LE PRIX DE L'AMOUR : Tome 1

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Summary

« Meghan, voulez-vous prendre Liam comme époux et promettez-vous de lui rester fidèle, dans le bonheur ou dans les épreuves, dans la santé et dans la maladie, pour l'aimer tous les jours de votre vie ? » Si seulement j'avais pu me tordre la cheville ce jour-là, peut-être que ma vie aurait pris un autre tournant... Parce que depuis ce moment fatidique, je lutte. Je lutte contre l'indifférence glaciale de mon mari, contre le poids de ses silences qui m'étouffent, contre son cœur scellé par l'amertume. Dans le monde impitoyable de la haute société, où les alliances se tissent en secret et où l'argent et l'hypocrisie règnent en maîtres, je suis un pion dans un jeu dont je ne maîtrise pas les règles. Plongez dans ce récit bouleversant où l'amour se heurte à l'indifférence, où l'espoir se brise contre des murs invisibles, et où la quête du bonheur semble être une bataille perdue d'avance. Un mariage arrangé, des cœurs brisés, et une question qui persiste : Est-il possible d'aimer quand l'autre ne vous voit même pas ? Existe-t-il un avenir possible pour un cœur qui aime quand l'autre ne ressent rien ?

Status
Complete
Chapters
96
Rating
4.9 30 reviews
Age Rating
18+

ELLE

24 décembre 2021, New York, les Hamptons

En cette veille de Noël, les Hamptons se sont parés de leurs plus beaux atours. Telle une symphonie blanche qui enveloppe les rues, la neige danse en silence et recouvre les vastes plages de sable fin de couche immaculée, créant un contraste saisissant avec les vagues de l’océan Atlantique qui continuent de déferler doucement.

Les maisons élégantes, décorées de guirlandes lumineuses et de couronnes de houx, brillent sous les lumières festives, ajoutant une touche de magie à l’atmosphère.

Les rues des petites villes comme East Hampton et Southampton sont animées par les marchés de Noël, où les habitants et les visiteurs se promènent, emmitouflés dans leurs manteaux chauds, à la recherche de cadeaux artisanaux et de délices culinaires.

Les arbres, dépouillés de leurs feuilles, sont ornés de guirlandes lumineuses, et les jardins sont parsemés de sculptures de glace et de bonhommes de neige.

Oui tout cela est magnifique, pensé-je en tirant une bouffée de ma cigarette avant de laisser la fumée s’élever, se fondre dans l’air glacé comme un soupir invisible. C’était magnifique mais pourtant étrangement lointain. Comme si cette féerie appartenait à un monde dont je ne faisais plus vraiment partie. Une parenthèse enchantée, une illusion délicate qui masque, l’espace d’un instant, les failles du quotidien. Néanmoins, ce n’est qu’un décor, un conte de fée, un voile de lumière posé sur une réalité plus trouble.

Et bordel, la vie est loin d’être un conte de fées ! Je l’ai appris très tôt, à mes dépens.

Les rêves d’enfant, ceux où tout semble possible, où l’avenir brille d’une lueur dorée, s’étaient évanouis bien avant que je sois prête à leur dire adieu. La réalité m’avait rattrapé sans crier gare, brisant mes illusions avec une brutalité presque cruelle. J’avais cru en la magie, aux promesses murmurées au creux des nuits étoilées, aux destins que l’on façonne avec l’innocence des premières fois. Mais la vie en avait décidé autrement. Et les lumières de Noël, aussi scintillantes soient-elles, ne peuvent effacer les ombres du passé. Elles les dissimulent, les recouvrent d’un voile trompeur, mais elles ne les font pas disparaître.

Tentant de chasser mes idées moroses, j’inspire une nouvelle bouffée, la nicotine s’accrochant à mes poumons comme une maigre consolation. Le froid mord ma peau, s’insinue sous mon déshabillé, mais je n’ai pas envie de bouger. J’allume l’écran de mon téléphone, plissant les yeux sous l’éclat artificiel de la lumière bleue. L’heure s’affiche impitoyablement. La nuit est déjà bien avancée.

Trop avancée.

