Chapitre 1
Nathalie
Les pieds en éventail allongée sur le transat, sirotant un jus de fruit frais le matin, sous la pergola à l’ombre je profite pleinement de cet instant de répit. L'été débute mais la chaleur pointe déjà. La vue face à la mer m’enchante comme chaque jour, jamais je ne m’en lasserai,
Jusqu’à ce que les bruits de chantier de la maison d'à côté commencent. J’ai envie d’hurler c’est comme ça depuis un mois, je n’ai qu’une hâte que tout ce vacarme se termine.
Mon moment détente est terminé, il fut court par ma faute je n’ai pas su me lever plus tôt. J’entre chez moi, prépare deux tasses de café, l’une pour moi, l’autre pour mon fils. Une fois prête,
Je sors à nouveau, m’approche de la haie mitoyenne et crie pour que mon fils qui travaille à côté m’entende.
— Ton café est prêt, tu aurais pu passer à la maison avant de commencer à me casser les oreilles.
Mon fils Dan, rénove des maisons et a hérité du chantier juste à côté de chez moi. Je ne peux donc pas m’en prendre à celui qui fait du bruit. Malin. Mon fils est associé à l’agent immobilier qui a vendu cette maison voisine.
— J’arrive. Je termine juste.
Et la perceuse reprend ce qui me fait sursauter comme toujours. Je déteste ce bruit. Je râle toute seule en attendant mon fils. Moins de cinq minutes plus tard la porte d’entrée claque.
— Salut maman.
Mon fils contourne la table pour m’embrasser sur la joue.
— Désolé de ne pas être passé avant. J'étais certain que tu étais sortie vu que ta voiture n’était pas devant la maison.
Il me faut une petite seconde pour capter qu’effectivement ma voiture n’est pas garé comme d'habitude.
Hier soir je suis sortie avec l’une de mes amies Rosita. Je me suis un peu lâchée sur la quantité d’alcool. Même si j’ai cinquante ans, j’aime toujours m’amuser
Depuis que mon fils est grand je vis à fond.
— Disons qu’hier la soirée était arrosée. J’ai laissé ma voiture devant le bar.
— Qui t’a ramenée ? Je le vois regarder autour de lui. Ce qui provoque mon fou rire.
— Zoé ! et non il n’y a aucun homme dans la maison à part toi.
— Tant mieux.
Mon fils est du genre protecteur, un peu trop d’après mes amies qui désespèrent de ne jamais me rencontrer accompagnée d'un partenaire. Même si j’aime m’amuser, danser et profiter de bons moments, ma vie amoureuse ou sexuelle est aux abonnés absents.
— Comme si tu avais déjà croisé un homme à la maison !
Ne puis-je m’empêcher de souligner en plaisantant, mais le regard de mon fils s’assombrit soudainement.
— Effectivement.
— Pourquoi cette grimace ?
Mon fils gêné... ça ne lui ressemble pas le moins du monde. Pourtant c’est de la gêne que je lis sur son visage. Dan passe une main dans ses cheveux signe qu’il est agité.
— Avec Érika nous avons longuement discuté au sujet de ton célibat.
— Mon célibat ?
M’étonné-je.
— Oui, je suis égoïste. Je n’ai jamais voulu que tu sois seule.
— Dan. Je n’ai jamais souhaité vivre avec quelqu’un. Je suis bien seule. Tu n’as pas à te sentir égoïste ou autre, c’est mon choix. Si j’avais eu l’opportunité de construire ma vie avec quelqu’un je l’aurai fait avec ton accord ou non.
— En es-tu certaine ?
Je lui souris tendrement même à son âge il est toujours le même, protecteur, adorable et prévenant.
— Mon grand, ça suffit ! Tu n’es en rien responsable de mes choix. Je suis adulte. J’aime ma vie telle qu’elle est. Crois moi. Si l’occasion arrive un jour, alors pourquoi pas. Mais rien de constructif ne s’est présenté jusqu'à présent. J’apprécie mon rôle de maman et de grand mère, alors ne t’en veux pas. Pour être complètement honnête j’aurai détesté que quelqu’un s’immisce entre nous dans cette maison. Je suis très possessive tu le sais.
Dan éclate de rire, ce qui me touche comme toujours. Mon cœur est au bord de l’implosion à chaque fois que je ressens tout l’amour que j’ai pour lui.
— Il va être l’heure pour moi de retourner au travail.
Je fais la moue, sachant qu’à côté le bruit va reprendre de plus belle. J’ai hâte que cette maison soit terminée pour retrouver le calme de la mienne.
Dan quitte la maison, ni une, ni deux, je me prépare pour récupérer ma voiture. Hors de question de la laisser en ville plus longtemps. J’envoie un message rapide à mes amies, nous sommes un petit groupe de copines inséparables. Nous nous connaissons depuis l’enfance, elles connaissent ma vie par coeur, pareil pour moi. C’est à la vie à la mort entre nous. Je les préviens sur notre groupe whatsapp que je récupère ma voiture et que j’aimerai ensuite boire un verre non alcoolisé "lol", traîner à la plage pour éviter la maison quelques heures. Immédiatement Candice me répond.
“Ne bouge pas de chez toi, je te récupère dans cinq minutes ».
Cinq minutes ça me laisse à peine le temps de me préparer, ce n’est rien Candice patientera comme toujours, la ponctualité n’a jamais été mon truc.
Je réussis à ne pas être trop à la bourre, mon amie me dépose devant mon véhicule, ensuite nous rejoignons toutes les deux la maison de notre amie Isabelle, qui nous attend. L’après-midi entre copines me séduit, même si je pressens qu’Isabelle a quelques confidences douloureuses à nous narrer. Je tente de ne pas trop écouter mon intuition, j’ai l’impression de toujours deviner à l’avance et ça me gonfle. J’aimerai laisser mon entourage m’annoncer des nouvelles auxquelles je ne m’attends pas. Mais voilà souvent c’est moi qui leur prédis à l’avance ce qu’ils vont vivre.
Depuis plusieurs semaines je ne me sens pas très bien, comme si quelque chose allait me tomber sur la tête, je n’arrive pas à capter ce que c’est et ça me rend folle, je n’en ai encore parlé à personne pas même aux copines. Je ressens, je crains mon jardin secret et suis bizarre au milieu de toutes avec mon côté excentrique « madame Irma ».