CHAPITRE 1
On croit toujours avoir le contrôle.
Jusqu'à ce qu'un simple regard, une rencontre, un imprévu suffise à tout faire basculer.
Si on m'avait dit que ce séminaire allait changer ma vie, j'aurais ri.
Si on m'avait dit qu'un homme comme lui pouvait me troubler, j'aurais fui.
Mais parfois, on ne choisit pas...
N'hésitez pas à lire quelques chapitres avant de vous faire une idée :-)
J'ai beau porter cette jupe hors de prix censée me donner confiance, je me sens toujours un peu comme une intruse... Mes mains refroidissent sous le mince filet d'eau, mais mon esprit, lui, tourne à plein régime. Ce nœud au fond de mon ventre refuse de partir, même si je me répète que ce séminaire sous le soleil de Nice est une opportunité incroyable. Hôtel de luxe, vue sur la mer, ateliers inspirants... Rien à voir avec une mission de survie !
Mon reflet dans le miroir des toilettes me renvoie l'image d'une femme que je ne reconnais qu'à moitié. Coiffure impeccable, maquillage subtil mais efficace, tenue parfaitement ajustée. Et pourtant, je sais que c'est une façade... Ah, le syndrome de l'imposteur... mon fidèle compagnon. Je secoue la tête. Pas le moment de penser à ça.
Je soupire en fermant le robinet et j'hésite à les essuyer sur ma jupe en satin — une folie achetée pour l'occasion — mais l'idée de ruiner le tissu me retient. Mon regard cherche un distributeur de papier dans la pièce bondée, sans succès. Juste ce fichu sèche-mains qui me nargue au fond de la pièce. Je déteste ces trucs...
En grimaçant déjà, je m'avance en priant pour que personne ne me regarde lutter contre cette machine infernale. L'air tiède souffle laborieusement, mes mains restent moites, et ma patience s'épuise. Je quitte les toilettes en secouant vigoureusement mes mains pour finir de les sécher.
Le cliquetis de mes talons se mêle aux roulements de valises et aux annonces diffusées dans plusieurs langues. Je repère rapidement Laurence et Mathis près d'un distributeur, leurs rires légers contrastent avec mon agitation intérieure. Je me force à inspirer profondément.
Mathis, accoudé contre le mur, les mains dans les poches de son costume, semble presque trop décontracté pour la situation. Laurence, impeccablement apprêtée comme toujours, affiche un sourire impatient lorsqu'elle m'aperçoit.
— Sacha, enfin te voilà ! Tu en as mis du temps !
— Désolée... C'était bondé, répliqué-je, espérant qu'elle ne remarque pas le mensonge. Pas sûre qu'elle comprenne ma petite bataille contre un sèche-mains inoffensif.
Mathis me sauve avec un clin d'œil complice.
— Pas de souci, Sach. On a encore un peu de temps avant l'embarquement. J'irais bien m'en griller une avant de monter dans l'avion. Vous venez prendre l'air ?
Laurence grimace.
— Prendre l'air au milieu de la fumée de cigarette, du bruit des avions et de l'odeur de kérosène... Très peu pour moi ! Je vais plutôt aller acheter un ballotin de pralines made in Belgium pour Madame Laisant. C'est bien la moindre des choses pour la remercier de son invitation.
Son ton s'adoucit instantanément en mentionnant le nom de la grande patronne d'Immobilis, et je devine que cet acte de générosité n'est pas totalement désintéressé. Rester dans les bonnes grâces de la boss, ça n'a pas de prix ! Du moins, ça vaut bien quelques pralines de qualité. Mathis, taquin, lâche alors :
— Espérons juste qu'elle aime le chocolat, sinon ce sera un flop total !
Je ne peux retenir un sourire en voyant la moue contrariée de Laurence.
— Tout le monde aime le chocolat, surtout quand il est belge, rétorque-t-elle. Au pire, elle appréciera au moins l'attention. Enfin, je suppose... De toute façon, ça ne se fait pas d'arriver les mains vides !
Elle se tourne vers moi.
— Sacha, tu m'accompagnes ? Toi, Mathis, va donc t'intoxiquer, on se retrouve après !
Je hoche légèrement la tête, comprenant qu'au-delà de son calme apparent, Laurence cache peut-être la même pointe d'appréhension que moi. Cela me rassure de me dire que dans notre petit groupe belge en partance pour la French Riviera, Mathis est finalement le seul vraiment détendu, sa Marlboro déjà calée à sa lèvre et son briquet en main.
J'emboîte le pas à Laurence et bientôt, les boutiques s'alignent de part et d'autre, vitrines élégantes et tentations de dernière minute bien ordonnées : parfums de luxe, peluches XXL, jolies bouteilles ambrées... Laurence franchit le portique de sécurité sans s'attarder sur ce qui capte mon attention : une immense fontaine de chocolat.
L'arôme sucré me saisit immédiatement, me rappelant que je n'ai rien avalé depuis ce matin. Derrière le comptoir, des ballotins dorés étincellent sous les lumières. Je m'avance, absorbée par la beauté de cette mise en scène, quand mon pied bute contre une résistance inattendue.
— Oh, je suis désolée, je ne vous avais pas vu, balbutié-je, en rougissant.
L'homme devant moi se retourne avec un sourire. Grand, vêtu d'une chemise bleu nuit qui intensifie la couleur de ses yeux, et beau... Extrêmement beau. Il me fixe avec un mélange d'amusement et de curiosité. Sa posture dégage une assurance naturelle, presque insolente, comme s'il était ce genre d'homme habitué à ce que les choses tournent toujours en sa faveur...
— Aucun problème. Je n'ai rien senti... ou presque, répond-il, un sourire en coin.
