Chapitre 1 : solitude
Mon réveil sonnait toujours à la même heure : 5h35. Mais ce matin-là, je ne l’entendis pas. Le sommeil m’avait emprisonné dans un rêve étrange, une scène floue où des silhouettes dansaient dans un brouillard épais, riant et chuchotant des mots que je ne comprenais pas. Quand j’ouvris enfin les yeux, le plafond gris de ma petite chambre m’accueillit, aussi froid et impersonnel que ma vie.
Je vivais seul, dans un appartement modeste situé au dernier étage d’un immeuble vétuste. Mes journées suivaient une routine immuable : métro, travail, silence. J’étais comptable dans une entreprise où personne ne se souvenait de mon prénom. Même mon patron, un homme à la voix rauque, m’appelait parfois « Rick » ou « Rihan ». Je n’avais pas la force de le corriger.
Le soir, j’aimais me promener dans la ville, comme pour fuir l’étroitesse de mon existence. Les rues, éclairées par des lampadaires vacillants, avaient un charme mélancolique qui résonnait avec mon humeur. Ce soir-là, l’air était lourd, chargé d’une tension que je ne pouvais expliquer.
Je passai devant un café où des couples riaient, leurs visages illuminés par la lumière chaude des lampes suspendues. Je détournai les yeux, le cœur serré. L’amour, je n’en connaissais que la théorie. J’avais essayé, autrefois, de me rapprocher des autres, mais mes maladresses et mon manque de confiance m’avaient toujours trahi.
Je crois que j’avais adopté cette habitude bien après avoir reçu tant de trahisons et de manifestations émotionnelles. Alors que je m’engageais dans une ruelle sombre, j’entendis des pas derrière moi. Mon cœur s’accéléra. Je me retournai, mais ne vis personne. Pourtant, je sentais une présence. Une ombre dans l’obscurité.
C’est là que je la vis pour la première fois. Appuyée contre un mur, une cigarette à la main, une femme aux cheveux noirs et au regard perçant semblait m’observer. Ses lèvres esquissaient un sourire énigmatique, presque moqueur, c’est ce que je me disais.
— Tu cherches quelque chose ? demanda-t-elle d’une voix douce.
Je restai figé, incapable de répondre. Voulant fuir, mais quelque chose dans son regard me retenait, j’avais l’impression de l’avoir déjà vue quelque part, mais je ne me rappelais pas où exactement.
— Tu es perdu, toi, ajouta-t-elle.
Je ne sus quoi répondre. Peut-être parce qu’elle avait raison. Peut-être parce que j’étais fatigué de fuir. Je restai là devant elle, la fixant d’un regard timide, subjugué par sa beauté illuminée par la lumière d’un lampadaire.
— Hum ?
Ce fut la dernière chose qui sortit de sa bouche quand elle se tourna et s’en alla. À ce moment-là, envoûté par sa forme féminine parfaite, je ne pus réaliser que j’étais tombé amoureux de cette magnifique femme.
« Hum… Qu’est-ce que je fais encore ici ? » me demandai-je. « Je devrais rentrer. »