Chapitre 1 : Les Loups
PDV Caine
Les flammes engloutissent la résidence, projetant des ombres sinistres, chaque éclat de lumière semblant railler ma lenteur, ma faiblesse. Mon cœur bat si violemment que chaque pulsation m’écrase. Asher surgit, l’air figé, et laisse tomber cette vérité inacceptable :
– Elle est à l’intérieur.
Le monde s’arrête, juste assez pour que je sente la rage, la peur et l’adrénaline fusionner, incendier mes veines plus férocement que le feu lui-même. Sans réfléchir, je fonce vers les flammes, une pulsion viscérale, une nécessité plus puissante que tout ce que j’ai jamais ressenti.
Tulipe n’aurait jamais fait ça. Elle n’aurait pas plongé dans cet enfer, n’aurait jamais flirté avec cette frontière de destruction. Mais Fleur… Fleur, elle, est l’incarnation même du chaos. Elle brûle d’une intensité qui me pousse au bord du précipice, un feu que je ne peux ni éteindre ni abandonner.
Je m’engouffre dans le bâtiment, étouffé par la chaleur, chaque bouffée d’air saturée de fumée et de cendre. Mes poumons hurlent, mais rien ne m’arrête. Elle est là, quelque part, peut-être déjà cernée par les flammes. Elle pourrait se laisser avaler par le feu. Parce qu’elle n’a pas de limite, parce que, pour elle, chaque instant est un défi, un jeu mortel.
– Fleur !
Ma voix se perd dans le vacarme du brasier.
Je n’ai jamais ressenti cette peur, au-delà cette folie dévorante. Ce besoin insatiable en elle, pourrait l’engloutir pour de bon. Les flammes lèchent les murs autour de moi, mais ce n’est pas la chaleur ni la douleur qui comptent. Elle a ce pouvoir de me faire tout risquer, contrairement à sa sœur.
Pour cette foutue Renarde, je me jetterai dans tous les enfers.
La chaleur est infernale, chaque souffle est une agonie. La fumée, épaisse et étouffante, me mord les poumons, m’aveugle, mais rien ne m’arrête. Mes mains frôlent les murs brûlants, et chaque contact me déchire la peau, mais tout ce que je ressens, c’est cette urgence, cette terreur viscérale que je ne veux pas nommer.
– Fleur !
Mon cri se perd dans le chaos, la fumée avale mes mots. J’avance, trébuchant, écartant les débris enflammés qui s’effondrent autour de moi, mais toujours, toujours en quête de ce visage, de cette folie qu’elle porte en elle et qui, je le sais, pourrait l’avoir poussée à aller trop loin.
Un instant, j’hésite.
Est-elle ici ? Où est-elle déjà au-delà de ce feu, quelque part où je ne pourrais plus l’atteindre ?
Je repousse ces pensées d’un coup, refusant d’imaginer cette possibilité. Les flammes grondent, rugissent, mais l’adrénaline domine, surpasse chaque sensation. Les battements de mon cœur résonnent comme un tambour funeste, plus fort que le crépitement du bois qui se consume.
Et soudain, au détour d’un couloir en proie aux flammes, je l’aperçois. Sa silhouette, floue, agenouillée dans la fumée, un sac contre elle. Ses cheveux s’embrasent sous la lumière infernale, sa peau luisante de sueur et de cendre. Elle est au bord de l’inconscience, mais je vois dans ses yeux cette étincelle, ce besoin d’aller plus loin, de jouer avec le danger même quand il est à un souffle de l’avaler.
– Fleur !
Je me précipite, me jetant vers elle, mes bras l’entourent, et je la sens tressaillir, son regard plongeant dans le mien, brouillé de fumée, de folie. Mon cœur bat si fort que j’ai l’impression qu’il pourrait exploser. Elle résiste, faiblement, agrippée au sac, mais je la serre contre moi.
– Lâche ce putain de sac, Fleur !
Elle refuse de lâcher prise, je la soulève, la force à se détourner de ce brasier, de cet enfer qu’elle semble vouloir absorber tout entier. Alors que je la porte hors des flammes, son corps devient un poids, ses paupières se ferment, mais mon esprit n’a qu’un seul but : l’arracher à ce chaos, à cette fin qu’elle semble vouloir provoquer.
Je ne ralentis pas, même quand mes poumons hurlent, même quand je sens mes forces s’épuiser. Je l’entraîne, à travers les couloirs envahis par la fumée, vers la sortie, vers l’air libre, là où je pourrai la voir, la toucher, lui prouver que personne, pas même elle, ne m’échappera.