Je pince les lèvres, mes doigts crispés autour de ma cigarette presque consumée. Il faut dire que l’insomnie et moi avons un lourd passif. Depuis deux ans, c’est comme si j’étais prisonnière d’elle. Et ce soir ne déroge pas à la règle. Cette insomnie là n’est pas dû à l’excitation qui entoure l’arrivée imminente du Père Noël ou à une autre connerie de ce genre. Ce qui me tient éveillée, ce sont les événements survenus lors du réveillon de Noël avec ma belle-famille.

Ma foutue belle-famille.

Un soupir m’échappe tandis que j’écrase le mégot dans le cendrier, regardant un instant la braise rouge s’éteindre lentement sous la pression de mes doigts. Je dois vraiment payer le prix d’un ancien mauvais karma pour avoir hérité d’une belle-mère aussi odieuse et d’une belle-sœur aussi arrogante ! Chaque regard de ma belle-mère, chaque commentaire cinglant de ma belle-sœur me fait l’effet d’une lourde pierre jetée dans mon cœur, m’écrasant un peu plus à chaque échange.

Je reste encore quelques secondes sur la terrasse, observant la ville endormie sous son manteau immaculé. Tout paraît si paisible d’ici, si parfait, comme une carte postale figée dans le temps. Mon téléphone se met subitement à vibrer, brisant la lourde torpeur qui m’enserre. Un sourire se dessine presque instinctivement sur mes lèvres, chassant momentanément la grisaille ambiante quand je vois le nom de Nelson s’afficher.

Enfin, une personne amicale, un rayon de lumière dans cette vie où les faux-semblants règnent en maître !

Je décroche, le cœur un peu plus léger, et en même temps, une curiosité malicieuse m’envahit. Je me demande quelle nouvelle péripétie mon meilleur ami a bien pu vivre cette fois-ci, quel dérapage imprévu, quelle situation absurde, qui va m’arracher un éclat de rire et me faire oublier, ne serait-ce qu’un instant, ce dîner qui s’est transformé en un véritable champ de bataille familial.

— Hey !

— Salut chérie, je t’ai réveillé ?

— Comment pourrai-je dormir après une telle soirée, Nelson ? Tu n’as pas reçu mes SOS ? demandé-je en levant les yeux au ciel, agacée par l’écho de ces heures interminables passées à encaisser les piques et les regards glaciaux.

— Ah oui, j’oubliais que Cruella avait encore frappé, se moque-t-il d’un ton sarcastique, un léger rire dans sa voix qui me fait presque sourire malgré moi.

— Et elle était en pleine forme ! soufflé-je, exaspérée. C’est fou comme elle réussit à transformer chaque moment en un véritable cauchemar.

— Tu veux une oreille compatissante ? demande-t-il, son ton plus doux, sincère, comme s’il savait déjà qu’il allait être mon havre de paix pour les minutes à venir.

Je laisse échapper un soupir lourd de lassitude, comme si, par simple mot, je pouvais faire disparaître tout le poids de ce dîner catastrophique, et la tension qui me serre encore la poitrine.

— Honnêtement ? Non. Je n’ai qu’une envie : effacer cette soirée de merde de ma mémoire.

— Si cela peut te rassurer, sache que ce n’était pas non plus la joie chez les Moore.

Sa voix prend une tournure plus calme, une touche de solidarité qui me touche, tout en me donnant l’impression d’être un peu moins seule dans cette spirale de malchance familiale.

— Ils t’ont surpris en train de faire une gâterie à l’un des serveurs latinos ? lancé-je, un sourire sur mes lèvres malgré mon humeur morose.

— Comment sais-tu qu’ils sont Portoricains ? demande-t-il avec amusement.

— Parce que ta grand-mère adore asservir les minorités. On ne change pas les rayures d’un zèbre. Surtout un zèbre prénommé Liliann Moore.

Mon meilleur ami se met à rire et finit par soupirer de façon dramatique :

— Malheureusement pour moi, il n’y a pas eu de pause digestive coquine. Ma vie sentimentale est aussi déserte que le Sahara.

— Tu traverses seulement une mauvaise phase, Nel, lui réponds-je, avec cette douceur protectrice qui me caractérise quand il se fait trop d’idées noires sur lui-même.

