MERIT: les liens qui nous condamnent

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Summary

De bien des temps, l’amour fut éprouvé. Mais que faire lorsque l’amour lui-même devient l’épreuve ? Ils étaient deux âmes éprises, liées par un serment ancien. Un lien mystique les unit — un fil d’éternité tissé pour qu’ils ne soient jamais séparés. Mais rien n’est jamais simple, même pour ceux que le destin lie. Entre l’impossible d’un amour, la soif de vivre pleinement, et l’implacable pointe du sort, deux hommes se poursuivent à travers les âges. Et l’Histoire, en silence, tisse pour eux une trame dont ils ignorent encore la fin.

Genre
Romance/Mystery
Author
Will
Status
Ongoing
Chapters
11
Rating
5.0 1 review
Age Rating
18+

Prologue

Le vent caressait les flancs des dunes comme un amant impatient, arrachait au sable des soupirs d’or et de poussière, éveillant des spirales sensuelles sous la lumière rougeoyante du crépuscule.

Sur la terrasse d’un temple oublié, affaissé sous le poids silencieux des siècles, les hiéroglyphes usés racontaient encore des batailles que plus aucun œil ne venait déchiffrer.

Entre les colonnes rongées par le temps, une femme attendait.

Drapée dans un tissu fin, presque spectral, qui épousait les moindres courbes de son corps, elle effleurait du bout des doigts un pilier fissuré, comptant les cicatrices de la pierre comme on égrène les souvenirs.

Un. Deux. Trois…

La septième s’incurvait comme la marque sur sa hanche gauche, celle qu’il lui avait pansé après la chute de son char — souvenir ancré dans sa chair, blessure plus douce que le plaisir.

Des pas résonnèrent derrière elle.

Elle ferma brièvement les yeux, retenant un souffle tremblant.

Elle savait. Il viendrait.

Il venait toujours.

— Tu es venue.

Sa voix était basse, comme portée par le sable lui-même, teintée d’une douceur résignée.

Elle sentit une chaleur furtive l’envelopper, puis une main frôla la sienne avant de s’éclipser.

Il était là. Tout près. Et pourtant…

— Je n’aurais pas dû.

Un silence s’étira, dense, pesant, presque sacré.

Plus d’échappatoire. Plus de faux-semblants.

Seulement eux. Et la fin.

— Je voulais te voir… une dernière fois.

Elle leva les yeux vers le ciel, cherchant dans l’immensité une échappée, un secours.

Mais le crépuscule régnait sur l’horizon comme une plaie béante, une fracture que même la nuit n’osait refermer.

Tout comme…

— Et si… souffla-t-elle, vacillante. Si j’avais été une autre femme, dans une autre vie…

Il ne répondit pas. Il n’avait pas besoin de le faire.

Il connaissait la fin. Elle aussi.

Elle secoua la tête. Un sourire sans joie flotta sur ses lèvres, frêle flamme vacillante.

— Mais ce n’est pas le cas. Je dois partir.

Son cœur se serra.

Il aurait voulu parler, s’accrocher à quelque chose — un mot, un serment, une folie.

Mais tout semblait dérisoire.

Alors il s’approcha encore.

Son ombre la dévora d’abord, avalant les derniers reflets du jour.

Puis ce fut l’odeur : le cuir chauffé au soleil, l’encens des temples, et cette essence musquée qui vrillait son ventre.

Ses mains calleuses de guerrier frôlèrent sa nuque avec une tendresse presque sacrée.

Elle voulut fuir. Mais son haleine, chaude, fit frissonner les cheveux follets de son cou.

Tout son corps appelait.

— Regarde-moi.

Sa voix fendit le silence comme un enfant brise la surface lisse d’un bassin avec une pierre.

— Pas avec les yeux de celle qui, demain, doit devenir épouse.

Pas à travers tes devoirs, ta loyauté, ton nom.

Regarde-moi comme quand tu lisais les étoiles sur mon épaule.

Comme quand on riait sous la pluie, à s’arroser jusqu’à en perdre haleine.

Tourne-toi.

Laisse-moi plonger encore une fois dans tes yeux — ces yeux qui me donnent la sensation d’exister, ici, sur cette terre, même pour un instant.

Elle voulut tourner la tête.

Mais se retint.

— Chaque fois que je te regarde, c’est une porte qui s’ouvre vers…

Sa voix se brisa.

Vers quoi ?

L’oubli ?

La rébellion ?

L’amour ?

Le désert n’offrait ni pardon, ni asile. Seulement l’éternité et le sable.

Elle ferma les paupières, jusqu’à voir danser des éclats de lumière derrière ses cils.

Comme si la douleur pouvait s’éclipser.

Mais son corps, traître éperdu, la trahissait.

Sa poitrine se soulevait trop vite sous l’étoffe translucide.

Ses genoux cédaient, imperceptiblement, attirés par la gravité brûlante de sa présence.

Une perle de sueur naquit au creux de son dos et glissa lentement, incandescente, le long de sa colonne.

— Laisse-moi partir… je t’en prie.

Sa voix se fendit dans l’air du soir comme une jarre d’albâtre heurtant le sol.

Pure. Brisée.

Il relâcha son étreinte à contre-cœur, ses jointures blanchies par l’effort titanesque de ne pas la retenir.

Quand elle s’arracha enfin à lui, ce fut avec la grâce funèbre d’une prêtresse sacrifiant ce qu’elle chérit le plus au monde.

Son poing s’abattit sur la colonne millénaire.

La salle sacrée gémit sous le choc, un râle sourd qui roula dans la vallée comme un glas.

Trois lames parfaites, lourdes de tout leur amour impossible, s’écrasèrent dans la poussière millénaire.

Et tandis que les premières lueurs de la lune baignaient les pierres de leur éclat mystique,

le vent — complice éternel — se leva,

promettant qu’aucune trace de leur passage

ne survivrait au jour nouveau.