(Arc 1) Chapitre 1 : Coup de foudre
(Arc 1 : Le corbeau et le dragon)
Des voitures qui semblaient s’affronter pour savoir laquelle dépasseraient le mur du son en premier. Une foule de spectateurs surexcitée agglutinés sur les gradins. Des pancartes et des drapeaux aux couleurs de différentes équipes étaient brandies en direction du circuit. L’odeur de la transpiration et de l’essence se mélangeaient.
En périphérie de la mégapole de Séoul, un tournoi automobile amateur qui se déroulait chaque année, passionnait toutes les générations et attirait toujours plus de coureurs désireux de remporter la victoire. Ce soir, après cinq jours de courses intenses, avait lieu la finale tant attendue.
Soudain, deux voitures se rentrèrent dedans.
— Ah quel dommage ! Accrochage pour Park et Min. Le tournoi est terminé pour eux ! annonça le commentateur.
Plus de peurs que de mal. Les deux coureurs qui sont rentrés en collisions ont fait une sortie de piste et s’en sont sortie idem.
— Oh ! Choi vient de rater son virage, et de se faire dépasser par Nienrao qui passe en tête de la course ! Bien que cela paraissait mal parti pour aujourd’hui, le favori reste déterminé à remporter une nouvelle fois le titre de champion cette année !
Voulant s’assurer une victoire écrasante, la Ferrari rouge vif enclencha une accélération et creusa une large distance avec le second coureur.
Dernier tour. Dernier virage. Les spectateurs, retenant leur souffler et n’arrivaient pas à rester assis.
Au grand plaisir de la majorité, la Ferrari franchie la ligne d’arrivée et le coup de feu final retenti. Les cris de joie et d’admiration se firent plus nombreux.
Malheureusement pour Choi, il était arrivé troisième. Dépassé in-extremis vers les dernières secondes.
La Ferrari s’arrêta au stand de ravitaillement qui lui avait été attribué. Sous les acclamations de l’équipe technique, le vainqueur de la course sortie du véhicule et retira son casque, dévoilant le visage souriant d’un jeune homme au début de sa vingtaine, au teint hâlé, les cheveux bruns court. Il leva les yeux vers l’horloge à sa gauche. Ses yeux s’écarquillèrent de surprise accompagnée de sueurs froides.
— Shìp-hăai! (Merde !) s’exprima-t-il en thaïlandais.
Sans attendre, il donna rapidement son casque à une des personnes autour de lui et s’excusa vivement avant de partir en courant vers les vestiaires.
— Ashlay !
À quelques mètres, un autre pilote, celui arrivé second, avait remarqué le jeune favori s’éclipser. Malheureusement pour lui, le dénommé Ashlay avait déjà disparu. La foule de supporters et d’autres collègues qui l’entouraient pour le féliciter, l’empêchait de le rejoindre.
Une demi-heure plus tard, la combinaison de pilote avait cédé sa place à un chic costume rouge bordeaux sur mesure. Le tissu soulignait parfaitement sa silhouette athlétique. Il était difficile de croire qu’il venait de sortir d’une course.
Toujours pressé par le temps, Ashlay entra dans sa voiture et mis le cap sur le centre-ville.
En regardant l’heure sur son portable, il souffla. Il était encore dans les temps. Quelques minutes après son départ, il reçut un appel. Il jeta un rapide coup d’œil à l’écran puis ajusta une oreillette à son oreille avant de répondre:
— Alors, comme ça, on s’en va tel Cendrillon ?
La voix au bout du fil était celle du pilote qui avait interpellé Ashlay plus tôt.
— Hao Ming, je vois que tu es de bonne humeur.
— Tu as manqué la tête mémorable de Choi Si Oh. Il pensait sérieusement pouvoir gagner, on dirait.
Ashlay fit un sourire satisfait.
— Tu arriveras à l’heure ? demanda Hao Ming.
— Je pense pouvoir arriver à temps sans avoir à griller de feux rouges… Enfin…. Peut-être un ou deux en fonction du trafic.
— Okay, okay.
Malgré son ton calme, Hao Ming trouvait la situation amusante.
— Ta mère ne t’épargnera pas si elle apprend que tu t’es présenté en retard. Et aussi, ne t’inquiète pas pour le podium et le trophée, je préviendrai le président du circuit.
— Merci.