— La puberté est une phase, chérie. Quatre mois d’abstinence, on appelle ça un style de vie, rétorque-t-il avec un air faussement sage, toujours dans cet humour mordant qu’il manie si bien.

À mon tour, je me mets à rire, un rire qui s’épanouit dans le vide autour de moi, dissipant un peu de la lourdeur qui m’étouffe. J’ouvre la baie vitrée pour pénétrer dans ma chambre où la chaleur réconfortante de la cheminée m’attend. Les flammes y dansent doucement, projetant sur les murs des arabesques mouvantes, comme un langage secret destiné à apaiser les âmes troublées.

— Enfin, ce ne sera bientôt plus un problème puisque je vais devoir épouser une femme pour toucher mon héritage, annonce-t-il avec un ton faussement dramatique.

— Tu aurais viré de bord sans m’en tenir informé Nelson ?

Je feins une indignation amusée, attendant avec impatience la réplique qui ne tarde pas à venir.

— Oh non mon cœur ! Je n’ai toujours pas trouvé de traitement qui guérirait mon allergie aux poils de chatte, réplique-t-il avec une désinvolture déconcertante.

— Tu n’as pas besoin d’être aussi trash, Nelson ! protesté-je, mi-horrifiée, mi-amusée, avant de partir dans un rire à gorge déployée, incapable de résister à son humour cru.

C’était du Nelson tout craché. Derrière ses plaisanteries provocantes et son humour noir se cache un homme complexe. Au premier abord, il peut sembler arrogant et insensible, se drapant dans une façade de dureté et de cynisme. Mais ceux qui prennent le temps de gratter sous la surface découvrent une tout autre réalité. Nelson est un homme profondément marqué par une enfance difficile, des expériences traumatisantes qui ont laissé des cicatrices invisibles. Son humour, parfois acerbe, est une armure qu’il a forgée pour se protéger du monde, un moyen de masquer une sensibilité qu’il ne dévoile qu’à ceux en qui il a une confiance absolue.

— Cette vieille mégère qui me sert de grand-mère vient de nous l’annoncer. Elle ne nous donnera notre part d’héritage qu’à une seule condition, continue-t-il, son ton oscillant entre l’exaspération et l’agacement.

— Laisse-moi deviner... À condition que tu changes ton statut marital ? suggéré-je, anticipant la réponse absurde.

— Bingo, acquiesce-t-il, un soupir dans la voix.

— Je ne comprends pas comment je peux encore être étonnée après toutes ces années... C’est une exigence “normale” venant d’une vieille toquée de l’Upper East Side ! dis-je, roulant des yeux, comme si j’étais témoin d’un spectacle familier mais toujours aussi irritant.

— Tu en sais quelque chose... rappelle-t-il avec un ton complice, me renvoyant à ma propre expérience.

— Malheureusement, murmuré-je, le poids de ma propre histoire avec des figures similaires pesant sur mes épaules. Quoiqu’il en soit, si tu veux ton héritage, tu n’es pas obligé de te marier avec une femme. Aux dernières nouvelles, le mariage homosexuel est reconnu dans cet état.

— Tu as oublié de qui on parlait, chérie ? rétorque-t-il, une pointe d’amertume dans la voix.

— Comment le pourrai-je ? Lillian est tout ce que je déteste : raciste, homophobe et antipathique au possible, déclaré-je, le ton chargé de mépris.

— C’est fou comme elle peut ressembler à ta belle-doche ! ajoute Nelson avec un éclat de malice, son rire venant alléger un peu l’atmosphère.

— Et c’est la raison pour laquelle elles s’entendent si bien ! conclus-je, partageant un moment de connivence qui, malgré tout, m’aide à supporter un peu mieux cette soirée désastreuse.

— Dis, c’est ton truc les mariages arrangés, non ? T’as pas des conseils ? l’entends-je à nouveau sourire à travers le téléphone, son ton malicieux et provocateur.

— Connard, répliqué-je, un sourire en coin malgré moi.

Sans s’offusquer de l’insulte, il éclate de rire, un rire franc et contagieux qui me réchauffe le cœur, même au milieu de cette soirée chaotique. Entre Nelson et moi, ça a toujours été comme ça. On navigue constamment entre les pics d’ironie, les insultes affectueuses, et des éclats de rire. On peut passer de l’amour à la haine en une fraction de seconde, sans jamais franchir la ligne. C’est notre façon unique de communiquer, un équilibre parfait entre provocation et tendresse. Comme je peux l’aimer, ce grand blond avec ses défauts, ses blagues douteuses, et son cœur d’or dissimulé sous une épaisse couche de sarcasme.