Je sens mes joues s'embraser alors qu'il me détaille. Son regard parcourt toute ma silhouette avant de revenir sur mon visage, mais je capte une lueur d'espièglerie dans ses yeux. Une mèche sombre tombe sur son front, renforçant son air décontracté. Une partie de moi trouve son allure mystérieuse presque captivante... mais je me contente d'un sourire en coin, réprimant cette pensée.
— Tant mieux, dis-je en essayant de masquer mon embarras.
Le bel inconnu tient un ballotin doré dans une main, tandis que l'autre repose dans la poche de son pantalon. Son sourire ne quitte pas ses lèvres et son regard parcourt encore une fois mon corps d'un air tranquille, comme s'il me détaillait sans réelle intention de s'arrêter. Mes bras se croisent alors instinctivement devant moi. Comme s'il venait de remarquer que son comportement était quelque peu déplacé, il s'écarte enfin mais ses yeux continuent de chercher les miens, un brin de curiosité et de défi dans son expression.
— Si vous aimez le café, les truffes à l'espresso sont un vrai délice, ajoute-t-il.
Je hésite un instant avant de répliquer, un sourire en coin moi aussi :
— Et si je n'aime pas le café ?
Son rire est léger, il se penche légèrement vers moi :
— Dans ce cas, il y a toujours celles aux éclats de caramel beurre salé, mais ça manquerait un peu de caractère, vous ne trouvez pas ?
Il soutient mon regard et je comprends rapidement que j'ai face à moi un adversaire aguerri, habitué à ce genre d'échanges stimulants. Je ressens l'envie de me montrer à la hauteur, de ne pas lui céder la victoire aussi facilement. Je le fixe, déterminée à ne pas me laisser déstabiliser. Mon sourire s'élargit.
— Peut-être que je préfère les saveurs plus... subtiles, justement !
Il se rapproche comme pour réduire encore un peu plus l'espace entre nous.
— Les subtilités peuvent être trompeuses, murmure-t-il d'une voix douce. Elles révèlent rarement leur saveur tout de suite...
Son regard plonge à nouveau dans le mien, et je sens une drôle de chaleur monter en moi. Si seulement il n'était pas aussi canon... Mais je tiens à avoir le dernier mot... Par pur principe. Juste pour le faire redescendre un peu de son piédestal !
— C'est vrai, mais avec un peu de patience, on peut finir par les apprécier également, dis-je.
Il éclate d'un nouveau rire, enjoué et sincère, avant de revenir dans mes prunelles avec cette étincelle espiègle qui semble lui venir naturellement.
— J'aime beaucoup votre façon de voir les choses, mademoiselle, dit-il en s'écartant doucement.
Son sourire se fait légèrement triomphant, mais avant qu'il ne prenne complètement congé, je me penche un peu vers lui tout en prenant un ton faussement détaché et un air satisfait de ma prochaine réplique.
— Ah, et au fait... J'aime beaucoup le café !
Et toc.
Je vois ses lèvres charnues s'élargir, une étincelle de surprise et d'amusement dans ses yeux beaucoup trop bleus. Il me dévisage une seconde, comme pour s'assurer qu'il a bien entendu, et je peux presque sentir son envie de répondre.
— Sacha ? Chocolat noir ou un peu de tout ?, me crie Laurence, me tirant subitement de ce moment suspendu.
Je sursaute, ramenée brusquement à la réalité. Je lance un dernier regard vers l'inconnu, et, sans un mot de plus, je me détourne, fière de moi. Son parfum boisé flotte encore dans l'air, évanescent, mais suffisamment présent pour que je sente mon cœur s'accélérer légèrement. Je rejoins ma patronne à la caisse, essayant de ne pas laisser transparaître mon trouble.
— Je dirais un peu de tout, c'est plus sûr, non ? dis-je d'un ton léger malgré l'envie de jeter un petit coup d'œil derrière moi.
Laurence acquiesce d'un hochement de tête avant de donner ses instructions à la vendeuse.
— Il était plutôt pas mal, celui-là, lance-t-elle avec une malice à peine dissimulée. Tu devrais marcher sur des pieds plus souvent !
Je ris doucement, feignant l'amusement, mais incapable de dire si elle plaisante ou si elle a remarqué ma gêne.
— Ou pas... murmuré-je avec un soupçon d'ironie, espérant clore cette conversation avec légèreté.
— Je ne l'ai vu que de profil mais il m'avait l'air plus que charmant, non ?
— Ce type... ? Charmant ?
Je hausse les sourcils, faisant mine de ne pas comprendre mais mon expression dubitative ne la trompe pas. Elle éclate de rire et je réalise que ma tentative était tout bonnement pathétique.
— Allons, Sacha ! Un beau gosse pareil, ça ne court pas les rues ! Ni les aéroports ! me dit-elle en rigolant.
— Pas mal, d'accord, mais pas de quoi en faire tout un plat. En plus, ce n'est pas du tout mon style, lâché-je, essayant de paraître la plus détachée possible.
— Pas ton style ?! Eh bien, il faudra que tu me dises quel est ton genre d'homme alors, parce que celui-là ferait tourner toutes les têtes... Et, si tu veux mon avis, tu semblais clairement son style à lui !
Elle me lance un regard en coin, amusée, tout en récupérant sa carte et son ballotin. Je lui rends un sourire tranquille, comme si de rien n'était, même si le regard bleu de cet inconnu ne cesse de hanter un coin de mon esprit.
— Tu exagères... Et de toute façon, je suis là pour bosser, pas pour flirter.
— D'accord, j'ai compris. Pas envie d'en parler, et encore moins avec moi... répond-elle. Bon, allons-y, l'embarquement devrait bientôt commencer.
...