Ashlay frissonnait rien qu’à l’idée de devoir s’expliquer auprès de sa mère s’il avait le malheur d’arriver en retard.
Ce soir, au Seoul Arts Center devait avoir lieu un concert de charité. Le but de récolter des fonds pour un organisme venant en aide à des familles défavorisées dans le monde. Des musiciens de classiques et de jazz coréens, mais aussi étrangers, plus ou moins connus, avaient été invités à se produire sur scène.
À l’origine, c’était sa mère qui devait s’y rendre, mais à cause d’autres obligations, ce fut à Ashlay qu’incombait la tâche de représenter leur entreprise : le groupe Orchid Prestige. Ce conglomérat originaire de Thaïlande qui avait su s’imposer sur le marché de l’hôtellerie et de l’immobilier en Asie. En tant qu’héritier, Ashlay devait parfois se rendre à ce genre d’événements avec sa mère ou seul, comme aujourd’hui.
Comme il ne pouvait, pour rien au monde, manqué le tournoi, il lui avait donc promis d’assister sans faute au concert. Sa mère l’avait menacé de devoir arrêter les courses s’il ne tenait pas parole.
— Et dire qu’au lieu d’aller à ce concert de charité ennuyeux, j’aurais été en train de faire la fête avec vous en ce moment. soupira Ashlay.
— Tu n’as qu’à venir chez moi une fois que c’est terminé. Mon père est revenu de France avec quelques bonnes bouteilles de vin.
— Je vais y réfléchir… Je te rappelle plus tard.
— D’accord… À plus tard. Et n’oublie pas de sourire. ajouta Hao Ming avant de raccrocher.
Il était pile dix-huit heures lorsque Ashlay entra dans l’Arts Center. Dans le hall, un jeune homme en costume noir, lunettes club master sur le nez, cheveux courts noirs, coiffure impeccable, attendait nerveusement sur le côté. Quand il aperçut Ashlay, son expression faciale se détendit grandement et il se précipita vers lui.
— Monsieur Nienrao ! Enfin, vous voici ! Le concert commence dans moins de trente minutes et vous ne répondiez pas à mes appels, j’avais peur que—
— Pas la peine d’être aussi dramatique, Ha Ri. Je suis là. Et combien de fois t’ai-je dit que tu pouvais m’appeler “Ash”?
Shin Ha Ri, vingt-quatre ans, était le secrétaire d’Ashlay depuis qu’il avait officiellement intégré Orchid Prestige. Il était appliqué et organisé dans son travail, parfois même trop sérieux. Se connaissant depuis le début de leurs études à l’université, il s’entendait très bien avec Ashlay.
— Vu la situation, je préfère rester professionnel, Monsieur Nienrao. affirma-t-il en réajustant ses lunettes.
— Comme vous voudrez, secrétaire Shin. Où dois-je me rendre ?
— Par ici.
Pendant que son secrétaire le guidait, Ashlay pouvait sentir divers regards poser sur lui : des jeunes femmes qui le trouvaient attirant, des hommes d’affaires plus âgés désirant créer des connexions professionnelles, de la curiosité, de l’envie…
Ashlay était habitué à tout ça. Il les ignora et resta concentré sur sa tâche. Cependant, des commérages captèrent tout de même son attention alors qu’il confiait une enveloppe, au nom d’Orchid Prestige, à une hôtesse à l’entrée de la salle. Un groupe de personnes était excité à l’idée d’entendre un certain musicien. Ces personnes étaient spécifiquement venues ce soir rien que pour l’écouter jouer, ce qui intrigua Ashlay.
Venir ici juste pour UN musicien ? À quel point est-il doué ?... Je n’ai pas entendu son nom…
— Monsieur ?
— Oui ? répondit Ashlay en se concentrant de nouveau sur son secrétaire.
— Venez, on va nous conduire à nos places.
— J’arrive.
Deux heures et demie plus tard. Ashlay ne pouvait s’empêcher de bâiller. La musique n’était pas à son goût. Cependant, il se forçait à apprécier un minimum malgré tout. Il rêvait du moment où il pourrait enfin rentrer chez lui, prendre une douche chaude et se glisser sous la couverture de son lit. La musique qu’il entendait actuellement ne lui donnait qu’une envie : s’endormir.
De son côté, le secrétaire Shin était dans son élément. À chaque fois qu’un musicien entrait en scène, ses yeux brillaient. Il savourait chaque note comme des cadeaux venus des cieux.