— Tu sais quoi ? reprends-je, avec une touche de malice dans la voix. Demande-moi de t’épouser et je divorce immédiatement. Je suis sûre qu’on serait heureux tous les deux.

— Tu veux vraiment réitérer la même connerie, trésor ? rétorque-t-il, son ton moqueur mais affectueux.

— Je plaisantais. Personne de sain d’esprit ne voudrait d’un mariage sans amour. Mais tu imagines à quoi ressemblerait notre mariage, Nelson ?

— Oh ça oui ! J’imagine beaucoup de rires, de cocktails et de soirées dans les boîtes les plus en vues de Manhattan ! répond-il, sa voix pleine de cette énergie légère qui le caractérise.

— Et le soir venu on coucherait avec nos amants respectifs ! C’est le bon plan assuré ! lancé-je, éclatant de rire à mon idée absurde.

— Parce que toi tu t’envoies en l’air que le soir ? fait-il, feignant l’étonnement.

— Si je le pouvais, je passerais mon temps à m’envoyer en l’air avec mon actuel mari, avoué-je en riant.

— Tu es une sacrée coquine en réalité, ma belle !

— Comme tu n’as pas idée, dis-je en souriant, savourant ce moment de complicité.

— Ta proposition est alléchante et honnêtement, ce serait mieux que la situation dans laquelle tu te trouves actuellement, ajoute-t-il, son ton devenant un peu plus sérieux.

— On y pense deux ans trop tard, Nelson, soupiré-je, consciente que ces plaisanteries ne peuvent pas effacer la réalité.

— Te perdre fera peut-être ouvrir les yeux à ce fils de rat que tu as épousé, lance-t-il, une pointe de colère protectrice dans la voix.

— Depuis quand es-tu devenu un incorrigible rêveur ? demandé-je, amusée par ses paroles absurdes.

— Disons que c’est mon petit côté optimiste qui refait surface, même si je sais que ce type ne le mérite pas, conclut-il, son ton oscillant entre l’humour et la sincérité.

Non, ça, c’est clair, Liam ne mérite pas le quart de l’amour que je lui porte. Mais allez dire ça à mon cœur ! Ce foutu cœur qui s’accroche à des espoirs vains, à cette illusion que j’ai trop longtemps voulu croire réelle.

— Vous venez toujours chez Lily demain ? me demande-t-il après un léger silence.

— Toujours, dis-je simplement, sans grande conviction.

L’idée de ce brunch ne m’enthousiasme guère, mais l’habituelle routine sociale reprend toujours le dessus. Un automatisme. Un rôle que je joue sans plus y penser. Après tout, dans ce cercle, les apparences sont une monnaie d’échange, et je suis passée maîtresse dans l’art de donner le change.

— On s’y voit demain, alors, sourit-il. Et ne soyez pas en retard. Lily est légèrement tendue en ce moment.

Je grimace, déjà anticipant l’atmosphère pesante qui nous attend, puis ironise :

— Elysabeth Mayfaire, future femme du potentiel maire de New York, tendue ? Alors là, tu exagères !

Mon ton est volontairement sarcastique, sachant très bien que le moindre faux-pas pourrait déclencher une crise.

— Je te conseille de ne pas faire ce genre d’humour devant elle, rit Nelson, une lueur de malice dans la voix. À demain, beauté.

Je raccroche et lâche ce qui semble être mon énième soupir de la soirée. Tout en resserrant la ceinture de mon déshabillé en soie, je me dirige d’un pas déterminé vers l’âtre de la cheminée dont les flammes crépitent doucement. J’y jette une bûche pour raviver les braises et m’agenouille sur le tapis moelleux, les yeux rivés sur les flammes qui lèchent le bois. L’appel imprévu de Nelson a réussi à me distraire mais dans le silence de cette chambre, il me faut maintenant trouver un autre réconfort, un apaisement pour mon âme tourmentée.

