Nouvelle Aube (Nouvelles...Extraits...)

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Summary

Des histoires de rockabilly et de punks ruraux, égarés dans un univers carcéral post-boomer et woke...

Status
Excerpt
Chapters
8
Rating
n/a
Age Rating
16+

Chapitre 1 Des jeunes gens modernes

" Des jeunes gens modernes”

Extrait de Nouvelle Aube (Roman)


« Cette résolution de ne pas combattre n’est due qu’à ton indulgence prétentieuse et elle ne pourra qu’être vaine, car Mon énergie d’illusion sous la forme du mode de la passion te forcera de toute façon à combattre », Verset 59 - la Bhagavad-Gîtâ


(...) Leur mode de fonctionnement était un modèle pour toute la communauté qu’ils savaient contrôler par un certain charisme, reposant sur la désignation d’un bouc-émissaire. Ils choisissaient une proie, puis la proposaient au groupe en guise de défouloir, afin de consolider la cohésion autour d’eux.

Le tour d’Hervé ne se fit pas attendre longtemps. Il apprit qu’ils avaient tentés « de se faire » sa fiancée dans son dos. La Pluche qu’Hervé hébergeait, avait profité de son départ, quand il s’était absenté plusieurs jours en raison de son travail, proposant une relation sexuelle à Vanda. Elle avait refusé, et lui en avait parlé.

Le jeune était dégoûté de l’attitude de la Pluche, incapable qu’il était de lui rendre la pareille, mais il n’était pas dupe, de cette hypocrisie. Un relent catholique indigeste affaiblissait son devoir de résistance. Il lui pardonna...

Il ressentait cette mentalité malodorante qui se légitimait dans ces années quatre-vingt-dix. Ce réflexe d’appropriation sur la fiancée d’un de leurs « amis », tout en condamnant les valeurs qui les avait précédées, était caractéristique de ces gosses de boomers, cachant leurs actes sous un discours faussement rebelle, au sujet de la libération des anciennes « croyances », pas assez hédonistes à leur goût, trop conformistes, sentant un terroir qu’ils haïssaient, car succeptible de les remettre, un jour, définitivement à leur place.

Le mot « Honneur » était souvent ridiculisé par la Pluche qui l’assimilait à des histoires ringardes, dénotant un manque d’intelligence et de modernité un peu« punk ».

Socrade était le plus vicieux de la bande. Il savait infiltrer le point faible de son interlocuteur afin de lui épuiser ses convictions, puis s’en rassasier telle une hyène, dont il avait d’ailleurs le rire, la gueule ensanglantée par l’énergie de sa proie. Il jouissait littéralement de l’humiliation de celui qu’il avait su entraîner dans la confusion et le mépris de lui-même. Hervé en fit les frais régulièrement en se disant que tout ceci était normal au vue de son manque de correspondance, avec cette détente naturellement assumée et « coolement » dépravée qu’il voyait chez ces nouveaux « amis ».

Ce pillage de l’âme d’un plus fragile était le fonctionnement économique normal du groupe, dirigé par ces créatures, qui dès qu’elles ouvraient la bouche donnaient l’impression d’avoir vécu plusieurs guerres ou plusieurs vies.

Leur intérêt commun avec le sien, pour la littérature, le cinéma et la musique, dans le désert culturel où il végétait à la Chat’, l’avait fait chuter dans les griffes de cet oasis rempli de fumier.

Sous la couverture du signalement de la vertu, tout était permis en contrepartie à celui qui savait se présenter comme le porte parole du progressisme à la mode. Hervé était désigné comme ce vilain passé, respectueux, trop poli avec ses manières paysannes. qu’on pouvait ridiculiser sans risque, piétiner au gré de ses humeurs, le dernier des derniers sur l’échiquier des valeurs de ce mondialisme de gauche à l’esprit Canal, qui s’infiltrait sur tous les plans.

On lui donnait un peu d’intérêt pour qu’il ne rompe pas sa laisse, puis on l’exhibait sur le trône de la dérision et du ridicule pendant les cérémonies alcoolisées au café de la Moule noire.

Le signe d’indépendance, supérieur à tous les autres, qui finissait d’entériner le côté exceptionnel et brillant de ces individus, se dévoilait au moment où ils sentaient qu’ils allaient pouvoir se permettre, un léger sourire au coin des lèvres, « d’entreprendre » la fiancée de leur « ami ».

Ils avaient ainsi franchi la ligne qui les démarquait désormais, comme des êtres sans plus aucune barrière morale. Ils devenaient des êtres supérieurs dans la hiérarchie des valeurs de leur société ouverte, pourtant étriqués et définitivement pourris dans leur vrai monde intérieur. Ils se gratifiaient eux même comme au-dessus des valeurs de « paysan », du haut de leur perversion, admirée par tous.

