mais attend...

- Vingt heures demain soir, ne sois pas en retard !

Et Kaylah s’éloigna sans plus attendre, sous le regard ahuri d’Itany.

- Kaylah ! (S’écria-t-elle avant de souffler pour elle même : ) J’y crois pas...

Elle se laissa choir sur sa chaise d’un air morne. Kaicy demeura droite et se racla finalement la gorge après un long silence gêné.

- Je suis désolée, je ne voulais pas...

Itany balaya la remarque d’un geste de la main.

- Ce n’est pas vous, ne vous inquiétez pas. Elle ne reste jamais longtemps de toute façon.

- Je n’aurais pas dû vous déranger. Je vais vous laisser...

- Non, asseyez-vous. (Devant l’hésitation de l’Humaine, elle ajouta avec un sourire : ) S’il vous plait.

Kaicy lui sourit en retour et reprit place face à l’Asari.

- C’est donc votre soeur.

Itany acquiesça.

- ça se voit tant que ça ? (Fit-elle d’une voix pleine d’ironie.)

- Et maintenant, je connais votre nom. (Continua Kaicy d’un ton victorieux.)

- C’est vrai. C’est le minimum pour demain soir.

Kaicy dévisagea l’Asari. Mais celle-ci évitait sciemment son regard depuis de longues secondes déjà.

- Elle n’était pas sérieuse je suppose...

- Libre à vous de ne pas venir. Mais... Si, elle était sérieuse.

- Vraiment ?

Itany se contenta d’opiner et Kaicy se sentit rougir quelque peu.

- Mais... Et vous, que désirez-vous ?

Itany tourna son regard vers elle, détaillant son visage. Elle s’attarda sur son nez, ses pommettes, ses lèvres... Et évita ses yeux pour se concentrer sur ses cheveux cependant que l’Humaine y glissait une main, entortillant une mèche le long de ses doigts fins. Leur couleur faisait remonter de nombreux souvenirs en elle, qui la rendèrent mélancolique. Ses doigts plongeaient dans une chevelure similaire, se perdant dans cet océan rouge au contact si doux et soyeux. La complicité de moments privilégies partagés dans une vie qui lui semblait désormais étrangère... Si éloignée...

- Itany ? (Fit l’Humaine de sa voix douce.)

L’intéressée secoua doucement la tête pour revenir au moment présent.

- Pardon... Vous disiez ?

Kaicy laissa échapper un petit rire.

- Je vous demandais ce que vous vouliez. (Répéta-t-elle avec plus de sérieux, son regard essayant de capter celui de l’Asari.)

- Je veux... (Commença Itany avant de laisser échapper un soupir.) Je voudrais m’excuser, pour... Mon comportement de tout à l’heure.

- Il n’y a rien à pardonner.

- Je pense que si.

- Alors, disons que je vous pardonne.

Itany sourit.

- Et quant au dîner... Pourquoi pas ? Nous avons un peu de temps pour apprendre à nous connaître mieux.

Kaicy opina.

- D’accord. A vous de commencer.

Itany s’humecta les lèvres.

- Pourquoi être venue spécifiquement vers moi ? (S’enquit-elle sans une once de reproche dans la voix.)

- Comme ça, sans raison. (Répondit l’Humaine après une brève hésitation.)

- Il y a toujours une raison.

Kaicy fit la moue.

- Honnêtement, je ne sais pas vraiment... Vous sembliez triste... Seule... ça fait deux jours que vous êtes là, perdue dans vos pensées, à cette table, alors je me suis dit... (Elle haussa les épaules.) En fait, je ne sais pas ce que je me suis dit. J’ai juste eu l’envie de venir vous parler...

Itany observa l’Humaine à la dérobée, le regard de celle-ci se faisant désormais fuyant, et lut sa sincérité dans ses traits ainsi que sa confusion. Pourtant, elle supputait qu’il y avait plus...

- Je vois. (Dit-elle avec amabilité.)

Elle lui offrit un sourire et Kaicy se racla la gorge.

- A moi de vous poser une question.

- Je vous écoute.