Je franchis enfin la porte, trébuchant presque sous le poids de Fleur. L’air frais nous frappe, comme un coup de fouet brutal après l’enfer. Elle est inconsciente contre moi, ses cheveux collés à son visage, des cendres sur sa peau. Je la dépose précautionneusement au sol, et dans la panique, je l’observe, cherchant le moindre signe de vie.
– Respire, putain…
Je secoue ses épaules, mais elle reste immobile, ses lèvres partiellement entrouvertes, ses traits tendus dans une expression de douleur. La panique serre ma gorge, mes mains tremblent en effleurant son visage.
– Bordel, respire !
Mon esprit s’embrouille, la colère et la peur se mêlent, mais quand enfin elle inspire difficilement, mes épaules s’affaissent. Elle tousse violemment, son corps secoué par des spasmes alors qu’elle reprend son souffle. Son regard est trouble, mais elle me fixe, ses yeux cherchant à comprendre où elle est, qui elle est.
Elle déglutit, puis murmure d’une voix à peine audible, mais farouche, comme si le brasier continuait de brûler au fond de son âme :
– Mes affaires…
Je lui prends le visage, mon pouce glissant sur la cendre qui macule sa joue, mes yeux plongés dans les siens, durs, implacables.
– C’est toi que je sauve, Renarde. Pas des foutus souvenirs.
Un sourire faible, mais provocateur se dessine sur ses lèvres, j’ai cette envie incontrôlable de la secouer et de l’embrasser tout à la fois. Elle rit, un rire rauque et douloureux, mais qui résonne avec défi.
– Je n’ai pas besoin de toi pour me sauver, souffle-t-elle.
– Peut-être pas, mais maintenant que tu as joué avec les flammes, souviens-toi… tu ne joues plus seule, putain.
La rage monte en moi lorsque je remarque cette larme solitaire rouler sur sa joue, traçant un sillon sur la cendre qui marque son visage. Cette vision enflamme quelque chose de sombre et de destructeur en moi. Fleur serre son sac contre elle, ses doigts tremblant tandis qu’elle fouille avec une hâte frénétique, ses yeux brillants d’une colère glacée.
Puis, elle arrête de respirer. Ses yeux se figent sur un papier plié, glissé là, d’un rouge éclatant, comme une provocation sanglante laissée en plein enfer.
Your nightmare.
Ces mots résonnent comme une insulte, une menace. Mon cœur s’emballe, une colère noire s’infiltre dans mes veines. Cette fois, le jeu a dépassé les limites. Si cet enfoiré croit pouvoir recommencer, il est bien loin de se douter de ce qu’il va déclencher.
Je me penche vers Fleur, mes doigts attrapant son menton avec fermeté, l’obligeant à me regarder. Elle serre toujours ce papier, ses pupilles dilatées de haine, mais aussi de peur. Une peur qui m’exaspère et m’enrage à la fois.
– Ce bâtard ne sait pas à qui il s’attaque. Tu comprends ?
Ma voix est basse, dangereuse, chargée de cette folie que je ressens à l’idée de la perdre, comme un animal prêt à tuer.
– Il a peut-être pris Tulipe, mais toi, il n’aura pas cette chance.
Elle fronce les sourcils, sa main se refermant davantage sur le papier. Je vois dans ses yeux ce besoin incontrôlable de vengeance, ce besoin morbide de toucher la mort du bout des doigts, de s’y baigner.
– Je n’ai pas besoin de ta protection, Caine, peste-t-elle. Tout ce que je veux… c’est qu’il paie. Que je puisse le regarder dans les yeux et…
Je serre sa nuque d’une poigne brutale, la rapprochant de moi, mon souffle se mêlant au sien.
– Ce que tu veux, Renarde, c’est moi qui vais te le donner. Mais laisse-moi te dire une chose…
Je prends le papier rouge, le froisse entre mes doigts, mes ongles s’enfonçant dans sa peau.
– Il paiera pour avoir allumé ce feu. Et toi, tu seras là pour regarder. Mais la prochaine fois que tu fonces tête baissée dans les flammes, je te jure que c’est moi qui t’enfermerai dedans.
Elle me fixe, le défi éclatant dans ses yeux.
Un sourire tordu étire ses lèvres alors qu’elle murmure, avec ce regard fou qui m’obsède :
– Alors, brûle-moi.
Je la lâche, laissant mes doigts remonter sur son visage, un sourire carnassier se formant sur mes lèvres.
– Fais gaffe à ce que tu implores, Renarde. Parce qu’avec moi, tu goûteras à chaque braise. Tu es à moi, je ne laisserai personne te prendre à moi, putain ! Pas même toi.
– Alors montre-moi. Montre-moi à quel point je t’appartiens.
