Prologue
Ruslan entendait cette voix féminine, celle par qui tout avait commencé. L'avait-elle demandé de s'arrêter ? Était-elle réellement consentante ? Était-ce pour fuir sa responsabilité, sa culpabilité qu'il croyait qu'elle y avait pris du plaisir ? Il entendait des gémissements mêlés à des pleurs. Il se souvenait de l'avoir sentie se débattre sous lui, et lui, il l'obligeait à se calmer, à arrêter de gigoter.
Ruslan revoyait le moment où il avait ouvert les yeux, son cou était couvert de bleus, sa peau était marquée de griffures ; elle était apeurée, terrifiée. Était-ce lui, le monstre qui lui avait fait ça ?
L'avait-il violée ?
Oui...
Non...
Peut-être.
Ruslan ouvrit brusquement les yeux en se redressant d'un coup. Son corps était en sueur, sa respiration haletante. Il cherchait désespérément cette fille, mais il n'était plus dans cette chambre ; il n'entendait plus aucun cri, aucun pleur. Rien. Il était seul, plongé dans l'obscurité avec ses remords comme compagnon.
En fermant les yeux, il essaya de se remémorer SES mots pour se calmer, trouver du réconfort, mais sa voix était également un supplice pour lui, une torture, une croix qui lui pesait sur les épaules et qui lui rappelait ce qu'il avait fait, le monstre qu'il était.
Pourquoi avait-il fallu que tout ça lui arrive ? Quand trouverait-il enfin la paix, dormirait sans cauchemars, sans eux, sans ses tourments ? Ses âmes brisées par sa faute.
Qu'est-ce que tu as fait, Ruslan ?, se rappela-t-il cette voix vicieuse, écho du mal qui le condamnait à la géhenne, le jetait dans le trou noir terrifiant de son passé.
— J'ai tué, lui répondit-il d'une voix basse.
Une larme dégringola sur son visage pour témoigner de sa culpabilité. Sa respiration était saccadée, ses yeux tétanisés, fixés sur la porte devant lui qu'il attendait de voir franchir d'un moment à l'autre ses victimes, ses mains tremblaient de peur à l'idée de devoir les affronter.
De devoir affronter ses sombres secrets, ses ombres.
C'était de ça dont il avait peur : que Nora voie en lui, son âme, cette sombre noirceur qui était Ruslan Petrov.