Désastre & Tentations

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Summary

Chaque jour est une épreuve pour Arabella. Être mère célibataire, d'une adolescente de surcroît n'a rien de facile, surtout lorsque celle-ci a des dons lui conférant une puissance phénoménale. S'ajoutant à cela, un caractère bien trempé et des hormones en ébullitions et vous obtenez un cocktail très explosif... Littéralement ! Et le risque ? Attirer l'attention indésirable du Cercle et d'Yneus qui sont déterminés à éliminer toute menace susceptible de révéler l'existence du monde surnaturel et potentiellement de déclencher une apocalypse.

Status
Complete
Chapters
59
Rating
4.7 3 reviews
Age Rating
18+

Chapitre 1 : Les inquiétudes d'une mère

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Aujourd’hui, le soleil brille à travers la fenêtre de la petite cuisine, inondant la pièce d’une lumière chaleureuse. Je suis assise face à la table en bois, perdue dans mes pensées.

Cette maison n’a rien d’exceptionnel. Simple, à la décoration un peu vieillotte, mais c’est tout ce que je peux me permettre avec mon maigre salaire. L’ancienne a été réduite en cendres dans un incendie, me laissant sans autre choix que de trouver un toit en urgence.

J’ai emménagé ici il y a peu, et je m’habitue encore à ce nouvel environnement. Kyra, ma fille, elle, s’accommode beaucoup moins bien du changement... et ne manque pas de me le faire savoir.

Je cherche les ingrédients pour préparer le dessert préféré de Kyra afin d’apaiser quelque peu les tensions qui règnent entre nous ces derniers jours.

Mais où ai-je donc mis le chocolat ? pensé-je.

Ma tête pivote dans tous les sens, alors que j’étais persuadée de l’avoir récupéré dans le placard, il y a peine cinq minutes. Pourtant, impossible d’y remettre la main dessus. Je pousse un petit soupir, exaspérée avant de revérifier tous les endroits. Ce n’est que lorsque j’abaisse mon regard dans le panier du chat que je trouve enfin mon sésame. Caramel, mon chat mastique tranquillement l’emballage en aluminium de la plaquette. Je souris, cet animal est un chapardeur.

— Filou, va ! Je ris. Tu le sais pourtant que c’est très mauvais pour ta santé. Aller donne-moi ça !

Caramel miaule tandis que je me baisse pour ramasser la plaquette. Vexé que je ne lui en donne pas un morceau, il détale vers le salon avec dignité.

Je retourne à la préparation du gâteau au chocolat, toujours animée par l’envie de faire plaisir à Kyra. J’ouvre complètement l’emballage et casse quelques carrés que je fais fondre au bain-marie avec un peu de beurre. Dans un saladier, j’ajoute les œufs, la farine, et une pincée de sucre...

Non, en fait, beaucoup de sucre. Ça adoucira l’humeur de ma fille. Et en ce moment, j’en ai vraiment besoin !

D’un geste énergique, je mélange la pâte à l’aide d’un fouet. Une fois le chocolat fondu, je l’incorpore au mélange avant de beurrer le moule et d’y verser la préparation. Vingt minutes au four, juste le temps de nettoyer la cuisine.

Le “ding” de la minuterie retentit. J’éteins le four et glisse la pointe d’un couteau dans le gâteau pour vérifier la cuisson.

C’est pile à cet instant que le hurlement strident de Kyra déchire le silence.

Je stoppe net mes gestes, inspire profondément et me dirige tranquillement vers sa chambre. Je sais déjà à quoi m’attendre.

Et bien sûr, j’ai raison.

Je renifle. Ça sent le fennec. Génial.

Des chaussettes sales jonchent la panière à linge propre, les vêtements que j’avais soigneusement pliés sont éparpillés un peu partout, et des emballages de bonbons traînent encore au sol.

Comme d’habitude. Et ce n’est pas pour me faire plaisir.

Et c’est quoi ça ? réalisé-je alors que mes yeux se posent sur le coin de son bureau où une substance à la couleur indéfinissable et à texture étrange s’y est répandue.

Il vaut peut-être mieux que je ne sache pas finalement... Et comment je vais réussir à nettoyer ça ?

Je secoue la tête intérieurement et reporte mon attention sur l’adolescente qui me fait face. Sa chevelure rousse, légèrement ébouriffée, capte la lumière, révélant des reflets flamboyants. Ses yeux noisette, sombres et perçants, brillent d’un éclat contrarié, tandis que l’ombre d’un froncement barre son visage encore marqué par la jeunesse.

— Qu’est-ce qu’il y a, Kyra ? De quoi as-tu besoin ?