Hervé sortait à chaque fois de ces rencontres, épuisé, son énergie bafouée.

La confusion sur les sentiments de ses « amis » à son égard, le mettait dans une situation où il se culpabilisait de ne pas être assez « moderne », encore trop éloigné de ce fusionnement total et irréversible, entre sa personnalité et ce cynisme permanent, ennemi de toute morale, et définitivement moqueur de toute situation.

Les gosses de boomers étaient eux naturellement à l’aise dans ce rôle, fidèle à leur baptême inversé, béni par la génération de soixante-huitard de leurs parents. Il étaient les nouveaux suzerains évidents de l’époque, coloriés d’ouverture d’esprit, et de dévergondage « vertueux » à la mode.

Rien autour de lui n’aurait pu le convaincre du contraire.

Il était seul dans ce désert, égaré au milieu de cette vaste escroquerie de la pensée dominante, étalée et promue par la télé, la musique sous toutes ses formes, les journaux, et le sens commun contagieux de cette jeunesse de gôche culturelle.

Le masque éclectique de l’ouverture d’esprit sur tout et n’importe quoi, dans le sens de ce mondialisme à la sauce Rock’ n Roll, leur garantissait l’impunité dont ils avaient besoin pour construire leur propre échafaudage en vue de leurs projets personnels.

Car bien entendu, ce traitement mortifère pour les autres ne s’appliquaient pas pour eux, qui dès qu’on les égratignait même avec douceur, répliquaient tels de petits monarques sans pitié, assassinant le coeur de l’imprudent, leurs yeux baignés d’un liquide vicieux, pour celui qui avait osé effleurer leur égo de jeunes gens modernes aux idées « subversives ».

A sa gauche, cette engeance sans Dieu malsaine, à sa droite les « sans âmes » de ce monde rural, calculateurs, lourds et cruels. Des deux côtés la moquerie, le faux courage, et au final la meute à ses trousses.

Hervé était piégé par son éducation catholique qui le condamnait à pardonner, sans se respecter. Il ne comprenait pas le rapport de force qui se jouait en sa défaveur.

En lisant Sun Tzu plus tard, il comprit qu’en art de la guerre comme en vrai psychologie de combat, le but est d’immobiliser l’adversaire de l’intérieur, pour l’empêcher d’agir.

Il ne parvenait plus à se défendre. La crainte des représailles de la bande autour des Groseilles, était utilisée pour pallier l’impuissance physique évidente de ces créatures.

Il regretta toute sa vie de ne pas avoir cogné ces années là, et il se promettait de ne jamais recommencer. Dieu l’entendait au fond de lui, et lui pardonnait de ne pas s’être battu en les frappant à la tête. Il avait pêché en baissant les yeux, et en acceptant cette soumission destructrice. Il avait besoin qu’on lui mette le nez dans ce qu’il devait travailler.

Cette épreuve était inscrite dans sa formation pour la guerre spirituelle qu’ il allait mené un jour, du moins le pensait-il.

Derrière toutes ces inversions accusatoires qui le présentaient dans le quartier, comme un fou, un mec qui avait péter les plombs, afin de ruiner sa volonté, comme s’ingéniait à le répandre la bande des Groseilles, se déroulait une guerre de la pensée.

Hervé perdait, mais sur d’autres plans il se battait. Il le sentait confusément, et c’est ce qui préserva sa dignité profonde. Ce sentiment lui permit inconsciemment de continuer d’avancer. Ces gosses de soixante-huitard avaient tout pour eux et avec eux ; la société, l’assentiment culturel de leurs paires, les sourires admiratifs des filles, acquises au féminisme inoculée dès l’école comme une évidence indépassable, les places et les financements des Collectivités socialistes pour leurs projets.

Hervé était un vilain canard boiteux avec pour seul piston son travail en intérim, et l’aide de ses parents de sang qu’on lui avait fait méprisé. Ce conflit psychique le poursuivit dans ses rêves, dans son sommeil perturbé, dans la réalisation de ses projets.

En face ils canardaient, et ils gagnaient. Pour eux, la question ne se posait pas, pensait Hervé.

Toute cette jeunesse sans Dieu qui le traitait de paysan au lycée et dans ce milieu citadin, étaient la pensée du système. Ils étaient ce système qui lui donnait la nausée.

Les siens étaient traités comme les « arriérés » de cette société « progressiste » ; cette hiérarchie informelle était intériorisée par ces jeunes formatés au laïcisme d'Etat. Lui était un plouc, un gosse de plouc, un paysan, un « prolo de droite » ne devant son salut et la délivrance de ces oripeaux réactionnaires, qu’au bon vouloir de ces petits maîtres éclairés, au physique branché de jeunes gens modernes (...)