Pendant ce temps, dans une des loges, un jeune homme répétait un morceau dans son esprit. Les yeux fermés, humant légèrement un air, ses doigts mimaient des mouvements en accord avec une mélodie sur un piano invisible.
Toc. Toc. Toc.
— Excusez-moi. Monsieur Altaha, c’est à votre tour dans dix minutes. informa un membre du personnel.
— Merci. J’arrive.
Le pianiste se regarda dans le miroir en face de lui quelques instants puis inspira et expira plusieurs fois afin de se détendre. Enfin, il mit et ajusta ses lunettes avant de se lever et de sortir.
Dans le couloir, il sentit une présence désagréable derrière lui et se retourna subitement, mais rien. Avait-il rêvé ? Il voulut confirmer ses doutes en retournant sur ses pas, mais un autre membre du personnel l’interpella pour lui dire que c’était bientôt son tour. Il mit alors ce doute de côté et continua son trajet.
Dans la salle de concert, des applaudissements retentirent suite à la prestation qui venait de se terminer. Le maître de cérémonie monta ensuite sur scène pour annoncer le prochain musicien :
— Mesdames et messieurs, nous arrivons à la fin de ce concert de charité. Afin de pouvoir clôturer cet événement en beauté, permettez-moi d’accueillir un jeune prodige, qui est également l’un de nos invités d’honneur ce soir. Il a déjà conquis les scènes internationales par son talent de pianiste et de compositeur, voici : Monsieur Altaha Gwenval !
L’auditoire applaudit avec encore plus de ferveur. Certaines personnes commençaient à gaiement chuchoter entre elles.
Ashlay redressa la tête. Attendant curieusement.
C’est enfin le moment de voir ce “fameux prodige”. Je me demande à quel point il est doué pour provoquer autant de réaction. pensa sceptiquement Ashlay.
Même le secrétaire Shin avait le sourire aux lèvres et gardait les yeux rivés sur la scène, le regard empli d’étoiles.
— Toi aussi, tu le connais ? demanda Ashlay, amusé.
— Bien sûr ! répondit le secrétaire Shin plein d’entrain avant de se racler la gorge et de reprendre un air professionnel. Sa musique est magnifique. Il sait se diversifier et mélanger des styles. De plus, il est très beau. Il a beaucoup gagné en popularité ces trois dernières années. Vous n’avez jamais entendu parler de lui ? Sérieusement ?
Ashlay haussa les épaules nonchalamment.
— Pas du tout. Depuis que j’ai commencé à travailler pour le groupe. Je n’ai pas eu trop le temps de découvrir de nouvelles productions musicales. De plus, la musique classique, ce n’est pas vraiment ma tasse de thé.
Beau et doué… Hum… Est-ce que c’est à cause de sa beauté que tout le monde l’écoute ?
Ashlay n’avait pas eu le temps de finir sa pensée que le fameux “prodige” s’avançait sur scène. Et pour le coup, le secrétaire Shin ne lui avait pas menti.
Ashlay se figea. Comme hypnotisé.
Une peau foncée, des cheveux noirs et ondulés, une silhouette élancée. Il était simplement habillé d’une chemise blanche et d’un pantalon large noir. Une boucle d’oreille scintillait à son oreille gauche. À cette distance, Ashlay ne distinguait pas exactement la forme du bijou… mais c’était sans importance ou peut-être que oui ?
Une chose était avérée : Ashlay avait instantanément compris pourquoi tout le monde était exalté à l’idée de seulement voir ce musicien. Habitué de sensation forte, son cœur n’avait jamais battu aussi vite en voyant quelqu’un. Il n’arrivait pas à détacher son regard du musicien. Quel sort lui avait-on lancé ?
Il ne peut pas être aussi doué qu’on le dit… Il…
Ashlay ne savait pas ce qu’il avait. Il voulait se persuader que le musicien n’avait que son apparence pour lui plaire, mais il n’avait jamais eu autant tort.
Gwenval fit une révérence à l’audience puis alla s’asseoir en face du piano. La salle fut alors plongée dans le silence le plus total et la représentation débuta. Dès les premières notes de musique, tout le monde fut comme envoûté.
Ashlay se redressa sur son siège, son cœur battant toujours plus vite. Incapable de détourner le regard.
— Je suis dans la merde. dit-il à voix basse en thaïlandais, une main proche de son cœur.