— Je ne trouve plus mon journal intime, grogne-t-elle, son regard balançant des éclairs avant de m’accuser. C’est toi qui l’as pris !

J’inspire pour ne pas éclater tout de suite en colère. Avoir un enfant est une épreuve de tous les jours et garder son calme n’est jamais facile, surtout face à son insolence.

— D’une part, jeune fille, tu vas me parler sur un autre ton. Je n’accepte pas ce comportement et tu le sais parfaitement.

Elle grommelle qu’elle s’en fiche comme de sa première chaussette, tout en continuant de me fusiller du regard.

— D’autre part,poursuis-je, avant de m’accuser, est-ce que tu l’as cherché ?

— Bah oui ! grimace-t-elle comme si c’était très logique.

Et la connaissant, c’est loin de l’être... Je croise les bras sous ma poitrine, sceptique.

— Tu es bien sûr ? Parce que...

Mes yeux parcourent une fois de plus la pièce en désordre avant de finir ma phrase :

— Vu le bazar...

— Maman ! me coupe-t-elle, excédé. Alors, c’est toi qui l’as pris ?

— Je ne me le permettrai pas, tu le sais bien, ma chérie. Est-ce que tu as regardé dans l’arbre à chat ?

Une ride se creuse au milieu de son front.

— Pourquoi il serait là-bas ?

— Tu connais Caramel, il chaparde tout et n’importe quoi.

Elle ouvre la bouche en grand et se précipite dans le salon. Je la talonne de près et entre dans la pièce.

De toute manière, je suis bonne pour chercher avec elle, voire toute seule...

Le salon fait environ quinze mètres carrés avec le confort minimum, mais comme nous sommes que trois (si on compte Caramel) à vivre ici, c’est tout ce dont nous avons besoin. Cependant, c’est la seule pièce que je me suis permis d’arranger à mes goûts.

J’ai repeint les murs dans des tons crème et biscuit et j’y ai ajouté quelques plantes vertes. Ainsi, j’ai l’impression que l’air est plus respirable.

Notre chat redresse la tête lorsque nous approchons du canapé et miaule son mécontentement. Apparemment, nous l’avons dérangé dans son sommeil. Kyra passe son bras dans l’arbre réservé exclusivement à Caramel et tâtonne à la recherche de son bien.

— Il n’y a rien ! Raaaah ! râle ma fille.

Un grondement résonne et le sol se met légèrement à trembler. Notre chat descend immédiatement du canapé pour aller se réfugier en dessous.

— Kyra, calme-toi, lui intimé-je doucement. Nous allons le retrouver. Il ne doit pas être bien loin.

Je tente de la rassurer afin d’éviter une nouvelle catastrophe. Ce qui arrive environ tous les jours en ce moment, et ce, depuis qu’elle a atteint la puberté. Ouais, les hormones, c’est moche, surtout chez une jeune fille de 14 ans qui n’est pas comme les autres. Je n’imagine même pas lorsqu’elle aura ses premiers émois amoureux...

Oh, non ! Devrais-je l’enfermer dans sa chambre à double tour et ne jamais l’en faire sortir ?!

Je l’envisage avant de secouer la tête intérieurement.

Elle défoncerait la porte à coup sûr ou ferait le mur, c’est certain.

Kyra est unique. Elle l’a toujours été, depuis sa conception jusqu’à aujourd’hui. Je l’aime, inconditionnellement. Peu importe ce qu’elle est aujourd’hui ou ce qu’elle deviendra demain, je ferai tout mon possible pour l’élever avec bienveillance, pour qu’elle devienne une femme extraordinaire. Et surtout, pour qu’elle évite de commettre mes propres erreurs... Comme coucher avec un gars à 18 ans sans protection et ainsi se retrouver mère, pour ne citer qu’un exemple.

— Me calmer ? Hurle Kyra. Tu comprends, vraiment rien ! T’es trop nulle !

Arabella, respire... Inspire..., me seriné-je dans mon esprit.

Je m’approche de Kyra et dépose délicatement mes doigts sur son bras afin de l’apaiser.

— Nous risquons de ne plus avoir de toit sur la tête si tu persistes à t’énerver. C’est déjà la troisième fois que nous sommes obligés de déménager et j’aimerais pouvoir rester ici encore un peu.

— C’est naze ici. Ce n’est qu’un trou paumé !

— Nous n’avons pas le choix avec tes... j’hésite sur le terme à employer avant de finir. Tes dons particuliers.

Elle pousse un lourd soupir et son expression se transforme. La colère laisse place à une plus grande tristesse et elle se met à fondre en larmes. Elle est si tourmentée que mon cœur de maman se serre et flanche.