Que puis-je faire pour me changer les idées ?

Descendre et regarder une de ces télé-réalités qui cartonnent ?

Binge-watcher une de mes séries préférées ?

Mauvaise idée, me souffle une petite voix. C’est prendre le risque de tomber sur ma belle-mère et déclencher une nouvelle dispute. Parce qu’il est clair que cela finira comme ça entre nous.

Pour tout dire, Alvira Baker m’a détesté dès le premier regard. La réciproque n’était pas vraie mais j’ai vite appris à la mépriser.

Elle est froide.

Manipulatrice.

Hautaine.

Imbue d’elle-même.

Elle est connue pour son habileté à manipuler les situations et les personnes pour atteindre ses objectifs, n’hésitant pas à mentir ou à faire du chantage pour obtenir ce qu’elle veut. Elle accorde une grande importance aux apparences et aux traditions, notamment celles de la haute société new-yorkaise. Et pour couronner le tout, elle est puante de mépris pour les classes sociales inférieures à la sienne.

Mais surtout, elle n’a jamais pu accepter la place que j’ai conquise dans le cœur de Roger, son père. Chaque sourire que j’adressais à celui dont elle devait la vie était un affront, chaque geste d’affection envers lui, une provocation. J’étais la femme qui lui avait volé l’affection de son père mais surtout elle m’a toujours vu comme une menace pour son héritage.

C’est un euphémisme de dire que notre relation est un duel silencieux, une guerre froide où les mots sont des lames acérées. Chaque conversation est une bataille déguisée, un échange feutré mais chargé de sous-entendus venimeux.

Et il semblerait que mon époux ait hérité de la froideur de sa mère. Cet homme est si glacial, si distant, si détaché avec moi qu’on aurait pu nous croire étrangers alors que nous sommes mariés depuis deux ans. Deux longues années à côtoyer un mur de glace, incapable de laisser transparaître la moindre chaleur ou émotion.

Alors oui, notre histoire n’aurait jamais dû commencer. Dès le début, tout était voué à l’échec. Il m’a fallu du temps pour le réaliser. Mais merde, j’étais aussi une victime de notre union ! Une marionnette dans un jeu d’intérêts et de convenances, sacrifiée sur l’autel des ambitions familiales.

Je ferme mes yeux verts, un soupir d’exaspération franchissant mes lèvres. D’un geste brusque, je secoue mes cheveux bruns pour tenter de le chasser de mes pensées, comme si ce simple mouvement pouvait suffire à effacer sa présence. Je ne veux pas penser à cet abruti qui me sert d’époux, à ce mariage qui m’étouffe un peu plus chaque jour.

Mais comme toutes les autres fois, c’est peine perdue. Ses pensées s’insinuent malgré moi, s’accrochant à chaque recoin de mon esprit. Impossible de le chasser complètement, même avec toute la volonté du monde.

Il doit dormir comme un bienheureux, paisiblement, dans une des nombreuses pièces de la propriété, tandis que moi, je me morfonds dans cette chambre qui devrait être la nôtre. Une pièce qui résonne de son absence, de son indifférence glaciale, et de mes espoirs brisés.

— Qu’il aille au diable ! Qu’ils aillent tous les deux au diable ! glapis-je avec fureur, ma voix déchirant le silence de la nuit.

Ces mots éclatent dans l’air, porteurs de ma colère et de mon amertume. Je serre les poings, tremblante de rage, ressentant une fureur brûlante face à cette injustice, cette solitude imposée par un mariage qui n’a jamais eu de véritable chance.

Je me relève précipitamment du tapis, le cœur battant encore sous l’effet de la colère. Sans perdre une seconde, j’ôte mon déshabillé d’un geste brusque, laissant tomber le tissu délicat au sol. Le contact froid des draps soyeux contre ma peau nue me fait frissonner légèrement, mais je me glisse rapidement sous leur douce étreinte.

Le satin glisse sur ma peau, créant une sensation apaisante, un contraste saisissant avec le tumulte de mes pensées. Je ferme les yeux, espérant que le confort du lit suffira à atténuer la tension qui pèse sur mes épaules. Mais même ici, dans ce sanctuaire de luxe, l’ombre de mes tourments continue de rôder, refusant de me laisser en paix.