Prologue
On m'a dit que la vérité libère. Qu'il suffit de parler. Que la justice écoute.
Mais ils ne m'ont pas cru.
J'ai raconté chaque détail. Les mots tranchants, les gestes dissimulés sous des sourires. La douleur que personne ne voyait. J'ai expliqué comment tout a commencé – doucement, insidieusement. Une ombre qui s'est glissée dans ma vie, qui m'a volé mes jours et peuplé mes nuits de peur.
Les premiers temps, ce n'étaient que des silences pesants, des regards appuyés qui me donnaient l'impression d'être toujours en faute. Puis, il y a eu les reproches. Des remarques apparemment anodines, glissées entre deux conversations, mais qui me faisaient vaciller : Tu ne fais jamais assez bien. Tu es trop ceci, pas assez cela. Tout est de ta faute.
J'ai voulu me défendre. J'ai essayé de parler, d'expliquer que je faisais de mon mieux. Mais mes mots n'avaient aucun poids face aux siens.
Puis vinrent les nuits sans sommeil. L'angoisse de la voir entrer dans la pièce, d'entendre sa voix m'appeler. Les coups ne sont pas toujours portés avec les poings. Il y a ces phrases qui s'infiltrent sous la peau, qui rongent l'âme, qui finissent par me convaincre que je suis une erreur, que je mérite ce qui m'arrive.
Mais parfois, ce furent aussi les coups.
D'abord rares, presque accidentels, comme si c'était moi qui les avais provoqués. Puis plus durs, plus fréquents. Un verre projeté contre un mur. Une poigne qui serre trop fort. Une chute déguisée en maladresse.
J'ai tout perdu. Lentement. Mon reflet dans le miroir n'était plus qu'une silhouette éteinte. Je ne savais plus qui j'étais. Tout tournait autour de ses humeurs, de ses caprices, de sa colère imprévisible.
J'ai pleuré devant eux. J'ai supplié qu'on m'entende. Qu'on arrête ce monstre avant qu'il ne soit trop tard.
On m'a regardé avec pitié. Puis avec scepticisme.
Comment auraient-ils pu me croire ? C'est une personne charmante, appréciée et sait toujours quoi dire, comment sourire, comment manipuler. Moi, je ne suis qu'un être brisé, incapable d'aligner mes pensées sans trembler.
Ils ont trouvé des justifications. Des excuses. Peut-être que j'exagérais, que j'interprétais mal. Peut-être que j'étais fragile. Peut-être que je voulais me venger.
Ils l'ont laissé partir.
Et moi, je suis resté là, brisé, à l'attendre. Parce que je le sais...
Cette personne recommencera.