Mes bras viennent l’envelopper comme lorsqu’elle était petite. Une étreinte douce et rassurante. Je dépose un baiser sur son front et l’aide à s’asseoir sur le canapé. Elle renifle durant plusieurs minutes et je lui tends des mouchoirs. Elle redresse alors la tête et j’essuie les dernières larmes. Le tremblement de terre cesse subitement. Kyra est calmée.

— Merci, maman.

Je hoche la tête et dépose un autre baiser sur sa joue.

— C’est quoi cette odeur ? demande-t-elle subitement avant d’entrouvrir la bouche de surprise. Oh, serait-ce du chocolat ?

— Tout juste, souris-je. J’ai préparé un fondant, rien que pour nous deux. Tu en veux une part ?

Kyra se redresse, les larmes déjà loin. Je lui emboîte le pas jusqu’à la cuisine où je récupère des assiettes à dessert. Elle s’installe sur la chaise, attendant d’être servie.

— Kyra, je ne devrais plus à avoir à te le dire : tu dois participer.

Elle roule des yeux. Je souris. Cette mimique est rassurante : elle va mieux.

Avec un soupir, elle se traîne jusqu’au tiroir et attrape la pelle à tarte, deux cuillères et un couteau pendant que je sors le gâteau du four.

Heureusement que j’avais pensé à l’éteindre avant d’aller voir Kyra. Une minute de plus et il aurait fini en charbon.

Je le dépose sur le dessous-de-plat en fer et le découpe en quatre parts égales. Kyra nous sert, et nous savourons notre dessert jusqu’à ce qu’un bruit de verre brisé me fasse sursauter.

Je repose ma part dans mon assiette et me précipite dans le salon. Catastrophe ! La baie vitrée est en mille morceaux, les éclats scintillent sur le sol.

— Je suis bonne pour recommencer les travaux, grogné-je dans ma barbe.

Un sifflement rageur suivi d’un feulement me coupent net. Caramel déboule dans la pièce, son pelage roux tout ébouriffé, cramé par endroits.

Une boule lumineuse s’écrase au sol derrière lui.

La déflagration le projette en l’air, et dans un réflexe affolé, je recule juste à temps pour éviter les éclats de ma table basse qui explose en morceaux. Certains débris me frôlent de justesse.

— Aïe ! me plains-je tandis que mon chat peine à se remettre debout tandis que mon cœur accélère dans ma poitrine.

Un homme fait irruption dans mon salon, la main levée, un projectile magique en suspension dans sa paume.

Je savais que ce jour finirait par arriver. Enfin... j’espérais qu’il n’arrive jamais, mais la vie ne nous accorde pas toujours ce qu’on veut.

Sorcier ? Démon ? Métamorphe ? Faë ? Les ennemis ne manquent pas dans ce monde. Mais à en juger par son apparence, je miserais sur la première option. Pas de cornes visibles (tous les démons n’en ont pas, mais la plupart en sont dotés), et sa tenue trahit son appartenance au Cercle des Magiciens. Le Fléau des Ombres. Un nom qui inspire la crainte dans tout le monde surnaturel.

Un détail attire mon attention. Ce type est le portrait craché d’Yneus Tamerlan, l’un des sorciers les plus puissants de la région. Je l’ai même déjà vu aux infos, sur la chaîne Magica News.

Il est grand. Plus grand que je ne l’imaginais. Pas loin du mètre quatre-vingt-dix. Sa silhouette imposante laisse deviner une musculature puissante sous son long manteau noir. Son visage, bien que sévère, est d’une beauté troublante, avec ces deux prunelles hétérochromes : un bleu glacial, l’autre émeraude.

Mais ce que je perçois avant tout, c’est cette aura froide et impitoyable qui l’entoure.

Et à en juger par son regard, lui demander gentiment de quitter ma maison ne va pas être une mince affaire.

Pas très sympa de venir mettre le bordel dans ma baraque. Célèbre ou pas, il a intérêt à tout nettoyer et réparer après son passage...

— Mme Ravenswood ? Arabella Ravenswood ? Je suis un agent du Cercle, vous êtes en état d’arrestation. Vous avez le droit de garder le silence. Si vous renoncez à ces droits et que vous parlez pour nous, tout ce que vous direz pourra être utilisé contre vous devant la Cour des Anciens.

Kyra débarque à son tour dans la pièce et mon cœur rate un battement.

— Maman, qu’est-ce que... commence-t-elle avant de se figer devant l’homme en le scrutant des pieds à la tête.

Je m’avance vers elle et me positionne protectrice, telle une lionne prête à défendre sa progéniture. Je sais ce qu’il recherche et ce n’est pas moi, mais Kyra. Mais jamais, ô grand jamais, on ne m’enlèvera mon enfant.

Et certainement pas ce gus, aussi séduisant soit-il !