Panthéon : Sacha - Tome 1

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Summary

Un cœur battant aux mêmes pulsations que la cité qui l’a façonné. Une destinée si fugace qu’elle échappe même aux doigts de la déesse du destin. Une lame d’acier aussi tranchante que sa résolution. Sacha n’est pas née à Rosenbay, mais chaque fibre de son être clame son appartenance à cette cité devenue son foyer. Destiny, sa déesse tutélaire, est jeune face aux divinités millénaires du Panthéon Primordial. Pourtant, en tant que maîtresse du destin, elle perçoit l’orage à l’horizon : une guerre divine se profile, et Rosenbay, la nation qu’elle a fondée, en sera l’épicentre. Pour se préparer, elle choisit Sacha : héroïne en devenir, son élue, sa messagère et son bras armé. Mais Sacha n’est encore qu’une enfant, et son premier défi n’est pas de livrer bataille, mais de survivre à l’Académie Rosenberg, le cœur de la diplomatie continentale, où chaque alliance pourrait sceller l’avenir de Rosenbay. Entre quêtes périlleuses, compagnons intrépides, intrigues politiques et missions divines, Sacha se retrouve emportée dans un tourbillon qui ne lui laisse guère le temps de se voir grandir… pourtant, l’enfant qu’elle est devra s’effacer pour laisser place à la légende que Destiny attend.

Genre
Fantasy
Author
Norahyon
Status
Ongoing
Chapters
1
Rating
n/a
Age Rating
18+

Prologue

CHAQUE RESPIRATION ÉTAIT UN GOUFFRE de mille souffrances, un brasier insatiable brûlant sa poitrine et consumant sa chair meurtrie comme un lit de charbons ardents. L’odeur du sel se mêlait à celle, âcre, du sang qui saturait l’atmosphère étouffante de la cabine. Sous la porte close s’insinuait un flux d’eau continu, formant au sol un lac charriant des volutes pourpres et poisseux. Ce lit d’eau et de sang enveloppait les pieds du mobilier, un linceul pour le bois et un tombeau pour celle qui gisait au centre de la pièce.

Le bateau se tordait dans une agonie qui faisait écho à celle de la jeune femme étendue sur les planches, son corps maculé de profondes plaies et sa chemise imbibée du sang qui se mariait avec les flots. Chaque coup de poignard avait scellé un pacte avec la mort, un appel qu’elle ne redoutait plus depuis longtemps, habituée à la contemplation évasive de la fin, qu’elle avait tant de fois frôlée, autant en songe et qu’éveillée. Cependant, toujours elle s’était imaginée mourir l’arme à la main, se battant pour ce qu’elle avait toujours défendu; sa déesse, son royaume, sa patrie. Ces mots sacrés, Sacha les portait en elle, et elle avait toujours pensé mourir pour eux, non pour elle-même, pour sa propre survie, sans arme, prise en traître et dépouillée de tout honneur. Elle ne sut dire ce qui la faisait le plus souffrir — ces innombrables perforations au dos, déchirant sa chair comme les dents d’un loup affamé ou la réalisation qu’elle allait mourir ainsi, d’une façon si pitoyable qu’elle n’avait jamais osé la contempler.

Un impact violent secoua le navire, et le corps de Sacha fut projeté contre le pied du lit. Son flanc heurta durement le bois, et elle poussa une plainte presque éteinte. Mais dans cette commotion elle décela le dernier souffle d’une incertaine providence : à quelques pas gisait sa lance, qui venait de glisser contre le mur le plus proche.

Dans une inspiration agonisante, elle rassembla ses dernières forces pour ramper jusqu’à son arme. Elle serra les dents, trempant dans l’eau poisseuse et salée dont le niveau ne cessait de monter. Chaque mouvement étant une torture, mais lorsque ses doigts, tremblants, glissèrent contre le manche de sa lance, son acier froid apaisa son esprit embrasé. Elle allait partir, elle le savait, c’était inévitable, mais elle partirait en ses termes.

Elle roula sur le dos, ses plaies s’immergèrent dans l’eau saumâtre. Le sel lui enflamma le dos et lui arracha une grimace. Le souffle court, elle porta la pointe de sa lance sous son menton, chaque muscle tendu comme la corde d’un arc prêt à rompre, les pupilles rétractées sous la contemplation de sa fin imminente. Elle allait compter jusqu’à trois, puis retrouver le calme.

— Un…, murmura-t-elle, d’une voix aussi éteinte que brisée. Deux…

Elle ferma ses paupières.

— Tr…

La coque céda dans un hurlement terrible, et le torrent de la mer déchaînée s’engouffra dans la cabine. Elle ouvrit les yeux juste avant que les ténèbres ne l’engloutissent.

Elle fut jetée contre une paroi, se heurtant la tête contre les planches. Sa lance glissa de ses doigts et lui échappa à l’instar de son esprit qui commençait à sombrer vers des abîmes inconnus. De ses lèvres tremblantes, dans un souffle à peine audible, elle murmura :

— Pardon… Destiny…

Mais déjà, sa voix s’éteignait, perdue dans une infinité silencieuse. Ainsi, elle contempla enfin sa fin.