Mon corps se tend, mon ventre me fait mal, ces mots devienne un putain de pacte. Je l’attire contre moi avec une possessivité brute, insatiable. Nos lèvres s’écrasent dans un baiser vorace, intense, rempli de cette fureur et de cette soif de contrôle que j’éprouve pour elle. Ma langue s’insinue entre ses plis, chaque mouvement marqué par cette envie de lui prouver qu’elle est à moi, de lui graver ma marque.
Je sens ses doigts se resserrer sur mes bras, comme si elle cherchait à s’ancrer, à tenir bon contre cette vague d’intensité qui nous submerge. Elle répond, avec la même ardeur, ses lèvres enflammées de ce désir que je sais attiser en elle.
Elle se cambre contre moi, et je laisse échapper un grondement, mon souffle brûlant contre sa peau. Mes doigts glissent jusqu’à sa taille, l’enserrant avec force, comme pour lui rappeler que cette proximité, cette passion, est une ligne qu’elle a elle-même choisi de franchir, un chemin sans retour.
Je me détache un instant, nos visages si proches que nos souffles se mélangent encore, nos yeux rivés l’un à l’autre. Un sourire carnassier s’étire sur mes lèvres, tandis que je murmure, ma voix rauque :
– Tu m’appartiens, Fleur. Chaque frisson, chaque soupir… c’est à moi. Et je ne laisserai personne, pas même toi, l’oublier.
Elle me fixe, ses lèvres gonflées par notre baiser.
Sans attendre sa réponse, je l’attire à nouveau vers moi, plongeant dans un autre baiser, revendicateur. Elle est à moi, et chaque fibre de son être le sait, le réclame, le désire.
PDV Asher
Je les trouve enfin, leurs silhouettes se découpant sous l’éclat infernal des flammes. Fernir est là aussi, aux pieds de Caine, l’air menaçant, prêt à défendre sa meute. Mon cœur bat la chamade, ma respiration est rauque, et quand je les rejoins, c’est comme si un poids énorme me quittait.
Sans hésiter, je saisis Fleur, mes doigts s’emmêlant sans ménagement dans ses cheveux encore imprégnés de l’odeur de la fumée. Je la tire vers moi, la plaquant contre mes lèvres, retrouvant ce goût unique de poison mêlé aux relents de feu. Je m’écarte un bref instant, mon regard sombre et pénétrant fixé sur elle.
– Tu te rends compte de l’enfer que tu me fais vivre ?
Elle me fixe, l’air dédaigneux, provocant, et ça m’enrage autant que ça me fascine.
– Tu n’as pas idée de ce que tu représentes pour nous, craché-je, la voix emplit de cette possessivité brute. T’es peut-être une salope capricieuse qui aime flirter avec le danger, mais laisse-moi te dire que t’es à nous. Je te laisserai jamais nous échapper, et encore moins partir en cendres.
Caine me regarde avec un sourire tordu, mais je m’en cogne. Mes doigts se resserrent dans ses cheveux, puis glissent vers sa nuque.
– Dis-moi que t’as compris, Renarde, soufflé-je contre sa peau.
Mes lèvres s’écrasent à nouveau contre les siennes, sans douceur, la laissant sentir toute la peur, toute la rage et la possessivité qui nous unissent.
Mon emprise sur elle se resserre, mes doigts glissent de sa nuque à sa taille, la tirant un peu plus près de moi, comme si je pouvais la souder à nous, l’empêcher de fuir ce qui la lie.
Caine s’approche de son autre côté, ses yeux perçants détaillant chaque frémissement de Fleur. Il effleure son menton du bout des doigts avant de murmurer
– Souviens-toi que tout ça, ça nous appartient.
Je laisse échapper un rire bas et grave, mes yeux sombres s’enfonçant dans les siens, tandis que mes doigts effleurent son cou, lui rappelant qu’elle est, plus que jamais, entre nos mains.
Anissa s’approche, l’air perturbé, encore sous le choc de l’incendie.
– Les étudiantes auront la possibilité de s’installer dans un immeuble, à quelques rues du campus, pour éviter de… enfin, au cas où il y ait d’autres incidents, déclare-t-elle, en jetant un regard en coin à Fleur, comme pour s’assurer qu’elle tient toujours debout.
Avant même que je puisse répondre, Caine laisse échapper un rire sec, son regard rivé sur la Renarde avec cette possessivité tranchante.
– Elle n’ira nulle part. Elle dormira chez les Alpha, gronde-t-il
Cette idée me plaît. Pas question de la laisser trop loin de nous, sans savoir si cet incendie est oui ou non accidentel.
– T’as entendu, Renarde ? dis-je en attrapant doucement une mèche de ses cheveux pour la twister autour de mon doigt. C’est nous ou… c’est rien.
Caine me jette un regard complice, et je le sens : la Renarde n’a pas le choix.